Réflexions et rêves (dé)confinés

Dans une semaine, nous arriverons à la date du 8 juin. Tout le monde espère voir rouvrir le secteur Horeca et avec lui la possibilité de revoir nos amis, nos familles… On parle aussi de réouverture de frontières et de vacances à l’étranger. On a de plus en plus de mal à être dans le présent, on attend l’étape suivante. Pour ma part, je regarde aussi beaucoup dans le rétroviseur. Je vois les sacrifices, les bénéfices collatéraux aussi. J’espère que tout cela n’aura pas été vain. Qu’on ne va pas voir l’épidémie et les comportements égoïstes et destructeurs reflamber. Je suis cependant réaliste. Les gens qui nous dirigent n’ont pas changé et c’est plus que jamais à nous, en choisissant ce que nous faisons de notre temps et de notre argent, d’impulser un changement. Les habitudes acquises durant cette période résisteront elles à la peur de la récession, aux vieux automatismes…trop tôt pour le dire.

J’ai assez bien vécu cette période. Je n’aime pas la foule et je suis de nature introvertie. Cela ne signifie pas que je suis extrêmement timide, mais que je me ressource plutôt dans mon monde intérieur que dans le monde extérieur. J’ai toujours eu besoin de moments de solitude, de descendre au plus profond de moi. J’ai sans cesse des pensées qui fusent et de nombreux centres d’intérêt. Je regarde un film, qui m’emmène sur wikipedia pour chercher des infos, qui vont me donner envie de lire tel roman, de me plonger dans l’histoire d’un pays, d’une langue ou d’un savoir faire. Ainsi, je ne m’ennuie jamais. J’aime apprendre tout simplement et grâce à internet les ressources sont accessibles et illimitées. J’ai également besoin de contact avec la nature et de me dépenser physiquement. Cela m’aide à ordonner mes pensées et à ressentir calme et bien être. Ca aussi c’était permis donc je suis restée très détendue et en forme.

Je pourrais faire une longue liste ce que qui ne m’a pas manqué durant ces deux derniers mois :

  • Les réveils à 7h du matin
  • Les embouteillages
  • Les magasins
  • Le stress
  • Le manque de sommeil
  • Le bruit des voitures
  • La recherche d’une place de parking…

J’ai même vu plein de choses qui m’ont fait plaisir :

  • Les petites choses de la nature, car j’avais le temps de me promener
  • Les producteurs locaux qui avaient beaucoup de travail et ont sans doute fidélisé des clients
  • Les villes qui aménagent enfin de vrais espaces pour les cyclistes…il y avait toujours des objections mais quand on veut/doit, on peut…
  • Les attentions et les petits mots échangés sur messenger, par sms, par téléphone…
  • La créativité
  • La bienveillance générale des gens. Nous avons pris le temps de nous soucier des autres, vraiment.
  • Les applaudissements et les concerts de trompette de ma jeune voisine les soirs à 20h
  • Les initiatives d’entraide, même entre inconnus
  • Les prises de conscience qu’il est possible de vivre autrement

Bien sûr, le temps passant, certaines choses m’ont beaucoup manqué et me manquent toujours…

N’avoir pas vu ma filleule et beaucoup de mes amis durant deux mois et on n’est pas encore au bout. Ne pas pouvoir toucher cette enfant de 3 ans quand je la reverrai, alors que je l’avais dans les bras une fois par semaine.

Un restaurant ou juste un bar en plein air…c’est sans doute lié au besoin de sociabiliser aussi. Cela me manque beaucoup plus que les magasins. J’ai envie qu’on cuisine pour moi ! Et de manger avec des gens. Heureusement on a pu le refaire depuis 15 jours avec des personnes bien précises (4 max et toujours les mêmes en Belgique) et j’allais au travail une fois par semaine où je mangeais souvent avec un ou deux collègues de permanence en même temps que moi.

Un cinéma ! Je pense que si on rouvre à des séances en limitant le nombre de personnes, je ne bouderai pas mon plaisir d’y aller, même seule. Netflix c’est bien, mais j’aime trop l’atmosphère des salles obscures.

La possibilité de faire des répétitions avec mes partenaires. Nous entamons un projet que nous espérons porter sur scène en novembre. Quoi qu’il en soit, même s’il est reporté, nous sommes dans les starting blocks…mais chacun chez soi avec son texte et sur messenger.

Passer la frontière avec les Pays-Bas…c’est probablement l’un des aspects les plus étranges de tout ceci. Les frontaliers de tous pays se reconnaitront sans doute. J’ai juste envie d’aller me promener et boire un verre dans mes coins habituels, à 5-6km de chez moi, mais dans un autre pays.

Toutes ces choses ont trait à l’être et non à l’avoir. Je pense que c’est pareil pour beaucoup de monde. Même si j’ai déchanté chez décathlon, entre ruptures de stock et impossibilité d’essayer (plus le système de tailles de décathlons qui ne ressemble à rien d’autre et le fait qu’il ne restait quasi que du xs-mais qui rentre dedans- et du xxl), je manque de matériel et vais devoir ramener le peu que j’ai acheté.

Au final, à l’avenir, personnellement, je voudrais que, malgré le déconfinement, certaines choses ne changent plus et que d’autres changent urgemment.

Je voudrais travailler moins, arrêter de vendre mon temps pour de l’argent comme disent certains convaincus. Je voudrais conserver la possibilité de télétravailler de temps en temps une demi journée (c’est dur avec mon boulot) pour tout ce qui est administratif. Je voudrais ne plus perdre mon temps en faisant inutilement des magasins, en casant trop de choses dans mes weekends ou mes soirées. Voir mes amis peut-être moins parfois mais mieux. Je voudrais continuer à prendre le temps de faire du sport, mais m’autoriser aussi à ce que certains jours ce ne soit que 30 minutes à la maison plutôt que rien du tout ou l’épuisement. Je voudrais ne pas abandonner cette créativité et passer moins de temps devant la télé pour continuer à écrire, lire et faire des projets dans ma tête.

Pour le monde en général, j’espère aussi tellement de choses. Là aussi, comme beaucoup, mais pas toujours comme nos dirigeants et ceux qui ne pensent qu’à bâtir des empires. Financer le rail et non l’aérien. Produire en Europe. Consommer local. Pouvoir continuer le télétravail pour ceux qui le veulent et le peuvent, afin de désengorger les villes. On aurait ainsi une meilleure qualité d’air et ceux qui doivent se déplacer perdraient moins de temps. Tellement, tellement de choses encore…

Et vous ? Avez-vous changé vos habitudes ? Lesquelles ? Etes-vous introverti ou vous ressourcez vous dans l’énergie des contacts sociaux ? Que rêvez vous pour la suite ?

 

Message à moi-même 🙂

 

Journal de (dé)confinement 10: du 18 au 24 mai

Dixième journal de confinement, peut-être le dernier, qui sait… Lorsque j’ai commencé en mars, je ne sais pas si je me disais que cela pouvait durer si longtemps. Je ne sais même pas si nous sommes toujours en confinement. Les magasins ont ouvert, certaines classes aussi. A mon boulot, nous nous sommes équipés et je vais y aller plus souvent, un peu au compte gouttes. Nous y allons quand c’est vraiment nécessaire et sommes priés de ne pas nous attarder et de continuer à faire chez nous ce qui peut l’être. Cela me convient. Il fallait réamorcer une phase plus active en ce qui concerne le travail, mais y être la moitié du temps et gérer le reste depuis chez moi me convient. Je ne suis pas fatiguée et j’ai une belle peau. Je me suis pesée, je n’ai pas maigri (encore que, je me suis pesée le premier jour de mes règles, ce qui n’est pas très juste envers moi-même) mais mon corps a changé, je le sens dans mes vêtements et je le vois. Je pourrais carrément vivre sur ce rythme à long terme…

En dehors de ça, j’ai profité de mes parents, de leur jardin et du bois et de la campagne derrière chez eux. Je suis allée courir et marcher et ça m’a fait du bien de retrouver ces endroits familiers et pourtant interdits durant deux mois, de troquer les bords du fleuve asphaltés contre les bois, les champs et leurs sentiers pleins d’aspérités, le relief un peu plus changeant. Ca a été dur, j’ai dû raccourcir mes foulées, chercher mon souffle, ma cheville se plaint un peu…

Je ne suis pas retournée dans les magasins, je suis toujours confinée psychologiquement. Les pulsions d’achat ont disparu, pour peu qu’il en restait. Il faudrait que j’aille chez décathlon ou dans un magasin de sport, mes chaussures sont usées.

Je réfléchis beaucoup sur les habitudes que je veux garder, que je veux changer, mais je pense écrire un article entier là-dessus pour creuser le sujet. Je ne sais pas si ce journal de confinement est le dernier ou non. J’ai envie d’écrire sur d’autres choses, sous d’autres formats, même si inévitablement on y reviendra, c’est notre quotidien.

Cette semaine, je me suis sentie plutôt bien. Il y a eu un jour férié dont j’ai bien profité. Un vendredi où je me suis autorisée à ne répondre qu’en cas d’urgence et à différer des tâches, un samedi à ne pas faire grand-chose, à part aller courir un 7km plus vite que jamais. Merci les sentiers et les côtes, lorsque je retrouve le plat, tout me semble plus facile.

Il y a eu une pédicure que j’attendais depuis une semaine. En fait depuis plus que cela, mais elle ne pouvait pas travailler. Mes pieds ont repris forme humaine eux qui sont maltraités dans mes chaussures de sport et que je néglige trop souvent. J’espérais un massage, je m’en faisais une joie, ma pédicure prodigue des drainages lymphatiques merveilleux, mais le coronavirus m’en a privé. Drainer la lymphe peut déclencher des symptômes lorsqu’on est porteur d’un virus. Malheur, il ruine mon bonheur de la semaine celui-là.

Cette semaine, j’ai beaucoup lu. Vite, allègrement, au jardin, dans mon lit, dans mon bain, sur mon sofa. La lecture m’a toujours été d’un grand secours, me sauvant de l’ennui, de l’angoisse, de la solitude, de la tristesse… Ici je suis dans le plaisir pur de la lecture, je m’en donne à cœur joie.

Il y a eu des expérimentations culinaires, un art qui n’est pas du tout mon art de prédilection. Le temps et l’envie de manger mieux et d’apprendre à me servir des protéines végétales au service de ma santé et de ma forme me poussent à tenter des choses et j’y trouve une certaine satisfaction.

Cette semaine, on parle beaucoup des vacances dans la presse. De la Grande Bretagne qui va imposer une quarantaine. Mais aussi de pays comme l’Espagne et l’Italie qui ne prévoient pas cette mesure et invitent les touristes. La première vague n’est pas encore tarie…je me demande comment un tel risque peut-être pris à partir de la mi juin. Nous ne pouvons pas revoir nos proches (4 maximum en Belgique, même si je pense que 80% de la population triche) avant le 8 juin, mais nous pourrions partir à l’étranger une semaine ou deux plus tard… Alors qu’apparemment des dizaines de personnes ont été contaminées en Allemagne début mai au cours d’un service religieux…un seul service. Je me demande si tout cela est bien vrai. Tant d’efforts et de privations pour rouvrir tout d’un coup ? Pour ma part, je vais laisser passer juin et juillet avant d’envisager quoi que ce soit. Un peu de temps à la côte belge ou hollandaise. Ou ce fameux voyage en Italie, mais j’en doute. Pour le moment, vivant seule, je ne suis pas censée monter en voiture avec qui que ce soit… Il va nous falloir rester calme, car une tempête d’incohérences s’annonce.

Courage, ne vous précipitez pas, faites le bilan, notez ce que vous avez appris et ce que vous ne voulez plus, avant que tout reprenne, j’en ai bien peur, comme avant…

Journal de Confinement 9: du 11 au 17 mai

Cette semaine, la Belgique a rouvert ses magasins. Cette semaine il y a donc eu des files de fous dès lundi matin devant des enseignes telles qu’Ikea, Primark et Action…. Tout cela m’a fait revenir en tête la « Foule Sentimentale » d’Alain Souchon…

Oh la la la vie en rose
Le rose qu’on nous propose
D’avoir les quantités d’choses
Qui donnent envie d’autre chose
Aïe, on nous fait croire
Que le bonheur c’est d’avoir
De l’avoir plein nos armoires

Cette semaine, je ne suis allée dans aucun magasin. Je suis déjà dans une transition depuis un moment comme vous le savez. Je n’ai pas eu de mal à ne pas m’acheter de vêtements et les grandes enseignes ne me font plus rêver. Bien sûr j’ai quand même craqué durant cette période de confinement. Pour des livres essentiellement. Et pour une tablette reconditionnée après avoir poussé mon vieil ipod au bout de ses limites…

Cette semaine, j’ai pu constater les bienfaits du sport sur mon corps. Sans doute une combinaison de plusieurs choses. L’augmentation de l’entrainement par intervalles à haute intensité. Les sorties plus longues pour l’endurance. L’alimentation globalement très saine et surtout la possibilité offerte par le confinement d’écouter vraiment son corps. De manger la juste quantité au juste moment. De ne pas vivre des fringales émotionnelles ou de fatigue.

Cette semaine, et le sujet est délicat, j’ai ressenti de la colère face à la saga de la tentative désespérée de sauvetage de Brussels airlines (qui appartient désormais à Luftansa) par l’Etat Belge. Mes excuses aux éventuels employés de cette compagnie qui passeraient par ici. Je parle d’un endroit où je ne suis peut-être pas légitime puisque mon salaire a été préservé puisque je fais partie d’un secteur dit « essentiels »… Mais cela me désespère de voir l’argent qu’on est prêt à investir pour sauver une industrie polluante et non essentielle, alors même que l’auto entreprenariat, l’emploi local et le monde de la culture (des milliers et des milliers d’emplois donc nous profitons tous) sont laissés à l’abandon… Je rêve tellement que l’Etat investisse ces millions dans la culture, dans le rail également. Pour que nous puissions voyager sans détruire la planète…

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Heureusement, après cette semaine, il y a eu un weekend.

Un samedi consacré à une fête des mères décalée sur la terrasse familiale. Un brunch généreux de chez Tea Late dégusté sous un soleil généreux. Nous avons mangé le salé à midi et le sucré à 16h et il en restait. J’ai encore déjeuné le lendemain matin d’un savoureux yaourt cassis avec du granola aux pépites de chocolat et une datte en bonus. Entre les rounds salé et sucré, une balade dans la bois, à écouter les oiseaux. Et à travers champs aussi, à observer les rapaces qui planent en profitant des courants sans un battement d’ailes…

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Un dimanche de retrouvailles avec C., mon amie de toute une vie. Qui vit à 7km de chez moi et que je n’avais plus vue depuis deux bons mois. Nous avons le droit de nous promener dans la nature en respectant la distanciation sociale. Nous explorons un coin que nous ne connaissions pas au bord de la rivière, une petite enclave préservée où s’ébattent les nouvelles familles de cygnes, de canards, d’oies, de poules d’eau et de bernaches. Je ne me lasse pas de ces moments passés à observer la nature…

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Demain, nous serons encore un peu plus déconfinés. Des enfants vont reprendre le chemin de l’école. Je vais aller plus souvent physiquement au travail. Des précautions seront prises, mais des contacts doivent être repris… Ce qui est fou avec cette maladie, c’est cette suspicion autour de notre propre corps, de ses vibrations, des irrégularités de la respiration… Ce questionnement, ce doute de soi-même lorsqu’on sort d’un magasin… Est-ce que vous l’avez aussi ? Je me sens bien. Mais je ne suis pas sûre de ne pas être porteuse. Je prends toutes les précautions. J’espère que vous aussi, j’espère que cela suffira. Pour que puisse renaître une saine insouciance en ce qui concerne les contacts humains et que nous puissions nous soucier sérieusement de tout le reste.

Je vous souhaite une belle semaine. Profitez des petites choses. Voyez vos proches si vous le pouvez. Ne les touchez pas. Aimez-les autrement. Et surtout, prenez soin de vous.

 

Journal de (dé)Confinement 8: du 4 au 10 mai

Cette semaine il y a eu

Beaucoup de vidéos de Marina Rollman regardées…j’adore !

Beaucoup de sport en live avec 80 000 personnes !

Des orteils en sang après avoir couru 1h30, lentement, mais surement…

Du beau temps et une autorisation de revoir des proches, très peu, à partir de dimanche. Un respect à la lettre des consignes et une visite à mes parents dimanche. Une fête des mères dehors sous la pluie et sans cadeau. La réflexion que je dois être parmi les 1% de Belges stupides qui respectent tout à la lettre. Et qui se sont vus samedi…sous le soleil. Mais bon, j’étais contente quand même..

Une nouvelle obsession pour l’histoire de l’indépendance de l’Irlande suite au visionnage d’une série…tant d’obsessions, oui tant ! Quelqu’un a-t-il un roman irlandais à me conseiller ?

Des questions tant de questions…des articles lus, beaucoup…qui ne s’arrêtent sur aucune vérité incontestable ? Et que nous reste-t-il quand on ne peut se fier ni à Dieu, ni à la science ? L’argent ou l’art… Alors je regarde de jolies images, je lis, je colorie, je me languis…

C’est long, je ressens régulièrement une petite oppression au niveau du plexus solaire…celle que je ne ressentais avant que rarement, lorsque je passais exceptionnellement une journée sans mettre le nez dehors. Ce n’est pas de l’angoisse, c’est ce que je ne peux extérioriser physiquement, vocalement, socialement…

Ce qui est dur c’est de ne pas pouvoir planifier, échelonner, organiser, compter et décompter, se projeter…Vivre dans le présent n’est pas un acquis, c’est une pratique quotidienne.

Heureusement pour moi pas de mauvaise compagnie, un salaire toujours là, des messages tous les jours, un lieu de vie agréable, même si loin d’être idéal pour un confinement, une personnalité qui se prête à la solitude et un ennui qui ne me gagne jamais…

Et maintenant, l’ouverture des magasins, la reprise du travail et la relance de l’économie pour beaucoup de gens…et se demander quels seront les chiffres dans deux semaines…

Mais d’ici là, d’autres livres, des après-midi au jardin, des repas partagés, des courses au bord de l’eau, des mots doux échangés…on n’est pas si mal finalement…

Bilan culturel d’avril

Je vous retrouve aujourd’hui pour dresser mon bilan culturel d’avril. Sans surprise, il n’y aura ni musée, ni pièce de théâtre, ni film récemment diffusé dans des salles désormais plus obscures que jamais. J’ai hâte et peur de savoir ce qui va être mis en place pour la reprise de la culture, grande oubliée des aides liées au confinement et toujours dans le flou total quant à des conditions de reprise. La santé avant tout, mais j’ai hâte de pouvoir retourner au théâtre et au cinéma. S’ils doivent rouvrir avec des petites jauges, j’y serai, masquée et désinfectée s’il le faut, pour les soutenir.

Je suis en cours de lecture de deux livres actuellement (oui, un pour les après-midi et l’autre dans mon lit le soir) et je n’en ai terminé deux en avril, un classique et un contemporain.

Je me suis tout d’abord lancée dans un recueil de nouvelles plus ou moins longues d’Edgar Allan Poe, intitulé « Le Chat Noir et autres histoires ». Il s’agit du deuxième volume d’une série de trois publié par les éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature américaine (Etats-Unis). Tout d’abord, je dois reconnaitre que dans ma tête Poe était Britannique…j’ignore pourquoi ce biais ethnocentré. Il a toujours été présent dans ma carte du monde (mal situé cependant) littéraire. Cité dans d’autres livres, dans des séries (The Following notamment, où le tueur en série est un spécialiste de l’auteur), des articles… J’avais l’idée d’un auteur ténébreux et d’une littérature inquiétante et je n’ai pas été détrompée par ce recueil ni par la biographie de Poe lue sur wikipedia. J’y ai appris que :

  • Ses parents sont morts alors qu’il était petit. Allan est le nom de sa famille adoptive. Il avait un frère et une sœur qui n’ont pas fait de vieux os
  • A 26 ans il a épousé sa cousine, âgée alors de 13 ans. Il l’a chérie toute sa vie sans qu’on sache si leur union avait été consommée. La jeune femme est décédée à 24 ans.
  • Poe est mort 3 ans plus tard, à l’âge de 40 ans. Sur les portraits, il a l’air d’en avoir 20 de plus.
  • Beaucoup de personnes de sa famille ont connu des maladies graves et en sont mortes. Son père était alcoolique et Edgar aussi.
  • On ignore les causes de sa mort, il a connu des épisodes de grande dépression (et des rumeurs de folie) et il consommait beaucoup d’alcool et de substances variées.
  • Il est considéré comme le précurseur du roman policier, de la science fiction et du fantastique.
  • Il a vécu une partie de sa vie en Angleterre, d’où ma confusion peut-être

Edgar Allan Poe Festival Schedule, Riverhead: Oct. 31- Nov. 2 ...
Tout un programme…

Ca donne envie hein ! Alors je n’ai jamais trop accroché aux nouvelles et aux recueils, c’est comme les courts métrages. Mais ici, je dois dire que j’ai tout dévoré. Enfin, cela m’a pris du temps tout de même car les récits sont extrêmement denses, truffés de références (mais j’ai abandonné au bout d’un temps les notes de bas de pages qui me ralentissaient et que je ne maitrisais de toute façon pas tant elles sont pointues et obscures même pour l’éditeur). On distingue clairement les prémisses du Sherlock Holmes et du Watson de Sir Arthur Conan Doyle. Certaines nouvelles font peur, insinuent le malaise et ne m’ont en tout cas pas laissée indifférente. La langue est très recherchée (bravo aux traducteurs également, l’un des premiers a été Baudelaire, ce qui n’est pas étonnant vu son goût du morbide). Certains contes (étiquetés comme sadiques, cruels, horrifiques dans la table des matières) se terminent bien et d’autres très mal. Les personnages sont soit de fins déducteurs soit de pauvres âmes s’aventurant aux confins de la folie. J’ai beaucoup aimé le meurtre de Marie Rouget où le détective amateur (et d’une perspicacité presque surhumaine) s’attache à démonter l’un après l’autre les raccourcis et les présomptions hasardeuses publiées dans la presse. Il dissipe par là peu à peu le voile opaque qui entoure le crime et invite le lecteur à ne pas s’engouffrer dans des hypothèses fondées uniquement sur la probabilité. J’ai trouvé qu’à l’époque où règnent les fake news et les contre vérités dans la presse de l’immédiateté, ce texte était d’une pertinence et d’une modernité surprenantes.

Le Chat noir et autres histoires - Edgar Allan Poe - éditions ...

J’ai également lu « la disparition de Stephanie Mailer » de Joël Dicker. C’est le troisième livre de lui que je lis après le tour de force de « la vérité sur l’affaire Harry Québert » et, dans un style tout autre « les derniers jours de nos pères » qui avait été un coup de cœur. Ici, Dicker repart sur le roman policier. J’ai dévoré le livre en trois jours, c’est un véritable « page turner ». Je lui ai cependant trouvé quelques défaut, c’est à mon sens le moins bon des trois que j’ai lus.

Les + :

  • Une intrigue menée au cordeau et dont on ne voit pas les ficelles
  • L’ambiance, le point fort de l’auteur qui, bien que Suisse, parvient une nouvelle fois à nous immerger complètement dans l’atmonsphère de New York et du New Jersey. On a envie de mettre sa plus belle robe et d’aller à un garden party face à l’Atlantique.
  • Le rythme toujours soutenu
  • La double temporalité, comme dans la Vérité sur l’affaire Harry Québert, qui nous fait voyager entre le présent et 20 ans auparavant.

Les moins :

  • Chaque chapitre est écrit du point de vue d’un personnage. Certains sont récurrents, mais tout de même 8 points de vue différents, ça fait beaucoup. En plus des deux époques, on s’y perd et c’est laborieux à certains moments. Et encore, je l’ai lu d’une traite. On ne sait pas pourquoi on a le point de vue de certains personnages et pas d’autres…
  • Le caractère très caricatural de certains personnages. C’est vraiment le point faible pour moi. Il y a des personnages très bien construits, notamment les policiers, mais certains autres sont vraiment grossiers et pas du tout creusés. La maitresse vraiment atroce sans qu’on sache pourquoi, le critique littéraire imbu de lui, l’ex flic complètement hallucinant. Je trouve vraiment que c’est très inégal et manque de subtilité. C’est ce qui m’a le plus déçue et surprise car il ne m’avait pas du tout habituée à cela.
  • Des moments extrêmement convenus, des répliques aussi… Cela va sans doute de pair avec le point précédent.
  • La fin m’a aussi laissée dubitative, mais c’est sans doute une question de personne.

En résumé, un très bon moment qui change les idées et nous emporte complètement. Une architecture à nouveau remarquable, mais un style que je ne comprends pas toujours, à se demander si l’ensemble du livre a finalement été écrit par la même personne, entre réalisme et farce. A vous de juger. Je sais que beaucoup de gens ont lu ces romans, je serais vraiment curieuse d’avoir vos avis. J’ai « Le livre des Baltimore » sur ma PAL donc je reviendrai surement bientôt vous en parler.

Concernant, les films, j’ai regardé « Love Wedding Repeat » sur netflix, le jour de mon anniversaire. C’est une sympathique comédie, pleine de quiproquos durant un mariage qui se passe à Rome. C’est un bon divertissement et j’ai apprécié retrouver des acteurs anglais que j’apprécie tels Freida Pinto (« slumdog millionaire »), Eleanor Tomlinson et Jack Farthing (dans un rapport avec avec des caractères bien différents de ceux qui ont été les leurs durant les 5 saisons de Poldark). Tout ça m’a donné envie d’assister à un beau mariage et d’aller en Italie, mais aucun des deux n’est au programme.

Bande-annonce du film Netflix "LOVE WEDDING REPEAT" (2020)

J’ai aussi regardé « Réparer les vivants » qui trainait sur mon disque dur depuis des lustres. C’est un film de Katell Quillévéré, basé sur le roman éponyme de Maylis de Kerangal. Ce film est très beau et m’a fait verser des larmes. Il s’agit d’un film qui parle du don d’organe. On y suit en parallèle le parcours de Simon, 17 ans, victime d’un accident de la route, et de Claire, 50 ans, en attente d’un cœur. C’est d’ailleurs avant tout une histoire de cœur lumineuse. Car c’est lui le centre de l’histoire, le cœur de Simon, la décision de ses parents de le donner. L’équipe médicale qui accompagne cette démarche et prend soin du cœur et des coeurs. Et enfin l’histoire de Claire, qui ne sait plus si elle doit y croire, boostée par ses deux garçons adultes qui veulent désespérément que leur mère vive. Une tranche de vie, triste et pleine d’espoir à la fois. Je suis fière d’avoir fait la démarche de m’enregistrer officiellement comme donneuse d’organe auprès de ma commune. En Belgique la démarche est très simple, il suffit d’aller signer un papier à la commune. Cela enlève à vos proches le poids de devoir se positionner en cas d’accident, même si bien sûr j’espère faire de vieux os avec mon vieux cœur.

Le film de la semaine] Réparer les vivants, discrètement ...
D’accord avec tout ça…

Enfin, j’ai regardé trois séries, en tout cas j’ai terminé des saisons de ces séries ou la série entière. Je n’aime pas binger lorsque je trouve une série que j’aime. Je dilue et j’en regarde souvent plusieurs en parallèle. J’ai mes petits rituels, les comédies lorsque je mange et les séries historiques en soirée, ce genre de chose.

J’ai terminé, enfin, « The Good Place » et ça a été dur d’en faire le deuil. Ironique pour une série qui parle de vie après la mort. J’ai adoré le développement des personnages, l’humour, les références à la pop culture, mais aussi à la philosophie. C’est à la fois très farfelu, coloré et joyeux, mais extrêmement profond puisque sont questionnés notre finitude et nos aptitudes au changement et à vivre la meilleure vie que nous pouvons. A consommer sans modération !

The Good Place saison 4 : un aperçu de l'ultime saison

J’ai aussi regardé la quatrième saison d’Outlander qui a enfin débarqué sur netflix. Je n’ai rien de particulier à en dire. Je regrette un peu que l’histoire se déroule désormais aux Etats Unis, mais je reste fan de la romance, de l’accent écossais et des paysages.

Enfin, j’ai consacré une grande partie de mon mois d’avril à ingérer les trois saisons de « The Last Kingdom », une série au casting international qui se passe au moment des guerres entre Saxons (pour l’unification de l’Angleterre) et les Vikings danois qui tentent d’envahir l’île. J’en ai entendu et lu du bon, notamment au niveau du respect de l’histoire. Je faisais des allers retours entre netflix et wikipedia où j’en ai appris sur la situation de la Grande Bretagne au 9° siècle. Le héro est un jeune saxon, Uhtred, qui, alors qu’il est enfant, est arraché à la cité dont il est l’héritier par les Vikings. Il est élevé par eux et possède donc une double culture. Pour les Vikings il est un Saxon et pour les Saxons, il est un Viking. Les intrigues et trahisons sont complexes. C’est violent. Beaucoup de personnages meurent et c’est parfois difficile à regarder. J’ai aimé suivre cette série qui m’a appris beaucoup de choses, mais parfois c’était trop. Trop de retournement d’alliances, trop de morts. Les hommes sont vaniteux et se trahissent. C’est difficile de s’attacher aux personnages je pense simplement parce que la vie à l’époque n’avait pas la même valeur que maintenant. Cela m’a fait relativiser la violence du monde actuel. A l’époque, la vie ne tenait vraiment qu’à un fil. La mort pouvait venir de l’envahisseur, d’un ami qui avait prêté une double allégeance, d’un marché ou de l’ambition de monter sur le trône. Néanmoins, il faut reconnaitre que la série est assez addictive, les acteurs sont charismatiques et il y a même des personnages féminins d’envergure…à voir si c’est vraiment historiquement crédible où si ça vise à rallier les audiences féminines. Une chose m’a dérangée par rapport à Alexander Dreymon, l’acteur allemand qui joue Uthred, c’est sa manière de parler. Il emploie un phrasé et un accent assez particuliers, ne parlant ni comme les Saxons, ni comme les Vikings. Cela n’a rien à voir avec un accent allemand non plus. J’ai trouvé cela exagéré, même si je suppose que c’est voulu, qu’on lui demande de jouer ainsi. J’imagine que c’est une façon de souligner qu’il n’appartient à aucune terre et aucun roi, mais parfois c’est fatigant. J’ai lu pas mal de théories à ce sujet mais aucune venant de lui ou de l’équipe. Avez-vous vu cette série et entendu cette troublante manière de parler ?

Reposted from @arselingsarmy - SEASON 3👑 | Alfred and Uhtred ...
Le roi Alfred of Wessex et Uhtred

Voilà, c’est tout pour le mois d’avril. J’espère que certains auront eu le courage de lire cet article jusqu’au bout, il faut croire que je suis inspirée en ce moment et que j’ai un peu plus de temps pour écrire. Et vous qu’avez-vous regardé/lu ? Connaissez-vous les séries/films/livres que j’évoque ?

Journal de confinement 7: du 27 avril au 3 mai

Cette semaine il y a eu…

Des anniversaires. Nous sommes beaucoup à être nés en avril dans ma famille… Celui de ma grand-mère, fêté depuis l’autre côté d’une vitre de sa maison de repos. Nous avons pu constater que pour elle aussi, la vie continuait. Celui de mon papa, arrivé à l’âge de la pension et qui termine sa carrière de bien étrange manière, lui qui n’a jamais chômé un seul jour.

De nouvelles cartes coloriées et envoyée à ma famille et mes amis, qui les reçoivent au compte goutte et m’envoient à leur tour de gentils messages.

Des larmes qui m’ont surprise alors que je me suis fait sévèrement réprimander par la police car je traversais à trois mètres d’un passage pour piétons. Ils avaient raison sur le fond, ils m’ont vue de loin. Cependant l’endroit était désert, j’étais seule et je me suis vraiment sentie agressée par leur ton (ils étaient masqués au début je n’ai pas compris ce qu’ils voulaient) et je dois être plus à fleur de peau que je ne l’imagine. Je respecte tellement les règles et j’ai si peu d’interactions que me faire ainsi crier dessus a fait déborder mes émotions…

De la lecture, l’après midi avec Yuval Noah Harari et le soir avec Jonathan Coe, en anglais.

Moins de soleil et de la pluie, ça a fait du bien à mes allergies et à la terre.

Des heures passées à faire du soutien téléphonique, un média si compliqué pour moi qui choisirais naturellement l’écriture ou le contact direct, impossibles actuellement… De la reconnaissance à certains moments, une cruelle impuissance à d’autres…

Du plaisir retrouvé à la course où j’ai pu recourir un peu plus longtemps à une reprise et plus court mais aussi plus rapide que jamais une autre fois. Cela fait du bien au moral.

Des bébés bernaches, 3, les premiers de la saison.

Un weekend de trois jours qui m’a fait du bien.

Un apéritif messenger avec mes amies de l’université.

La rédaction du centième article de mon blog.

Une balade avec deux amies et leurs chiens, en respectant les mesures de distanciation sociale. Presque 10 kms à parler en épiant les moindres frémissements de la nature.

Une diminution de la pression dans les hôpitaux…mais beaucoup de questions à la veille de la première étape du déconfinement.

Et vous, comment vivez vous à l’époque du coronavirus?

Mystical Terrarium no. 2 by Joy Laforme
J’adore ces illustrations de Joy Laforme… tellement dans l’air du temps 🙂

100!

Bonjour à tous,

Ceci est le centième article que je publie sur mon blog et l’occasion pour moi de faire un peu le bilan. J’ai créé mon blog le 10 décembre 2016 et j’ai publié mon cinquantième article le 23/03/19. Il m’a donc fallu deux ans et plus de 4 mois pour écrire mes 50 premiers articles et « seulement » un an et un peu plus d’un mois pour écrire les 50 suivants.

Comme lors de mon article pour les 50, voici quelques chiffres et repères que j’ai relevés :

Pour la suite, je me vois bien continuer sur ma lancée. Je façonne peu à peu ce blog à mon image. Il est aussi mon partenaire de réflexion, mes annales, l’endroit où je peux aller rechercher mes souvenirs, une sélection de mes meilleurs moments, un espace où je prends le temps de me recentrer régulièrement sur ce qui m’est essentiel et que je ne dois pas perdre de vue.

J’aimerais publier davantage de contenu créatif, simplement pour le plaisir de jouer avec la langue, de me vider l’esprit. J’envisage aussi des articles best of, pour me replonger dans ma bibliothèque, ma cinémathèque. Je remarque que ces articles, en plus d’être amusants à écrire sont souvent appréciés.

Enfin, le lâcher prise est pour moi un ouvrage sans cesse à remettre sur le métier, donc je vais poursuivre et me laisser porter par l’inspiration du moment.

Si vous avez lu ceci jusqu’au bout et qu’il vous arrive de passer sur mon blog et de vous y attarder, je vous en remercie. Cela me fait toujours plaisir de voir que des personnes sont passées sur mon blog, reviennent, s’abonnent et « likent » mes articles. Merci aussi à ceux et celles qui me laissent un commentaire à l’occasion. Cela m’intéresse toujours de pouvoir échanger, de savoir comment vous avez atterri sur mon blog, quels articles vous ont plus. Venez-vous ici pour les bilans culturels, pour les articles sur l’écologie, simplement par curiosité ?

N’hésitez pas à me faire un retour…

Je vous reviens bientôt avec de nouveaux articles…

Constance

Christian Schloe - Set Your Heart Free
Illustration de Christian Schloe, j’adore cet artiste…

 

Discover: Main

Le thème du jour 6 (comme je l’ai dit, si je ne me sens pas inspirée, je passe au suivant) sur discover est « main »…

Il y a tant de choses à faire avec ses mains et tant de choses à dire aussi. La main qui caresse, qui parle, qui saisit, qui donne, qui retient, qui violente aussi. La main qui nettoie, qui fabrique, qui fait et qui défait… Cette main qu’actuellement on doit ganter, on ne peut plus porter à son visage. Cette main devenue suspecte, vecteur de contagion, étangère, ennemie. Cette main de l’ami que nous ne pouvons plus prendre, cette main consolatrice que nous ne pouvons plus poser sur aucune épaule, cette main que nous ne pouvons plus serrer. S’il y a bien une part sociale en nous, après l’évidence du visage, c’est la main. Ne dit-on pas « donner un coup de main » ou « demander sa main à quelqu’un » ?

Je suis grande et j’ai de petites mains. Je n’ai pas de longs doigts de pianiste. Durant longtemps, j’ai délaissé et négligé mes mains, me définissant comme quelqu’un de cérébral. Il y a les manuels et les intellectuels et je me considérais de la seconde catégorie, comme inconsciente de la porosité de la frontière entre les deux. Les arts auxquels je m’adonne sont ceux de la parole, écrite ou parlée. Quand je faisais de la danse, et plus tard du théâtre, elles ont souvent été des accessoires inutiles que l’on me reprochait de ne pas savoir où mettre. Elles trahissaient alors mon stress, mon manque de maîtrise de mon corps, j’avais l’impression qu’on pouvait voir en direct mon cerveau se demander ce qu’il devait en faire. Maintenant cela va mieux, j’ai travaillé, j’ai grandi, j’ai pris confiance en moi, je sais m’exprimer aussi grâce à elles.

Je me suis engagée dans des études et dans un métier qui ne requiert pas d’utilisation particulière de mes mains. Je me suis engagée dans des hobbys et dans un sport qui ne demandent pas d’en être particulièrement habile. Ce n’est que récemment, il y a quelques années, qu’après m’être perdue trop profondément dans mes pensées, après avoir parfois perdu contact avec le sol et la matière tangible, que j’y suis revenue. J’y reviens également suite à mon intérêt pour l’écologie et le minimalisme. J’apprends doucement à réparer, à fabriquer, à détourner. Je me suis mise à la couture, timidement. J’aspire maintenant à broder et tricoter. L’âge aussi peut-être. Mes mains peuvent me servir à accomplir, à travailler, mais également à méditer, à concentrer mes pensées sur des tâches nouvelles qui requièrent toute mon attention, à des savoirs faire nobles et ancestraux.

Mes mains peuvent me reconnecter à la nature. En ces temps où le contact physique n’est pas permis, je me suis surprise à effleurer la pierre, à apposer mes paumes sur les troncs des arbres, à en épouser les aspérités. J’ai envie d’escalader la roche, de prendre une poignée de sable fin, de fermer la main et de le sentir s’écouler entre mes doigts. Je n’ai pas la main verte, mais j’ai envie d’un jour plonger les mains dans la terre et faire grandir un rosier. J’ai envie d’un massage des mains…l’avez-vous déjà essayé ? C’est absolument divin.

En attendant de pouvoir leur proposer de nouvelles activités, je les laisse s’adonner au coloriage, je les hydrate, je les vernis, elles tournent les pages de mes livres, elles tapotent ce clavier et permettent à mes mots de s’écouler, elles applaudissent tous les soirs à 20h… Je me réjouis de les laisser à nouveau être le prolongement de la tendresse de mon cœur en les tendant pour aider l’autre, mais surtout pour toucher et caresser les êtres qui me sont chers…

Journal de confinement 6: du 20 au 26 avril

Il n’y a plus de jours, plus de semaines. Le temps passe vite malgré tout. Je ne m’ennuie pas, je m’ennuie des autres un peu ça oui.

Cette semaine, il y a eu…

Des cartes d’anniversaire dans ma boite aux lettres, pour faire durer le plaisir.

Deux après-midi de travail au service. J’ai pris le temps de prendre en photo la glycine, les roses, d’autres fleurs dont j’ignore le nom dans le jardin. Il m’est revenu récemment une vieille envie de suivre une formation de naturaliste…

Une série terminée, j’ai fait trainer mais ça y est, j’ai tout vu de « The Good Place »

Moins de ras le bol que la semaine dernière au niveau du travail, même s’il reste profondément dénaturé par le télé travail…

Des pensées, des questions ? Nous ne revivrons pas comme avant longtemps, je n’ose pas dire jamais. Pas que je souhaite la remise en marche de cette société à toute vitesse, qui grouille, qui broie les individus, qui brusque et qui détruit la planète… Cette vie là peut changer. Mais qu’en est-il des rapports humains. Comment ferons-nous de nouvelles connaissances ? Quelles seront les nouvelles façons de se saluer ? Nos sourires et nos grimaces seront-ils durablement dissimulés derrière des masques ? Danserons-nous ensemble sans courir nous laver les mains ? On va bientôt permettre aux familles de se revoir…mais comment ? Et à titre personnel, qu’oserais-je ? Irai-je voir ma filleule ? Prendrai-je ma mère dans mes bras ? Quand aurai-je un masque qui me permettra d’entrer dans le salon de ma grand-mère sans aucune crainte de la mettre en danger ?

La fin de ma lecture du recueil d’Edgar Allan Poe et ma reprise (enfin) de « Sapiens ».

De petites avancées dans mon MOOC « Introduction à l’histoire contemporaine ».

Des séances de sport en appartement, à suer avec les lives de Sissy Mua.

Des joggings également, pas fameux. Je ne sais pas pourquoi ? Mon cycle, le manque de mouvement général (quand on vit dans trois pièces, on ne se dépense pas beaucoup), les allergies ? Patience… Une séance de mobilité/étirements qui fait du bien…

Du coloriage toujours, mais un peu moins…

Du temps passé sur ce maudit jeu « Mystère à Poudlard », je suis en deuxième année et je vais bientôt pouvoir jouer au Quidditch, voilà ma vie sociale fictive.

un bon résumé de moi 🙂

Des moments musicaux à ma fenêtre, des sourires échangés avec mes voisins, des applaudissements, des cris qui résonnent dans la ville…tous les soirs vers 20h.

Un cadeau d’anniversaire, celui de ma filleule qui a eu 3 ans le 30 mars, parce que je ne sais pas quand je la reverrai. Ca va renouveler un peu son stock de livres…

Du temps passé à observer les petits coins de nature autour de chez moi, à guetter les premières éclosions et les nouvelles floraisons… A profiter du calme de l’eau…

Un weekend consacré principalement à la lecture, presque sans écrans.

Du soleil, beaucoup de soleil, mais il parait que demain c’est fini… J’accueillerai volontiers la pluie: les sols, les allergiques et la santé publique en ont besoin…

 

Discover: Ouvert

Sur wordpress il existe une page qui reprend les meilleurs articles et les sujets tendances du moment, sélectionnés par une équipe d’éditeurs. Ils se chargent également de stimuler la création et, depuis le mois d’avril, ont lancé un challenge. Cette page s’appelle Discover. Chaque jour, un mot est posté et il faut écrire autour ou à propos de ce mot. Des pistes sont données si on préfère un point de départ plus précis. J’ai décidé, avec 20 jours de retard et à ma manière d’y participer. Je vais sans doute les prendre dans l’ordre mais peut-être pas tous ni tous les jours. Le premier « Blague », ne m’inspirait pas. Je commence donc par le deuxième. Il s’agit de « Ouvert ». Si vous souhaitez vous y essayer, je vous mets ci-dessous la liste des phrases d’inspiration (en anglais), ainsi que mon texte. Je pense que ça peut-être sympa comme petit moment d’écriture ou d’entrainement à l’écriture, sans prétention. Si vous souhaitez le faire, n’hésitez pas à reprendre ce challenge.

Need more ideas? Not sure what to write around Open?

  • Describe a memorable experience in a wide-open space: a desert hike, a picnic, an old-school train station…
  • Tell us about a store, restaurant, or public venue that’s currently closed, and that you can’t wait to see reopen.
  • Write a haiku (or several) in which “open” is the final word.
  • Share a story about a time when you or someone you know acted with open-mindedness and curiosity.
  • Post a photo that invokes a feeling of openness (for you, at least) and tell us when, where, and why you took it.

A 6 ou 7 kilomètres de chez moi se trouve un petit village aux rues pavées irrégulièrement et peuplé de maisonnettes blanches. Pas que, mais ce sont mes préférées. Actuellement, les façades de pas mal d’entre elles sont fleuries par des glycines et autres grimpantes. Dans ce village se trouve un restaurant et ce restaurant dispose d’une terrasse. Cette terrasse ne donne pas sur la rue, mais sur le fleuve et jouxte l’entrée d’une réserve naturelle. Il m’arrive d’y aller boire un verre après une balade dans la réserve, d’y déguster un hamburger végétarien le midi ou d’y prendre l’apéro le soir avec des tapas. Cette terrasse est en bois, en contrebas du restaurant. Le personnel doit monter deux fois un petit escalier pour arriver en cuisine et se décarcasse toujours en restant sympathique. Lorsque j’y vais, je dis que je suis en vacances. C’est mon endroit de sérénité. Celui où je peux regarder le soleil se coucher et transformer la bière en or. J’y suis doublement en vacances car je dois passer la frontière pour y arriver. Cet endroit se trouve en effet aux Pays-Bas. J’y ai beaucoup pensé ces jours-ci,car depuis deux ou trois ans, j’ai pris l’habitude d’aller y manger avec mes parents à l’occasion de mon anniversaire et, à l’heure où j’écris, le 20 avril, j’aurais donc dû y aller hier. Alors lorsque nous pourrons sortir du confinement, c’est là que j’aurai envie d’aller. Il me faudra sans doute patienter, car il faudra également que rouvre la frontière. Et alors, j’irai fouler à nouveau les sentiers de la réserve, je prendrai le temps de regarder à 360 degrés autour de moi, de rafraichir les images que j’en ai, de les actualiser en fonction de la saison, puis j’irai m’installer à cette terrasse, si le temps le permet, et je m’offrirai un bon repas, près de chez moi, mais en vacances.