Bilan culturel de mai

Les beaux jours sont enfin arrivés, les possibilités de sorties aussi et, malheureusement, le surcroit de travail (espérons que ce dernier soit temporaire). J’ai donc déserté mon blog près d’un mois. Voici mon bilan du mois de mai alors que juin est déjà bien entamé.

Le premier mai, le cinéma de ma ville participait à l’opération « Still Standing for Culture » et a ouvert illégalement ses portes le temps d’une journée. J’y suis allée, respectant strictement les consignes (et, surprise, personne n’est contaminé dans les cinémas et les théâtres chaque fois qu’on fait un test) et j’ai vu « Drunk » de Thomas Vinterberg. Une claque, j’ai adoré, c’est pourquoi je vous conseille de courir le voir à présent que les cinémas sont rouverts en France et en Belgique et qu’il est programmé un peu partout. De mon côté, je lui consacrerai dans les prochains jours un article rien que pour lui. Parce qu’il le vaut bien.

Au niveau des séries, j’ai terminé « Murder » qui m’aura bien accrochée et accompagnée en soirée durant deux mois (90 épisodes tout de même). Il faut reconnaitre que la série est addictive, les comédiens, Viola Davis en tête, sont excellent et les scénaristes ont une imagination inépuisable et sont de véritables architectes/mécaniciens du suspense et des retournements de situation. Reste que ça devient de plus en plus tiré par les cheveux, ils sont dans des situations inextricables et le grand nettoyage/déballage final m’a à la fois déçue et laissée de marbre tant c’était devenu too much.  

J’ai regardé « Leonardo » en italien sur raiuno. Il s’agit d’une co production européenne (qui devrait donc bientôt débarquer sur les chaines françaises et belges) qui met en scène Leonardo da Vinci aux prises avec des accusations de meurtre sur une de ses amies. Ces accusations n’ont jamais existé et on ne peut pas dire que le suspense soit insoutenable donc, mais le reste est assez bien respecté : les différents voyages et commissions de Leonardo, la genèse de La Cène et de La Joconde y sont abordés. Et puis une belle brochette d’acteurs là aussi, Aidan Turner (mon chouchou de Poldark) en tête.

J’ai enfin regardé la saison 2 de « qui a tué Sara ? » et disons que m’entrainer l’oreille à l’espagnol est le plus grand bienfait de cette série par ailleurs d’assez mauvaise facture. Et je pense qu’une saison trois va nous être infligée mais que j’y réfléchirai à deux fois.

Au niveau littérature, j’ai désormais une belle pile de livres à lire. J’en ai demandé et reçu pas mal pour mon anniversaire. Suite à une critique lue en ligne, j’ai commencé à lire « Le Cherokee » de Richard Morgiève. Voici ce qu’en dit le résumé : 1954, USA : alors qu ‘il fait sa tournée de nuit à la première neige, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l’Utah, le shérif Nick Corey découvre une voiture abandonnée. Au même moment, il voit atterrir un chasseur Sabre, sans aucune lumière. Et sans pilote. C’est le branle-bas de combat. L’armée et le FBI sont sur les dents. Quant à Corey, il se retrouve confronté à son propre passé : le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie réapparaît. Corey se lance à sa poursuite. Mais les cauchemars ont la dent dure… Et on peut tomber amoureux d’un agent du FBI. Je ne suis pas allée au bout. Ce bouquin est vraiment étrange. En allant lire sur internet, j’ai compris qu’il y avait deux sortes de personnes : ceux qui l’érigent au rang de roman culte et ceux qui abandonnent en cours de route. Il est je pense truffé de références que je ne maitrise pas et le style m’a perdue… Il a reçu plusieurs prix donc j’imagine que c’est à chacun de se faire une idée. Pas pour moi en tout cas.

Plus léger, j’ai lu « Cœurs brisés, jambes cassées » de Maria Ernestam dont j’avais déjà lu « les oreilles de Buster » (chroniqué ici). J’ai apprécié ce livre qui est pour moi un roman de Noël (oui la saison est mal choisie mais je l’avais sous la main lorsque j’ai abandonné le Cherokee) sympathique mais où je n’ai pas retrouvé la causticité et la fêlure que j’avais fini par apprécié dans les oreilles de Buster. Néanmoins, la lecture fut plaisante et légère. Elle l’aurait encore plus été en période de fêtes sous un plaid avec un bon thé.

Voilà, c’est tout pour ce bilan printanier. Je n’ai pas vécu de grands transports comme vous pouvez le constater, le génialissime « Drunk » mis à part. Mais les vacances, les livres en attente et les cinémas ouverts vont sans doute rentre l’été plus intense à bien des niveaux.

« Evelyn » d’Orlando Von Einsiedel

J’ai récemment décidé de changer le format de mes bilans. En effet, en commençant ce blog, j’ambitionnais de parler de mes coups de cœur et si j’aime l’idée de conserver une trace de tout ce que je consomme, je trouve que ce qui me plait vraiment reste trop souvent noyé dans la masse. C’est pourquoi je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un documentaire que j’ai regardé sur netflix. Je ne sais pas comment je suis tombée dessus (le hasard des suggestions, mais ça veut dire que je regarde vraiment des trucs assez glauques) ni pourquoi j’ai cliqué (thématique : le suicide…ah mais n’aurais-je pas un master en psycho ? ce doit être cela…), mais en tout car j’ai vraiment aimé et c’est pourquoi je lui dédie un article pour lui tout seul. ?

Evelyn Von Einsiedel (le frère du réalisateur donc) est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui s’est ôté la vie il y a de cela une dizaine d’année. S’apercevant que les années passent et que la famille ne parvient toujours pas à exprimer ses émotions, Orlando, son frère et sa sœur, trentenaires, décident de partir pour une longue marche, notamment à travers l’Ecosse, dans des endroits que leur frère affectionnait. Au long de cette marche, ils seront accompagnés successivement par leur mère, puis leur père et leur belle-mère et enfin leurs meilleurs amis. Ils évoqueront leurs souvenirs, heureux et traumatiques, la mémoire de leur frère, ce qui les lie et ce qui les sépare… Ils auront également l’occasion d’interagir avec des étrangers au long du périple, qui les questionnent sur ce qu’ils sont en train de faire (puisqu’ils sont tout de même suivis par des caméras) et s’aperçoivent que beaucoup ont connu, de près ou de loin, une tragédie semblable. J’ai trouvé ce film intime (notamment grâce aux extraits de vidéos familiales du temps où tout allait bien) mais pas impudique, comme si cette famille nous faisait un cadeau. J’ai été extrêmement émue par l’émotion, mais aussi la poésie et la lumière qui se dégagent de cette œuvre brute. Elle a également le mérite de briser les tabous autour de la maladie mentale (Evelyn avait un diagnostic de schizophrénie), de montrer des hommes qui acceptent de montrer leurs émotions et leurs larmes et de rappeler que le deuil n’est pas un processus linéaire avec une ligne d’arrivée claire. A la fin, j’avais envie de leur faire à tous un énorme hug (ce que fait d’ailleurs un inconnu avec la sœur à un moment).

Si vous parlez/comprenez l’anglais, je vous partage ci-après un poème de Nicholas Evans que la fratrie lit à la fin du film…

If I be the First of us to Die

If I be the first of us to die,
Let grief not blacken long your sky.
Be bold yet modest in your grieving.
There is a change but not a leaving.
For just as death is part of life,
The dead live on forever in the living.
And all the gathered riches of our journey,
The moments shared, the mysteries explored,
The steady layering of intimacy stored,
The things that made us laugh or weep or sing,
The joy of sunlit snow or first unfurling of the spring,
The wordless language of look and touch,
The knowing,
Each giving and each taking,
These are not flowers that fade,
Nor trees that fall and crumble,
Nor are the stone,
For even stone cannot the wind and rain withstand
And mighty mountain peaks in time reduce to sand.
What we were, we are.
What we had, we have.
A conjoined past imperishably present.
So when you walk the wood where once we walked together
And scan in vain the dappled bank beside you for my shadow,
Or pause where we always did upon the hill to gaze across the land,
And spotting something, reach by habit for my hand,
And finding none, feel sorrow start to steal upon you,
Be still.
Close your eyes.
Breathe.
Listen for my footfall in your heart.
I am not gone but merely walk within you.

Je vous laisse avec l’envie, ou non de voir cette jolie œuvre/hommage.