Bilan culturel de l’été 2021

L’été s’achève (a-t-il vraiment débuté?). La rentrée scolaire est actée et ne nous reste que l’espoir d’un été indien pour nous dire que tout n’a pas été pourri. Heureusement quand il fait moche, il nous reste la lecture, le cinéma, le théâtre et les musées. Voici donc à quoi j’ai passé une partie de mon temps ces deux derniers mois.

Lors de mon séjour à Florence, j’ai re découvert le Palazzo Vecchio et j’ai fait ma première visite au Palazzo Medici Riccardi. Ces visites guidées m’ont enchantée et permis de réviser l’histoire de ma ville de cœur en plus de m’en mettre plein la vue à coups de sculptures, fresques, chapelles et détails architecturaux.

Il y a deux jours je suis retournée au Théâtre pour la première fois depuis mars 2020. Je suis allée voir « La dernière nuit du monde », un texte de Laurent Gaudé, mis en scène et interprété par l’excellent Fabrice Murgia, accompagné sur scène de la magnifique Nadine Baboy. Une atmosphère feutrée et onirique pour évoquer ce monde qui rêve d’une pillule magique qui lui permettrait de se passer de sommeil pour faire « déborder le jour » et rugir encore davantage. J’ai beaucoup aimé. La scénographie et le travail sur les éclairages étaient hyper léchés.

La dernière nuit du monde | Festival d'Avignon
A Avignon

Au rayon cinématographique, j’ai adoré « Promising young woman » dont j’ai parlé dans mon post précédent. J’ai apprécié « Blackbird », un drame familial sur le droit à l’euthanasie. Je me suis plongée avec plaisir dans « My Salinger Year » que j’ai aimé pour son ambiance d’automne New Yorkais, les costumes, les évocations littéraires, mais qui est assez pauvre au niveau du scénario. Cela m’a donné envie de relire « L’Attrape Cœur » et de lire « Franny et Zooey » par contre. Enfin, sur netflix, j’ai été déçue par « dans les angles morts ». J’attendais un thriller, j’ai eu un film d’horreur qui ne m’a pas effrayée et qui n’apporte rien de neuf. Je ne sais pas ce qui a poussé James Norton et Amanda Seyfried à aller patauger dans tant de platitude et de déjà vu.

Critique : Mon année à New York - Cineuropa
Cette esthétique…

Je n’ai pas visionné beaucoup de séries, juste deux séries espagnoles pour m’imprégner de la langue (même si l’une est en galicien ce qui ne m’a pas beaucoup aidée même si je repérais bien les différences). Il s’agit de « après toi le chaos » et du « goût des marguerites » . Deux séries policières parfaitement dispensables.

Jusqu’ici j’ai lu 7 romans depuis début juillet, si je n’en oublie pas :

  • « Dans l’ombre du paradis » de Viveca Sten. Une enquête dans l’archipel de Stockholm.
  • « Je revenais des autres » , une mièvrerie assez mal écrite mais qui se laisse lire de Mélissa da Costa.
  • « le club des miracles relatifs » de Nancy Huston. Je pense que c’est le premier roman de Nancy Huston auquel je n’accroche pas. Trop désincarné et trop noir pour moi. Je ne pourrais même pas le résumer.
  • « La belle amour humaine » de Lyonel Trouillot a également échoué à m’emporter.
  • « la commode aux tiroirs de couleur » d’Olivia Ruiz. Un roman court où l’autrice évoque la vie de sa grand-mère qui a fui enfant la dictature franquiste.
  • « L’engrenage du mal » un policier de Nicolas Feuz. Dispensable lui aussi. Je l’ai lu assez vite mais j’y ai trouvé des invraisemblances.

Enfin j’ai lu, « Impossible » de Erri de Luca. Je l’ai lu en italien et j’ai adoré. Deux autres romans d’Erri de Luca sont sur ma pile à lire et je pense lui consacrer un article à part. Avez-vous déjà lu quelque chose de lui ?

Voilà, c’est tout pour cet été. Ce que j’ai le plus apprécié est de pouvoir retourner au théâtre, le roman d’Erri de Luca ainsi que « Promising young woman » au cinéma.

Retour au cinéma: « Drunk », « Adieu les cons », « Promising Young Woman »

Hello,

Cela fait plusieurs semaines que je déserte cet endroit et je me suis dit que pour me remotiver, il serait bon que je modifie mes habitudes. Ainsi dans mes bilans ou mes récits, je m’impose trop souvent d’être exhaustive et cela entraine chez moi de la procrastination. J’ai donc décidé de me lancer dans quelque chose de plus instinctif, plus « à l’envie » et davantage affranchi d’obligations de régularité ou de cohérence.

Ainsi j’avais envie de parler et de garder une trace des trois films que j’ai vus au cinéma depuis la réouverture (et même avant dans le cadre de « Still Standing for Culture ») et qui m’ont beaucoup plu. Ils sont toujours à l’affiche donc cet article ne sera peut-être pas vain si vous tombez dessus et cherchez l’inspiration.

Je suis allée voir « Adieu les cons » d’Albert Dupontel, avec lui-même et Virginie Efira. Honte à moi, je n’avais jamais vu Virginie Efira au cinéma et force est de constater que je souscris à tout le bien qu’on dit d’elle. Elle est absolument adorable et bouleversante dans ce rôle de mère condamnée qui cherche à retrouver l’enfant qu’on lui a enlevé à la naissance. Mais attention, Adieu les cons est avant tout une comédie, une comédie douce et irrévérencieuse. Il y a de l’élégance dans ce film et un petit côté Amélie Poulain. Poétique, même si plus grave. Des personnages secondaires fantasques et pleins de bons sentiments, un suspense tout de même et des gags. Un très beau film.

Adieu les cons de Albert Dupontel : Un Grand soir un peu trop tiède |  LeMagduCine

Dans un autre genre, mais toujours avec une héroïne féminine, je suis allée voir « Promising Young Woman » avec Carey Mulligan. Emerald Fennell, qui a réalisé et scénarisé cet ovni revanchard militant féministe et rose bonbon (oui, tout cela dans le même film) a raflé l’Oscar du Meilleur Scénario et c’est amplement mérité. Au passage on signalera que c’est son premier long métrage. On suit ici Cassie, une jeune femme qui, chaque weekend, sort en boite et feint d’être ivre jusqu’à ce qu’un homme finisse inmanquablement par la ramener et tenter d’avoir un rapport sexuel avec elle. La bande annonce décoiffe et capte l’attention. Les « bons samaritains » sont eux aussi un peu décoiffés lorsqu’ils s’aperçoivent qu’elle n’est pas du tout ivre, ils sont même complètement flippés et c’est absolument jouissif de la voir leur donner une bonne leçon (en tant que femme, car il faut le dire dans ce film les hommes prennent cher). Il est bien sûr ici question de vengeance et je vous laisse en découvrir tous les chapitres. Car si les motivations de Cassie sont rapidement devinées et exposées, la forme que prend cette quête de justice est absolument surprenante et cocasse. On est également surpris par le romantisme limite mielleux présent dans les intrigues parallèles (le film est très dense), mais à la fin, on en revient à l’adn annoncé au début. Mention spéciale à la bande originale à base de girls bands remixés et planants et de tubes des années 80. A voir absolument pour une piqûre de rappel plus que jamais utile de ce que sont le viol et le consentement.

Le parti pris militant de « Promising Young Woman »
Cassie le jour…
5 raisons de voir Promising Young Woman
Cassie la nuit

Enfin, c’est le premier film que j’ai vu lorsque je suis retournée au cinéma et cela fait déjà 3 mois, je voulais parler de « DRUNK » qui est et je pense va rester pour moi le film de l’année, mais aussi sans doute un de mes films préférés (en tout cas l’un des meilleurs, parce que bon, il ne détrônera peut-être pas l’histoire sans fin mais ils ne jouent pas dans la même catégorie disons). Je ne suis pas la seule à être de cet avis puisque ce film de Thomas Vinterberg a été multiprimé. Le pitch tient en peu de choses : 4 amis quadras/quinquas en manque de sens/piment/reconnaissance dans leur vie décident de tester une prétendue théorie qui énonce que nous serions nés avec un déficit d’alcool dans le sang équivalent à 0.5mg/litre. Ce qui suppose que pour être épanouis, nous devrions toujours être légèrement ivres. Original, mais au-delà de l’idée, ce quatuor d’acteurs (dont le fantastique Mads Mikkelsen) et leur réalisateur nous offrent un film élégant, sensible, bouleversant, drôle, triste et inoubliable sur l’amitié, la dépression, la place de l’homme dans sa famille, au travail, dans la société. Un film qui nous montre les hommes comme on les voit rarement : dans l’introspection, partageant leurs sentiments. Ivres certes mais pas vulgaires ou en train de tromper leur femme. En questionnement… C’est absolument épatant. Il est à noter que ce film n’est ni une apologie ni une condamnation de l’alcool, même si on en parlera inévitablement à la sortie et si je trouve qu’il serait bon que ce film soit montré massivement à un public jeune et accompagné. A chacun de se faire sa propre idée. Ici, comme parfois dans la vie, l’alcool et ensuite la gueule de bois sont avant tout des moyens d’aller au cœur de l’intimité des personnages et de leur essence et le pari est absolument réussi. A voir ABSOLUMENT. Oui en majuscule cette fois ci.

DRUNK - Café des images
Drunk : critique saoulographique

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Et vous, avez-vous vu de nouveaux films ? En avez-vous à conseiller ? Ma liste est longue, je lorgne sur pas mal d’affiches …  « Blackbird », « Falling », « Nomadland », « the Mauritanian »… je croule sous les bons films à voir… Sans parler des livres…

A la recherche du temps perdu…

Je vous écris d’un coin de paradis, le temps est suspendu, dans mes oreilles les cigales, face à moi une vue plongeante sur les olivier et nichée au fond de la vallée, ma précieuse Florence. Bientôt arriveront la limonade maison et des olives savoureuses bien que toute petites.

Pendant ce temps-là, je sais qu’en Wallonie et en Allemagne, beaucoup vivent un drame. J’agis et agirai comme je pourrai. Je me sens privilégiée et un peu honteuse d’être en vacances et de me sentir bien, de n’avoir rien perdu… J’ai décidé d’en profiter, même si j’ai peur de ce que je vais trouver en rentrant et de me sentir bien impuissante. Je referme cette parenthèse.

Cet article porte le nom d’un célèbre roman que je n’ai jamais pris le temps de lire. Tout comme je n’ai plus réussi à prendre le temps d’écrire, emportée dans un tourbillon d’activités, de travail et de stress. Stress lié aux maladies de certains collègues, à l’incertitude sanitaire sanitaire et aussi à mon incapacité à gérer correctement mon temps et les inévitables corvées du quotidien ces dernières semaines. A peine fini le travail, je devais me préparer à partir 10 jours et cela m’a mis dans un état de nervosité absurde sans qu’il y ait vraiment de cause…

Du coup, non je n’ai pas écrit le bilan du mois de juin. Je ne me suis pas non plus étendue sur le film Drunk et je n’ai pas cherché à vous persuader qu’il faut absolument que vous le voyiez pour tout un tas de raisons. Mais faites moi confiance et allez le voir et si vous n’êtes pas content je vous rembourse.

Je n’ai pas réussi à trier et ranger correctement mon appartement (et tout cela me parait si dérisoire à l’heure actuelle et je revois sérieusement mon rêve d’avoir une maison avec vue sur l’eau). Je n’ai pas appelé ma grand tante qui a été opérée il y a un mois (mais je l’ai fait aujourd’hui, lors d’une étape d’un tour que je faisais à vélo dans les collines toscanes).

A la place, je me suis couchée tard, j’ai essayé de reprendre le sport de manière régulière, mais je me suis choppé une tendinite, j’ai fait un stage de guitare le soir après le boulot et surprise c’était gai mais pas un super timing.

Puis je suis partie, enfin, quand même. Et je suis arrivée en Italie. J’ai lézardé au bord d’une piscine dans un agritourisme couronné par les vignes . J’ai vu de la famille. Découvert un peu mieux les rives du lac de Garde. Sur mon vélo électrique de location. La sensation de bien être que j’avais vécue à Texel en 2017 m’a pénétrée à nouveau.

Et enfin direction la Toscane et la pensione Bencistà, découverte avec émerveillement il y a deux ans. Une petite déception d’abord car je n’ai pas la même chambre qu’il y a deux ans et elle était parfaite. Mais je m’en accommode vite. Je me gave à nouveau de cette vue imprenable. Je revois mes amies, je fais connaissance avec un nouvel enfant. Je lis les aristochats en Italien à sa grande sœur, qui me corrige car j’ai dit jaloux (geloso) au lieu de gourmant (goloso) puisque comme tous les enfants de son âge, elle connait les histoires par cœur même si elle ne sait pas lire. J’apprends de nouveaux mots, je me souviens d’autres.

Le deuxième soir, hier, je descends dans le jardin de la pension au crépuscule et je revis cette sensation de calme et d’alignement que j’avais déjà vécue en arrivant ici. Etrange. Une connexion à cet endroit auparavant inconnu. Comme si j’avais toujours dû venir ici et que l’endroit prenait soin de moi. Au-dessus de moi, j’entends les autres clients qui terminent de souper. Leurs voix me parviennent telles des murmures.

Il est de certains lieux comme des personnes. Certains vous marquent et feront partie de vous quoi qu’il arrive. Ce n’est pas quelque chose du type « wow c’est tellement mieux ici, je voudrais y vivre, c’est nul chez moi ». C’est vraiment au-delà.

Je me suis laissée emporter. Mais à dire la vérité je n’avais pas de fil conducteur en tête en allumant mon ordinateur. Je voulais juste garder une trace de ces moments et me laisser dériver un peu. Savourer cet instant où rien ne presse et où un vent léger sèche mes mèches rebelles.

Je vous laisse avec ce que j’avais écrit en 2019 en ce même lieu…

Je vous souhaite une bonne suite de mois de juillet et je pense à tous ceux qui n’ont pas ma chance.

Bilan culturel de mai

Les beaux jours sont enfin arrivés, les possibilités de sorties aussi et, malheureusement, le surcroit de travail (espérons que ce dernier soit temporaire). J’ai donc déserté mon blog près d’un mois. Voici mon bilan du mois de mai alors que juin est déjà bien entamé.

Le premier mai, le cinéma de ma ville participait à l’opération « Still Standing for Culture » et a ouvert illégalement ses portes le temps d’une journée. J’y suis allée, respectant strictement les consignes (et, surprise, personne n’est contaminé dans les cinémas et les théâtres chaque fois qu’on fait un test) et j’ai vu « Drunk » de Thomas Vinterberg. Une claque, j’ai adoré, c’est pourquoi je vous conseille de courir le voir à présent que les cinémas sont rouverts en France et en Belgique et qu’il est programmé un peu partout. De mon côté, je lui consacrerai dans les prochains jours un article rien que pour lui. Parce qu’il le vaut bien.

Au niveau des séries, j’ai terminé « Murder » qui m’aura bien accrochée et accompagnée en soirée durant deux mois (90 épisodes tout de même). Il faut reconnaitre que la série est addictive, les comédiens, Viola Davis en tête, sont excellent et les scénaristes ont une imagination inépuisable et sont de véritables architectes/mécaniciens du suspense et des retournements de situation. Reste que ça devient de plus en plus tiré par les cheveux, ils sont dans des situations inextricables et le grand nettoyage/déballage final m’a à la fois déçue et laissée de marbre tant c’était devenu too much.  

J’ai regardé « Leonardo » en italien sur raiuno. Il s’agit d’une co production européenne (qui devrait donc bientôt débarquer sur les chaines françaises et belges) qui met en scène Leonardo da Vinci aux prises avec des accusations de meurtre sur une de ses amies. Ces accusations n’ont jamais existé et on ne peut pas dire que le suspense soit insoutenable donc, mais le reste est assez bien respecté : les différents voyages et commissions de Leonardo, la genèse de La Cène et de La Joconde y sont abordés. Et puis une belle brochette d’acteurs là aussi, Aidan Turner (mon chouchou de Poldark) en tête.

J’ai enfin regardé la saison 2 de « qui a tué Sara ? » et disons que m’entrainer l’oreille à l’espagnol est le plus grand bienfait de cette série par ailleurs d’assez mauvaise facture. Et je pense qu’une saison trois va nous être infligée mais que j’y réfléchirai à deux fois.

Au niveau littérature, j’ai désormais une belle pile de livres à lire. J’en ai demandé et reçu pas mal pour mon anniversaire. Suite à une critique lue en ligne, j’ai commencé à lire « Le Cherokee » de Richard Morgiève. Voici ce qu’en dit le résumé : 1954, USA : alors qu ‘il fait sa tournée de nuit à la première neige, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l’Utah, le shérif Nick Corey découvre une voiture abandonnée. Au même moment, il voit atterrir un chasseur Sabre, sans aucune lumière. Et sans pilote. C’est le branle-bas de combat. L’armée et le FBI sont sur les dents. Quant à Corey, il se retrouve confronté à son propre passé : le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie réapparaît. Corey se lance à sa poursuite. Mais les cauchemars ont la dent dure… Et on peut tomber amoureux d’un agent du FBI. Je ne suis pas allée au bout. Ce bouquin est vraiment étrange. En allant lire sur internet, j’ai compris qu’il y avait deux sortes de personnes : ceux qui l’érigent au rang de roman culte et ceux qui abandonnent en cours de route. Il est je pense truffé de références que je ne maitrise pas et le style m’a perdue… Il a reçu plusieurs prix donc j’imagine que c’est à chacun de se faire une idée. Pas pour moi en tout cas.

Plus léger, j’ai lu « Cœurs brisés, jambes cassées » de Maria Ernestam dont j’avais déjà lu « les oreilles de Buster » (chroniqué ici). J’ai apprécié ce livre qui est pour moi un roman de Noël (oui la saison est mal choisie mais je l’avais sous la main lorsque j’ai abandonné le Cherokee) sympathique mais où je n’ai pas retrouvé la causticité et la fêlure que j’avais fini par apprécié dans les oreilles de Buster. Néanmoins, la lecture fut plaisante et légère. Elle l’aurait encore plus été en période de fêtes sous un plaid avec un bon thé.

Voilà, c’est tout pour ce bilan printanier. Je n’ai pas vécu de grands transports comme vous pouvez le constater, le génialissime « Drunk » mis à part. Mais les vacances, les livres en attente et les cinémas ouverts vont sans doute rentre l’été plus intense à bien des niveaux.

« Evelyn » d’Orlando Von Einsiedel

J’ai récemment décidé de changer le format de mes bilans. En effet, en commençant ce blog, j’ambitionnais de parler de mes coups de cœur et si j’aime l’idée de conserver une trace de tout ce que je consomme, je trouve que ce qui me plait vraiment reste trop souvent noyé dans la masse. C’est pourquoi je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un documentaire que j’ai regardé sur netflix. Je ne sais pas comment je suis tombée dessus (le hasard des suggestions, mais ça veut dire que je regarde vraiment des trucs assez glauques) ni pourquoi j’ai cliqué (thématique : le suicide…ah mais n’aurais-je pas un master en psycho ? ce doit être cela…), mais en tout car j’ai vraiment aimé et c’est pourquoi je lui dédie un article pour lui tout seul. ?

Evelyn Von Einsiedel (le frère du réalisateur donc) est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui s’est ôté la vie il y a de cela une dizaine d’année. S’apercevant que les années passent et que la famille ne parvient toujours pas à exprimer ses émotions, Orlando, son frère et sa sœur, trentenaires, décident de partir pour une longue marche, notamment à travers l’Ecosse, dans des endroits que leur frère affectionnait. Au long de cette marche, ils seront accompagnés successivement par leur mère, puis leur père et leur belle-mère et enfin leurs meilleurs amis. Ils évoqueront leurs souvenirs, heureux et traumatiques, la mémoire de leur frère, ce qui les lie et ce qui les sépare… Ils auront également l’occasion d’interagir avec des étrangers au long du périple, qui les questionnent sur ce qu’ils sont en train de faire (puisqu’ils sont tout de même suivis par des caméras) et s’aperçoivent que beaucoup ont connu, de près ou de loin, une tragédie semblable. J’ai trouvé ce film intime (notamment grâce aux extraits de vidéos familiales du temps où tout allait bien) mais pas impudique, comme si cette famille nous faisait un cadeau. J’ai été extrêmement émue par l’émotion, mais aussi la poésie et la lumière qui se dégagent de cette œuvre brute. Elle a également le mérite de briser les tabous autour de la maladie mentale (Evelyn avait un diagnostic de schizophrénie), de montrer des hommes qui acceptent de montrer leurs émotions et leurs larmes et de rappeler que le deuil n’est pas un processus linéaire avec une ligne d’arrivée claire. A la fin, j’avais envie de leur faire à tous un énorme hug (ce que fait d’ailleurs un inconnu avec la sœur à un moment).

Si vous parlez/comprenez l’anglais, je vous partage ci-après un poème de Nicholas Evans que la fratrie lit à la fin du film…

If I be the First of us to Die

If I be the first of us to die,
Let grief not blacken long your sky.
Be bold yet modest in your grieving.
There is a change but not a leaving.
For just as death is part of life,
The dead live on forever in the living.
And all the gathered riches of our journey,
The moments shared, the mysteries explored,
The steady layering of intimacy stored,
The things that made us laugh or weep or sing,
The joy of sunlit snow or first unfurling of the spring,
The wordless language of look and touch,
The knowing,
Each giving and each taking,
These are not flowers that fade,
Nor trees that fall and crumble,
Nor are the stone,
For even stone cannot the wind and rain withstand
And mighty mountain peaks in time reduce to sand.
What we were, we are.
What we had, we have.
A conjoined past imperishably present.
So when you walk the wood where once we walked together
And scan in vain the dappled bank beside you for my shadow,
Or pause where we always did upon the hill to gaze across the land,
And spotting something, reach by habit for my hand,
And finding none, feel sorrow start to steal upon you,
Be still.
Close your eyes.
Breathe.
Listen for my footfall in your heart.
I am not gone but merely walk within you.

Je vous laisse avec l’envie, ou non de voir cette jolie œuvre/hommage.

Bilan d’avril: Sapiens, The dig et le retour d’Emily St John Mandel

Hello,

Ce mois d’avril a été le plus frais depuis 35 ans et on l’a bien senti passer. Comme la vie sociale n’est pas encore vraiment déconfinée (on peut se voir dehors mais il a fait froid), ça a laissé le temps à la lecture et au visionnage. Alors quel est le bilan de ce mois ?

Ce mois ci j’ai terminé une série netflix et j’ai regardé un film et un documentaire.

J’ai regardé la série mexicaine « qui a tué Sara ? » dont je dirais que le principal mérite est de m’avoir fait pratiquer la compréhension à l’audition de l’espagnol. J’adore le cinéma espagnol et argentin, mais niveau séries je suis souvent déçu. Je trouve souvent cela « too much ». Tout va trop vite, trop fort, c’est sulfureux, c’est mafieux, la richesse est démesurée, la violence aussi. Je me suis même lassée sur certains aspects de « la casa de papel » même si il y a un plaisir intellectuel dans cette dernière et que l’iconographie fait mouche. Ici, comme dans « la disparition de Soledad » l’intrigue fonctionne (une deuxième saison risque de suivre vu la fin de celle-ci), les méchants sont détestables, il y a l’un ou l’autre personnage un peu plus dense, mais je nourris également une antipathie certaine pour la victime. Cette Sara a un vilain air de peste il faut bien le dire. Bref, à quand de nouvelles séries anglaises ou une production hispanophone à la hauteur de son cinéma.

Je suis arrivée, je ne sais absolument plus comment, sur le documentaire « Evelyn » d’Orlandon Von Einsiedel. Evelyn était le jeune frère d’Orlando et il s’est suicidé il y a une dizaine d’années. Face au deuil impossible de sa famille, Orlando documente un trail qu’il réalise avec son frère et sa sœur sur les traces du disparu. J’ai tellement été touchée par cette œuvre à la fois personnelle et universelle que j’ai décidé d’en rédiger une chronique que je publierai à part. J’ai d’ailleurs décidé de sortir mes coups de cœur des bilans pour leur donner davantage de visibilité.

Enfin, sur netflix à nouveau, j’ai visionné « The Dig » un film anglais au casting impeccable (Ralph Fiennes, Carey Mulligan, Johnny Flynn et Lily James pour ne citer qu’eux) qui narre l’histoire vraie (mais romancée) d’une femme férue d’archéologie qui fait appel aux services d’un autodidacte pour explorer des tumulus (tumuli ?) sur sa propriété. Le tout durant la seconde guerre mondiale. Tout y est : le jeu d’acteur, la reconstitution d’époque, la romance, la campagne anglaise, la quête envers les éléments (la météo, les accidents de chantier) et les opportunistes (les pontes des grands musées qui veulent raffler la mise et reléguer au second plan l’homme modeste et cultivé qui les a devancés. A regarder absolument, même si vous n’y connaissez rien en archéologie ou si cela ne vous intéresse pas. On en ressort tout ému.

Historical drama 'The Dig' uncovers fascinating true story | Lifestyle |  oleantimesherald.com
Ralph Fiennes et Carey Mulligan
The Dig: How accurate is The Dig on Netflix on the Sutton Hoo treasure find  | Films | Entertainment | Express.co.uk
Johnny Flynn et Lily James

Plus atypique, j’ai écouté une conférence gratuite d’Aurélie Valognes sur son processus de création littéraire. Je n’ai lu aucun de ses romans et je ne sais pas si j’aimerais, mais je trouve toujours cela inspirant d’écouter les artistes parler de leur travail et de comment cela se passe en coulisses. Et il faut bien le dire, l’histoire d’Aurélie Valognes fait un peu rêver.

Je n’ai toujours pas terminé la brique « Sapiens » de Yuval Noah Harari, mais j’ai emprunté à la bibliothèque sa version BD. Je ne crois pas qu’elle couvre tout l’ouvrage de référence mais c’est un sacré morceau. Je ne suis pas du tout une fan de BD à la base, mais je dois dire que lire Liv Strömquist m’a encouragée et que je m’aperçois que cela fonctionne super bien pour vulgariser. C’est digeste et truffé d’humour. Les auteurs arrivent à en faire un périple puisque le tout est raconté du point de vue de Harari qui raconte l’histoire à sa nièce. Une réussite, j’attends la suite (mais j’ignore si elle est prévue).

Sapiens tome 1 - BDfugue.com

Pour terminer, j’ai lu deux romans. Le premier, « Le cœur cousu de Carole Martinez, a été un coup de cœur pour l’amie qui me l’a prêté. Pas pour moi. Je dois reconnaitre l’incroyable imagination de l’auteur qui nous emmène en fait dans un conte lui-même fait de sous contes qui racontent l’histoire des femmes d’une même famille dans une époque indéterminée (le début du 20° siècle ?) et qu’on situe en Andalousie et en Afrique du nord. J’ai peiné à être touchée par ces personnages achétypaux et presque surnaturels. La prose très chargée et très poétique pour un roman ne m’a pas non plus transportée. Je l’ai trouvée belle mais je suis restée en dehors. A chacun de se faire une idée.

J’ai également lu, « Dernière nuit à Montréal » d’Emily St John Mandel. J’avais adoré « Station Eleven » de cette même autrice. Ce roman est un roman noir, un autre genre donc. Je l’ai aimé sans l’adorer.

Dernière nuit à Montréal de Emily St John Mandel - Poche - Livre - Decitre

On y retrouve le thème de la quête et de l’errance. Tout y est très lent et si cela rend l’atmosphère des rues glacées de Montréal très dense et vivante, tout en contraste avec le courant d’air qu’est Lilia, cette jeune femme après laquelle court le narrateur sans jamais parvenir à la saisir. En parallèle, on suit l’histoire de Lilia, petite fille enlevée par son père à l’âge de 7 ans et en cavale depuis. Pourquoi l’a-t-il enlevée ? Cet évènement résonne comme une onde se choc et ne laissera pas indemnes ceux qui s’y trouvent mêlés. Un bon suspense teinté de spleen. A ne pas lire si vous êtes déprimés par contre.

Voilà, c’est tout pour ce mois ci, mais hier je suis retournée au cinéma, dans le cadre de Still Standing for Culture (et c’était calme, distancié et masqué) et j’ai hâte de vous parler du chef d’oeuvre que je suis allée voir, « Drunk » de Thomas Vinterberg.

Bilan culturel de mars: Ian Mc Ewan et Liv Strömquist fidèles au rendez-vous

Voici le compte rendu du mois de mars, placé sous le signe du crime et de l’amour ce qui est bien normal car j’imagine que ce sont deux des thèmes qui inspirent le plus les auteurs et producteurs de littérature et d’audiovisuel.

Ce mois-ci j’ai regardé trois séries qui parlent de meurtres. Le thème est commun, mais elles sont néanmoins très différentes :

  • « Carmel » est une mini-série de true crime qui revient sur le mystérieux meurtre de Maria Marta Garcia Belsunce, une femme assez fortunée retrouvée morte dans la salle de bain de sa maison au sein d’un Coutry Club (une sorte de quartier fermé et sécurisé où vivent les riches) en Argentine. Intéressant pour les amateurs de true crime puisqu’on y retrouve les témoignages de la famille, des suspects et même du Procureur.
  • « Les carnets de Max Liebermann » une série européenne qui se déroule dans le Vienne du début du XX°siècle et suit le duo improbable formé par un inspecteur de police bourru et endeuillé et un jeune médecin juif qui s’intéresse à l’esprit et aux théories d’un homme dont on parle beaucoup à l’époque, alias Sigmund Freud. J’ai aimé l’esthétique de cette série et la trajectoire des protagonistes. La première saison ne comportait que 3 épisodes, j’attends donc de voir si nous aurons une suite.
  • « How to get away with Murder?“. Archi connue celle-ci et pourtant j’ai eu du mal à « entrer dedans ». J’avais un a priori puisque je déteste Grey’s anatomy et que je n’ai pas aimé Bridgerton, elles aussi produites par Shonda Rhimes qui est est aux commandes de Murder. Cependant une fois passés les premiers épisodes et l’antipathie que m’inspire le personnage principal, j’ai été happée par une mécanique infernale et très bien huilée. Le scénario est dingue, les personnages sont dingues. Tout est too much mais il faut bien dire que c’est addictif et j’ai avalé les trois premières saisons (sur 6). Vivement la suite, même si c’est du grand n’importe quoi et qu’aucune personne réelle ne serait incapable d’encaisser un dixième de ce que les personnages vivent.

J’ai lu un nouveau roman graphique de Liv Strömquist « les sentiments du Prince Charles ». C’est le troisième roman graphique de cette autrice que je lis après « l’origine du monde » (qui traitait de la représentation du sexe féminin au cours de l’histoire et de nos jours) et « la rose la plus rouge s’épanouit » (au sujet de la difficulté de s’engager dans une relation amoureuse). Je conseille vraiment ces romans graphiques qui aident à comprendre le rapport entre les sexes au travers d’exemples de personnages historiques et/ou célèbres et en vulgarisant avec humour (bien que les propos ne soient pas toujours franchement feel good) des théories sociologiques et psychologiques. Dans cet opus, comme le titre l’indique, il est question de l’expression des sentiments et de comment un sexe a été amené à se dévouer à un autre au fil du temps.

JOUR 37 - Les sentiments du Prince Charles, Liv Strömquist // Chronique de  Claire Porcher — Lectures de Femmes

Enfin, j’ai lu « opération Sweet Tooth » de Ian Mc Ewan. Là aussi il s’agit d’une troisième lecture du même auteur (après « l’intérêt de l’enfant » et « une machine comme moi ») et je dois dire que c’est ma préférée. On y suit Serena, une jeune étudiante puis diplômée de mathématiques de Cambridge. Serena est passionnée de littérature et se voit recrutée par le MI6 et chargée d’approcher un jeune auteur dont la plume intéresse l’organisation sous un faux prétexte (lui octroyer une bourse). Petit souci, elle en tombe amoureuse… J’ai adoré ce livre qui mêle suspense, histoire d’amour, roman d’apprentissage le tout dans une ambiance délicieusement british et rétro comme je les aime. Les romans de Ian Mc Ewan sont tous bien différents mais ont en commun de placer systématiquement les personnages face à des dilemmes moraux passionnants. La lecture de ses romans m’ont donné envie de consacrer un article plus détaillé à Ian Mc Ewan et peut-être à d’autres auteurs.

Opération Sweet Tooth - Du monde entier - GALLIMARD - Site Gallimard

Et vous, ce mois de mars ?

Ecrire…

Depuis que je suis toute petite, j’ai envie d’écrire. Mais qu’est ce que cela veut dire au juste avoir envie d’écrire ? Et pourquoi n’ai-je jamais « rien » écrit ? Par rien, j’entends une fiction avec un début et une fin. Une première majuscule et un point final. Une histoire. Un texte à faire relier et qui peut être mis entre les mains d’une tierce personne. Là est peut-être le problème. La définition du rien ou plutôt le fantasme du tout. Depuis que je sais écrire et lire, je rêve qu’un jour, j’écrirai un livre. Une fiction pour être précise. Or, au crépuscule de la trentaine, je n’ai toujours pas accouché de ce premier roman, de cette opera magna qui fera de moi une femme accomplie, une femme qui n’a pas oublié ses rêves de petite fille. Or pour écrire un roman, il faut deux choses essentielles : avoir quelque chose à dire et être prêt à travailler. Comme le premier, qui me parait également le prérequis, ne s’est jamais présenté (autrement que comme un début je veux dire), je n’ai jamais essayé de le forcer. Je ne ferai jamais partie de ces auteurs qui disent avoir besoin d’écrire pour vivre. Vous savez, ceux qui semblent possédés par des personnages et des messages plus grands qu’eux et qui racontent le besoin impérieux de les externaliser sous forme de récit. Je n’ai pas ces choses-là à dire. Je n’ai pas non plus le sentiment d’avoir quelque chose d’autobiographique qui vaille le coup à part des bribes de journal intime, mais il serait bien narcissique que de penser que cela a une quelconque valeur, tant du point de vue de la forme que du fond. D’autres auteurs eux, expliquent qu’il faut s’asseoir jour après jour à la table et se mettre à écrire, une phrase après l’autre, inlassablement et avec rigueur. Ainsi pourrait on également mettre au monde une histoire. Je ne l’ai jamais tenté non plus. Au fond, est-ce que je veux vraiment écrire un livre ? Et suffit pourquoi le voudrais-je ? Et le vouloir suffit-il ? Peut-être ne me suis-je pas encore détachée du moi idéal que je me suis façonnée sur mesure à l’adolescence que pour m’avouer que je ne l’écrirai pas ce livre. Que je ne l’écrirai pas et que ce n’est pas grave. Pourquoi est-il si important pour moi de m’identifier à une image de personne créative, d’artiste, d’intellectuelle. Je l’ignore. Au final, cela ne fait que nourrir une insatisfaction et il faudrait sans doute que je parvienne à me détacher de tout cela. Que je me détache de cette notion d’objectif, d’accomplissement, de performance. Ces idées abstraites et subjectives qui ont si souvent été un poison pour moi. N’osant pas parler de mes rêves de peur que l’on me questionne sur le pourquoi du comment je ne les ai pas atteints. Mais les questions les plus pertinentes et acérées ne risquent-elles pas de venir de moi-même ? Et n’ai-je pas mérité la liberté de penser ce que je veux de moi-même ? N’ai-je pas le devoir aussi d’arrêter de me regarder pour me tourner vers un monde ou d’autres histoires sont possibles que la mienne ? Que ma quête d’une image ? Ne ferais-je pas mieux d’accepter que je n’écrirai par ce livre. Mais que j’écris d’autres choses, qui sont lues ou pas. Que mon métier, que je n’ai pas eu le sentiment de choisir, j’y ai peu à peu trouvé un certain épanouissement. On ne sait pas toujours pourquoi on fait un choix, mais il faut pouvoir se demander pourquoi on le maintient et écouter les réponses. Et s’il n’y avait pas que la peur du changement ? Mes mots sont bien décousus et si je les publie, je ne m’attends pas à ce qu’ils soient intégralement compris, mais cela me fait du bien et elle est peut-être là ma plume. Une plume qui ordonne les états d’âmes, qui panse les blessures, qui décrit le chaos, qui lui donne sinon une forme du moins une ombre que je peux apprivoiser et surveiller du coin de l’œil. Elle est peut-être là ma plume et si j’écris, ne suis-je pas auteure malgré tout ?

Plaisirs de fin d’hiver et bonnes adresses liégeoises…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le temps de coucher sur papier virtuel les petits plaisirs dont ma vie est faite. Et pourtant je suis plus que jamais concentrée sur eux, sans doute aidée en cela par le contexte de la pandémie. Allons-y donc pêle-mêle. Et quelques chouettes adresses liégeoises au passage.

Avoir pu retourner, le temps d’une soirée, dans un atelier pour coudre, Koxinel’s. Donner vie à un projet laissé à l’abandon depuis octobre. Observer le tissu, guidé par mes doigts, filer sous l’aiguille, se transformer, se composer et devenir peu à peu une robe. Une robe portée par la suite avec plaisir et fierté. Avant cela il a fallu construire, déconstruire, enfiler, découdre, assembler, épingler, retourner, patienter, demander de l’aide, se laisser guider, ralentir… Se vider l’esprit, quel bonheur.

Observer l’éveil timide de la nature. Timide comme ces chevreuils donc j’ai furtivement surpris la course dans les bois.

Maitriser enfin la brasse coulée et mettre fin à 30 ans de croyances auto-limitantes. S’exercer dans le bassin d’apprentissage pour se synchroniser. Se forcer. Réussir à plonger la tête sous l’eau une fois sur deux. Puis se retrouver rapidement essoufflée. Regarder avec envie les autres y arriver. Puis le déclic ! Evident, stupide, libérateur. Je veux simplement prendre trop d’air, c’est ce qui me désynchronise. Il suffit d’une petite bouffée, aussi vite expulsée. Et soudain me voici enchainant les longueurs sans aucun effort. Me voici semblable à mes compagnons de couloir, me voici exultant intérieurement. Découvrant soudain comme la nage peut être un plaisir alors que j’ai longtemps cru que ce sport n’était pas pour moi. Il n’est jamais trop tard.

Après des heures et des heures d’essais, d’entrainement, de conseils, entendre les cordes sonner juste lorsque je les pince, voir mes doigts danser, mus par une agilité et une souplesse que je ne leur connaissais pas.

Une balade, par un samedi aussi froid qu’ensoleillé, sur une portion du circuit Paliss’art à Liège. Délaisser le téléphone et jouer à la carte au Trésor. Regarder en l’air, capturer l’instant, chercher, redécouvrir des endroits connus. Le tout avec une amie précieuse. Qui me fait découvrir la Caféière, son joyeux bric à brac et son chocolat chaud absolument divin. Une résurrection pour les papilles.

Le stretching, le yoga, la méditation, l’étirement du corps en pleine conscience. Me répéter que le calme est en moi et que je peux le convoquer à tout moment pour faire face aux tourments du monde.

Les repas repris à l’extérieur grâce à un soleil prématuré et généreux. L’insouciance et les rires entre collègues à la table du jardin, sans crainte que ces rires soient vecteurs de maladie. Les projets pour le printemps à venir, avec une immunité croissante.

Ma magnifique bibliothèque, chinée en décembre à Onderdepoort et qui trône désormais dans ma chambre, avant d’un jour orner le salon d’une future maison. Un supplément d’âme pour accueillir mes livres chéris.

Boyhood. Ce film m’a touchée en plein cœur, il est tout ce que j’aime. J’en ai parlé dans mon dernier bilan.

Le vaccin pour ma grand-mère, ma Mamy, si précieuse pour moi. J’espère qu’elle le supportera bien et que cela nous ouvrira la perspective de bientôt partager un repas ensemble. En attendant, c’est toujours masquée, en gardant mes distances, que je profite de l’avoir toujours dans ma vie.

Mes chéries, ma filleule, que j’aime de tout mon cœur et qui me le rendent bien. Leurs rires, leurs câlins, leur manque aussi malheureusement, mais qui a décuplé les démonstrations d’amour lorsque nous nous voyons.

Un délicieux brunch de chez Tea Late, généreux, savoureux, inventif. Savouré en deux fois, le temps d’un dîner et d’un quatre heures.

Conclure quelques ventes sur vinted. Satisfaction. Retourner pour la deuxième fois troquer des vêtements chez Slow 31. Je vous invite à découvrir ce concept qui existe sans doute dans d’autres villes. On ne vend pas, on ne donne pas, on dépose des vêtements, on reçoit des points et on peut prendre ce que l’on veut dans la boutique en fonction des points dont on dispose (chaque vêtement vaut un certain nombre de points). Une initiative qui fonctionne comme un vestiaire partagé, encourageant la décroissance et un fonctionnement circulaire. J’ai acheté un abonnement là-bas : 45 euros pour 5 passages. Je me suis délestée de pas mal de pièces que je ne parvenais pas à vendre et j’en ai déniché d’autres (dont un superbe manteau esprit comme neuf que je porte quasi chaque jour) qui me conviennent mieux et que je ne laisserai pas dépérir au fond de mon armoire.

Coucher sur papier l’embryon d’un projet qui me trotte en tête depuis de nooooombreuses années. Décider d’y consacrer un peu de temps, de passer à l’action quand je le sens en espérant qu’un papillon s’envole un jour.

Et bien sûr le chocolat, la pizza d’après la piscine, le bain après le sport, le moment de lecture juste avant de dormir et tant d’autres pépites du quotidien.

Et vous, quels sont vos petits plaisirs. Je m’aperçois que je carbure à cela en ce moment. Moins d’achats, plus de culture, plus de resto, plus de voyages, mais un retour à l’essentiel qui m’aide énormément.

Bilan de février: coups de coeur et déceptions, beaux mots inclus

Bonjour à tou-te-s,

28 jours mais tout de même un bilan conséquent en février. J’ai regardé un film, lu deux livres (dont un abandonné en cours de route cependant) et regardé 4 séries (en réalité des mini séries). Commençons d’ailleurs par ces dernières.

J’ai dévoré « Preuves d’Innocence » sur netflix qui documente le travail de l’Innocence Project aux USA. Si vous ne connaissez pas l’Innocence Project, il s’agit d’associations d’avocats bénévoles qui répondent à des demandes de condamnés (souvent à mort) qui clament leur innocence. Les failles du système judiciaire américain sont vertigineuses. J’ai adoré cette mini série documentaire. Notamment les extraits où des experts expliquaient comment fonctionne la mémoire des témoins et des victimes et à quel point un témoignage visuel doit être considéré avec la plus grande des précautions et non comme une preuve. Ensuite, j’ai regardé une nouvelle série noire venue du nord que j’ai également beaucoup aimée. Il s’agit des « meurtres de Valhalla », très efficaces. J’espère en voir une deuxième saison car j’ai aimé l’effeuillage psychologique progressif des deux enquêteurs et je voudrais les revoir à l’œuvre et en savoir plus sur ce qu’ils deviennent. J’ai été fidèle à « Grantchester » une de mes séries britanniques fétiches. Ceci dit, le personnage principal a changé puisque James Norton a quitté la série. On voit qu’ils ont essayé de donner un enjeu au nouveau pasteur mais c’est un peu fabriqué. Difficile de rivaliser avec les amours contrariées et le tempérament impétueux de Sydney Chambers. Enfin, j’ai regardé la série dont on parle beaucoup « Mon amie Adèle ». Je l’ai beaucoup aimée au départ, surtout les personnages de Louise, David et Rob (j’ai compris plus tard pourquoi je n’aimais pas Adèle). L’intrigue et le triangle amoureux tiennent en haleine et la fin est absolument renversante (c’est le cas de le dire). Cependant, je n’ai pas aimé l’intervention du surnaturel de plus en plus à la grosse louche. A la fin je me sentais comme à la fin de « Gone Girl » (le film le plus malaisant du monde on est bien d’accord) et cette histoire surnaturelle m’a un peu dégoûtée. Au final, je regrette un peu les 6 heures accordées à cette série.

Le film que j’ai regardé me laisse encore le sourire aux lèvres. Il s’agit de « Boyhood » de Richard Linklater, un film tourné en 12 ans et sorti en 2004. C’est une pépite unique en son genre, très émouvant puisque les acteurs se sont retrouvés régulièrement durant 12 ans et qu’on voit les jeunes acteurs devenir adultes. Patricia Arquette en mère courage à la vie sentimentale foireuse et Ethan Hawke en doux rêveur un peu inconsistant sont parfaits pour camper ce couple de parents divorcés. Ellar Coltrane et Lorelei Linklater sont attachants comme tout, frère et sœur soudés malgré les épreuves. Robert Linklater pose un regard empreint de bienveillance sur ces personnages qui savent nous toucher malgré la simplicité de l’histoire ou peut être justement grâce à cette simplicité et cette humanité. Cela me donne envie de revoir la trilogie des « before » avec Ethan Hawke et Julie Delpy. On y retrouve dans Boyhood cette connexion immédiate avec des personnages qui ouvrent grand leur cœur et n’ont pas peur de parler de leurs sentiments.

Boyhood
Il était si petit ❤
Before sunrise…magique…

Au rayon lecture, j’ai lu « Une machine comme moi » d’Ian Mc Ewan, l’un des auteurs britanniques contemporains les plus talentueux (deux de ses livres au moins ont été adaptés au cinéma « l’intérêt de l’enfant » et « sur la plage de chesil). Je viens de terminer un troisième livre de lui et même s’ils sont tous différents (pas la même époque, pas le même profil de personnages, le même milieu, etc), ils ont pour thème récurrent le questionnement éthique, les dilemmes, les accords passés avec notre conscience, etc… Les personnages ont une vie intérieure mouvementée. Il s’agit ici de l’histoire d’un homme qui adopte/achète un robot humanoïde, réaliste à s’y méprendre. Mais voulons nous que les machines restent des machines ou qu’elles soient comme nous ? Et comment les traitons nous quand elles échouent à nous satisfaire. Je ne saurais résumer cet ouvrage mais je le conseille vivement. C’est prenant, ce n’est pas de la science-fiction mais plutôt une sorte de dystopie et truffé d’originalités et de questionnements intéressants. Ian Mc Ewan mériterait sans doute que j’écrive un article complet sur son œuvre. J’en aurais bien envie mais il me faudrait du temps.

Enfin, le livre que je n’ai pas terminé est le classique de Jack Kerouac « Sur la route ». C’était déjà sa dernière chance et sans doute la dernière (puisque a la moitié j’ai abandonné et lu les dernières pages, chose que je ne fais jaaaaaaamais). Je n’ai pas connu avec lui l’épiphanie vécue avec « l’écume des jours » et « Rebecca » (délaissés puis retrouvés et aimés avec passion. Alors l’écriture est magnifique à certains moments, lyrique même et j’ai ressenti toutes sortes d’émotions vertigineuses vécues par le narrateur, mais….au bout d’un temps c’est tout le temps la même chose. Il croise machin et va avec lui à tel endroit où il retrouve avec une bande qu’il avait fréquenté sur la cote ouest, il repart en stop avec deux autres, galère, écoute les histoires de ses compagnons de route, et ainsi de suite. Une masse de personnages parmi laquelle je me perdais et une évolution que je ne sentais pas venir. Je me suis lassée de ce flux continu et de cette emphase quasi perpétuelle. A la fin je trouvais que rien de ressortait plus. Je comprends stylistiquement pourquoi c’est une référence et également que cela reflète sans doute une époque, un paradis perdu, la jeunesse…bref…au bout d’un temps j’ai trouvé ça…chiant. J’aurais tant voulu l’aimer pourtant. Et vous l’avez-vous lu ? Avec vous déjà détesté à la première lecture et aimé à la seconde ? Avez-vous déjà eu ce sentiment étrange qu’un livre était pour vous et finalement non ?

Quand même bien écrit j’avoue 🙂
Bon voilà, tout est dit…

N’hésitez pas à me laisser votre avis. Et rendez-vous en mars.