« Ressac » et « Atteindre l’aube » de Diglee

Cet été j’ai eu un coup de cœur massif pour deux récits de l’illustratrice et désormais romancière lyonnaise Diglee, pseudonyme de Maureen Wingrove. Cela fait longtemps que ce pseudo je le vois un peu partout sur internet, mais j’avoue que je n’avais pas creusé la question puisque, pour moi, associée davantage au monde de l’illustration que des mots.

Le premier livre de Diglee que j’ai acheté, c’est son recueil de poèmes et de biographies de poétesses « Je serai le feu », d’abord pour l’offrir (deux fois) puis, enfin, pour moi. Et il trône dans ma bibliothèque sans que je m’y sois encore vraiment attaquée. Mais déjà, admirez l’objet !

Puis, lors d’un atelier de bibliothérapie auquel je participais, notre animatrice, Eloïse a lu un extrait de « Atteindre l’aube » et là, je me suis lancée et j’ai enfin découvert puis dévoré les deux récits dont je parle aujourd’hui.

La plume de Diglee est délicate, intime, poétique et généreuse. Ces récits sont courts, mais gorgés d’intensité. Dans Ressac, elle nous livre le récit de sa retraite de 5 jours dans une abbaye bretonne, suite à un drame familial. Elle nous y présente les lieux, son intériorité et les femmes qu’elle y rencontre avec un mélange subtil de pudeur et de générosité. Les mots clefs qui me viennent à l’esprit en pensant à « Ressac » (anagramme et même palindrome de casser) sont mer, synchronicités, féminité, synchronicité, créativité et déconnexion.

Dans « Atteindre l’aube », Diglee rend hommage et retrace la vie de sa grand-tante Georgie, dont elle a été très proche, mais dont elle va pourtant découvrir pas mal de secrets et de faces cachées. En passant, elle retrace également le parcours des femmes de sa famille et examine son propre rapport à l’amour et aux hommes. Un roman puissant et gorgé d’amour. Les mots clefs seraient ici généalogie, féminité à nouveau, (non)maternité, relations amoureuses et croissance.

Comme vous l’aurez compris, je suis conquise par les livres de Maureen Wingrove et par l’autrice elle-même puisque ces écrits donnent l’impression de la connaître personnellement.

Si cela vous intéresse, je vous suggère de visiter son blog http://diglee.com/ , sa page instagram @diglee_glittering_bitch et d’écouter l’interview qu’elle a accordée à Cécile Coulon pour son podcast « la source »

Pérégrinations et lectures italiennes

Cet été je suis à nouveau partie me ressourcer en Italie. Des rives du Lac de Côme jalonnées de petits villages à la colorimétrie chatoyante au grand silence des alpages du Val d’Aoste, en passant par les arènes de Vérone et ma chère Toscane avec une découverte, le village de Monteriggioni. 14 jours de reconnexion à moi, à observer le temps passer plus lentement, à reprendre des habitudes bien ancrées, à me gaver de belles images et aussi de bonne nourriture.

Varenna, lac de Côme
La place de la minuscule cité médiévale de Monteriggioni, depuis le mur d’enceinte

Dans ma valise, j’en avais posté une photo sur instagram, j’avais bien entendu glissé quelques lectures dont je viens aujourd’hui vous parler. Je les avais choisies car en rapport avec ce voyage d’une façon où d’une autre…

« Accabadora » de Michela Murgia où l’histoire d’une petite fille née par surprise dans une famille qui n’avait pas besoin d’une bouche en plus à nourrir. L’histoire aussi d’une dame plus âgée qui n’a jamais fondé de famille de sang puisque son fiancé est mort à la guerre. Ces deux destins se croisent lorsque la première devient « fille de l’âme » ou est, autrement dit, adoptée par la seconde dans la Sardaigne des années 50. J’ai beaucoup aimé ce récit qui met à l’avant plan deux femmes fortes et indépendantes, qui se construisent contre la pauvreté des schémas disponibles à l’époque. Une réflexion sur ce que nous choisissons d’appeler les liens familiaux, un roman d’apprentissage, une plongée dans un passé pas si lointain, voici les ingrédients du roman simple et puissant de Michela Murgia. Sans parler du terme Accabadora, qui n’est pas traduit en français et que je vous laisse le soin de découvrir. Un sujet de roman à lui tout seul que le rôle de Zia Bonaria auprès de ceux qui sont au crépuscule de leur vie. Comme vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman et je l’ai découvert à peu près en même temps que son autrice, récemment décédée, une intellectuelle féministe, antifasciste qui s’est faite la porte-parole des minorités et de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société hétéronormée, la famille traditionnelle et une société qui ostracise tant de personnes. Une grande dame, une grande sœur et une « mère d’âme » pour beaucoup d’Italiens qui s’est éteinte à 51 ans, vaincue par une tumeur rénale. A ceux qui comprennent l’italien, je ne peux que vous conseiller de l’écouter (son courage, son optimisme et sa vision de la vie comme de la mort sont assez révolutionnaires et inspirants, jusqu’au bout) et à tous les autres de la lire. Je me suis moi-même procurée sur place son ouvrage testamentaire « tre ciotole », paru cet été.

« Dictionnaire insolite de Florence » de Lucien d’Azay. J’ai grignoté ce petit ouvrage au bord de la piscine dont j’avais la chance de pouvoir profiter à Fiesole, sur les hauteurs de Florence justement. En tant qu’ancienne habitante et visiteuse régulière de cette ville merveilleuse, j’ai pris beaucoup de plaisir à me souvenir, me rafraichir la mémoire mais aussi apprendre des choses intéressantes, insolites ou simplement inconnues des étrangers. Ca change des guides verts et lonely planet que, pour ma part, je ne prends plus la peine de consulter lorsque je suis sur place.

« Une chambre à soi » de Virginia Woolf. Pour le coup, rien à voire avec l’Italie, mais bien avec le thème d’un atelier de bibliothérapie que je suis en train de préparer. A voire aussi avec mon féminisme et le fait que ce livre (2 conférences augmentées de Virginia Woolf à l’attention de jeunes femmes universitaires ) est considéré, à juste titre, comme un ouvrage fondateur du mouvement. Une chambre à soi et 500 livres de rente, c’est ce qu’il manque aux femmes pour être libres, c’est ce qui ne leur a pas permis d’accéder au métier d’écrivain et à tant d’autres depuis que le monde est monde. C’est ce que Virginia leur enjoint de tout faire pour se procurer et pouvoir créer, bien consciente que ce « luxe » ne lui a été consenti à elle que grâce à un héritage. Toujours d’actualité et hautement recommandé !

Extrait : « Néanmoins, lorsque je lis que telle sorcière a été soumise au supplice de l’eau, que telle femme était possédée du démon, que telle guérisseuse vendait des herbes, ou même que tel homme particulièrement remarquable avait une mère, eh bien, je pense qu’on n’est pas loin d’avoir perdu une romancière, d’être en présence d’une poétesse qui a été étouffée, d’une Jane Austen muette et sans gloire, d’une Emily Brontë se faisant sauter la tête sur la lande ou errant, grimaçante, sur les routes, ravagée par la torture que son don lui infligeait. En effet, j’irais même jusqu’à penser qu’Anonyme, qui a écrit tant de poèmes sans les signer, était la plupart du temps une femme. »

« Bellissima » de Simonetta Greggio. C’est le troisième roman que le lis de Simonetta Greggio, née en Italie en 1961, mais vivant à Paris depuis 1981. Les deux premiers « La Dolce Vita » et « Les nouveaux monstres » parlaient de l’Italie, de son charme, de ses gangrènes aussi. Je ne peux que conseiller ces livres à ceux qui aiment l’Italie, veulent la comprendre et veulent comprendre aussi pourquoi Simonetta l’a quittée. On le comprend encore mieux dans cette œuvre qui est cette fois-ci autobiographique. A la fois généreuse et pudique. Il y est question de politique mais aussi de violences domestiques et aussi d’une jeune fille qui tente de se construire au milieu de ce brasier. Bellissima, c’est la mère de l’héroïne. Bellissima, c’est aussi l’Italie. Un pays qu’on porte dans ses tripes où qu’on aille. A la page 32 de mon édition, elle y cite Cesare Pavese, que je n’ai encore jamais eu l’occasion de lire, mais dont les mots me touchent au plus profond de l’être : « Il faut avoir un pays, ne serait-ce que pour partir. Un pays signifie ne pas être seul, sachant que dans les gens, dans les plantes, dans la terre, il y a quelque chose qui vous appartient, que même lorsque vous n’êtes pas là, elle vous attend » (Cesare Pavese « La lune et les feux »)

Le garçon sauvage” de  Paolo Cognetti. Je clôture mes lectures italiennes au Val d’Aoste, par un livre que j’ai déjà lu en italien, mais que j’ai décidé de relire en français. Entre mes deux lectures, Paolo Cognetti a accédé à une certaine notoriété en francophonie car son roman « Les Huit Montagnes » a été adapté au cinéma, s’attirant des critiques positives et jouissant d’un beau succès en salle (je ne l’ai pas vu, seulement lu et je vais également le relire traduit). « Le garçon sauvage » est davantage un récit autobiographique (il est d’ailleurs sous-titré « Carnet de montagne) qu’un roman. L’histoire d’un homme qui fuit la ville pour se retrancher un an dans la montagne qu’il a connue enfant, écrire et vivre au rythme des saisons. Une lecture sensible et contemplative qui ravira les amoureux de nature, donnera envie d’aller à la montagne, mais fera aussi la part belle à la fraternité humaine. Je me suis également procurée, en Italien, « La félicité du loup ». J’aime lire en langue originale, mais la perspective d’animer des ateliers (en français bien entendu) me pousse à lire certains ouvrages deux fois, des coups de cœurs tels que ceux de Paolo Cognetti.

Voilà, c’est ici que se termine mon périple littéraire italien. Disposant d’une chambre à moi et n’étant pas soumise à des impératifs de tourisme frénétiques, j’ai eu le temps de tout lire. Avec grand plaisir, avec le sentiment de me faire un cadeau en retournant chaque année dans ces endroits qui s’inscrivent chaque année un peu plus en moi… Je vous souhaite d’être bien chez vous, mais également de savoir où aller lorsque vous avez besoin de changer d’air ou au contraire de retrouver un air familier et bienfaisant…

Rentrée et Tempérance

Bonjour à toustes, à toi qui passes par hasard ici, à ma maman certainement !

Il y a quelques mois j’avais décidé de reprendre mon blog en main avec une publication hebdomadaire, de recentrer ma ligne éditoriale autour de la littérature et de me créer un joli feed instagram. Un peu parce que je fonctionne comme cela (toujours se mettre des objectifs, planifier et essayer d’être disciplinée), un peu aussi car j’ambitionne de développer une activité en lien avec mon métier (psychologue) et la littérature. C’est en ce sens que j’ai entrepris une démarche de formation à la bibliothérapie avec Eloïse Steyaert du Mot qui délivre. Bref, force est de constater que je n’y parviens pas. J’ai essayé plusieurs fois et je pense qu’il faut que je lâche un peu de lest à ce niveau-là.

En plus du travail, je suis toujours impliquée dans ma troupe de théâtre, j’essaie de faire du sport deux fois par semaine et je fais du solfège et de la guitare. La belle vie. Et déjà beaucoup de choses. Mais je dois pourtant sans cesse me réfréner. J’ai failli m’inscrire à un workshop de crochet. Je me suis raisonnée en me disant que je devrais plutôt me débarrasser de la machine à coudre et du matériel qui l’accompagne et encombrent mon armoire. Je voudrais aussi rafraichir mon néerlandais et mon espagnol. Et aller courir. Et, et, et… J’ai toujours été comme cela, j’ai besoin d’apprendre, besoin de me fixer des objectifs. Et je ne suis pas satisfaite non plus quand les choses sont faites à moitié. Il faut donc que je me bride, mais ce mot ne me plait pas. Il faut que je me recentre, que je me concentre. Que j’accepte que j’aimerais toucher à tout, mais que l’important pour moi est aussi et  avant tout d’être constante et régulière dans des activités et des projets qui avancent et me procurent un sentiment d’accomplissement et de compétence.

Je ne me suis pas inscrite au crochet.

Je me suis remise assidument à la lecture. Parce que cela me fait du bien et parce que j’ai pour projet de créer des ateliers bibliothérapeutiques. Des ateliers qui viseraient à prodiguer du ressourcement, de l’apaisement, mais aussi à renouer avec sa créativité autour du média livre/littérature.

Je ne vais pas exiger de moi-même une publication hebdomadaire sur mon blog, car cela finit par devenir une exigence paralysante qui fait que je ne publie rien pendant des mois.

Je vais à la salle de sport deux fois par semaine. Je n’attends pas d’avoir beaucoup de temps pour y aller. J’y vais même pour une demi-heure intense plutôt que de sauter la séance par manque de temps ou d’énergie.

Je ne joue pas dans la pièce de ma troupe cette année. Je suis sereine, pourtant j’aime le projet. Mais je suis en convalescence d’une grosse opération et je dois l’accepter. Je me ressource et travaille dans l’ombre pour mieux repartir.

Je ne vais pas programmer de weekend à la Toussaint. Je vais prendre ce temps pour être à la maison. Et pour économiser pour ma liste de « voyages de rêve ».

Je ne sais pas si je vais acheter une maison où juste garder mon appartement et conserver le luxe de ne pas devoir travailler pour payer quitte à ne pas m’épanouir. Je vais peut-être me payer plus souvent des « vacances avec jardin ». A voir.

Voici mon mood de la rentrée, créer et persévérer. Nidifier pour mieux s’envoler. Et ne pas se disperser, mais approfondir. Car même si cela part d’une jolie pulsion de vie, cela risque de m’épuiser.

J’ai commencé la rédaction de cet article en me disant que j’allais y dresser la liste de mes dernières lectures, celles, nombreuses, que je n’ai pas eu le loisir de chroniquer individuellement. Mais la plume a dérapé et m’a emmenée là où j’en avais besoin. Déplier, observer, trier mes pensées. Penser pour mettre en actes. Ne pas s’y perdre. C’est aussi cela l’écriture pour moi. Alors je vais m’arrêter là.

J’espère que la fin de l’été se passe bien pour toi ou vous qui me lis(ez). Je ne sais pas si le mois de septembre à cet effet là sur vous. Pour moi c’est toujours une page blanche assez excitante qui ouvre également sur la saison où je me sens le mieux, l’automne. Je vous/me reviens quand je peux avec de nouveaux partages.

Au creux de l’effort, s’émerveiller des surprises de la nature…