Pitié pour la nation…

Il y a quelques années, une amie qui voyageait aux USA m’a envoyé une carte postale sur laquelle figurait un poème inspiré de Khalil Gibran. Je l’ai affiché sur mon frigo et il n’a pas bougé depuis. Comme beaucoup, j’ai voté ce weekend. Mon pays s’avère aujourd’hui pratiquement ingouvernable et un raz de marée inquiétant va venir grossir les rangs du parlement européen. Je ne me livrerai pas à une analyse, je n’ai pas les compétences nécessaires, ni l’énergie. L’art et les mots sont une de mes plus grandes sources de réconfort. Je vous partage juste ce poème, suivi de ma traduction personnelle car je n’ai pas pu en trouver une sur le web… Bonne lecture !

« PITY THE NATION »
(After Khalil Gibran)

Pity the nation whose people are sheep

And whose shepherds mislead them

Pity the nation whose leaders are liars

Whose sages are silenced

And whose bigots haunt the airwaves

Pity the nation that raises not its voice

Except to praise conquerors

And acclaim the bully as hero

And aims to rule the world

By force and by torture

Pity the nation that knows

No other language but its own

And no other culture but its own

Pity the nation whose breath is money

And sleeps the sleep of the too well fed

Pity the nation Oh pity the people

Who allow their rights to erode

And their freedoms to be washed away

My country, tears of thee

Sweet land of liberty!

 

“PITIE POUR LA NATION”

(d’après Khalil Gibran)

Pitié pour la nation dont les habitants sont des moutons

Et dont les bergers font fausse route

Pitié pour la nation dont les dirigeants sont des menteurs

Dont les sages sont réduits au silence

Et où les bigots hantent les ondes

Pitié pour la nation qui n’élève pas la voix

Sauf pour louer les conquérants

Et acclamer les brutes comme des héros

Et qui souhaite diriger le monde

Par la force et la torture

Pitié pour la nation qui ne connait

Aucune autre langue que la sienne

Et aucune autre culture que la sienne

Pitié pour la nation

Dont le souffle est l’argent

Et qui dort du sommeil de ceux qui ont trop bien mangé

Pitié pour la nation Oh pitié pour le peuple

Qui laisse ses droits s’éroder

Et ses libertés s’effacer

 

Lawrence Ferlinghetti

ready to frame!

Avril…

J’ai eu du mal à me poser pour écrire ces dernières semaines, du mal à trouver un sommeil réparateur, la procrastination m’a rendu visite. Aujourd’hui, je savoure cette pause du premier mai et j’en profite pour me refaire un peu le film du mois écoulé. Avril…

Avril, le mois du renouveau, le mois des magnolias, le mois des agneaux dans les prairies, le mois des premières salades en terrasse, un de mes mois préférés…

En avril, j’ai travaillé pas mal même si j’ai eu des jours off. J’ai senti que le dernier break était loin, j’ai eu envie de m’arrêter, mais sans vraiment pouvoir freiner. J’ai rêvé de travailler moins, de vivre encore plus simplement. De quitter le bruit de la ville, d’une tiny house avec un carré de verdure, d’assister aux éclosions printanières depuis ma fenêtre, de thés en pyjama, assise le matin au soleil sur un seuil qui serait à moi. De quitter un peu plus la frénésie du monde, de m’extraire des drames qui résonnent dans mes oreilles. Patience, un jour, bientôt peut-être…

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En avril, j’ai fêté mon anniversaire, comme chaque année, avec mes amis et avec ma famille. J’ai pris congé ce jour là, il faisait beau, je portais ma nouvelle robe achetée à Lille, je me suis trouvée belle. J’étais bien, j’ai accueilli sereinement ce nouveau chiffre. L’âge est une telle question d’état d’esprit. Et de santé bien sûr, mais la santé j’ai la chance de l’avoir. Se sentir en équilibre, ici et maintenant, ne pas se mettre d’échéances et de pression chiffrée. Avant tel âge avoir fait ceci, à tel âge ne plus pouvoir se permettre cela. Bullshit les amis. On n’a qu’une vie ! Un midi en terrasse à siroter la première Amstel Radler citron de l’année, une soirée pizza entre amis à l’appartement, un restaurant avec mes parents, en bonne santé eux aussi, que demander de mieux ?

En avril, je suis montée sur scène. J’ai joué, j’ai crié, je me suis révoltée et j’ai mangé. J’ai porté avec des femmes magnifiques un texte féministe qui prône l’acceptation de soi et l’amour de son corps, notre seul et unique vaisseau sur cette terre. J’ai débattu, j’ai souri, je me suis passionnée. J’ai ressenti une immense fatigue, mais de celles qu’on apprécie car elles sont le reliquat de moments où l’on est pleinement mobilisés en faveur de ce en quoi nous croyons.

Image about quotes in My uploads by Yoni on We Heart It

Bonne fête du travail à tous. Je vous souhaite d’en faire un qui vous plait. D’y donner le meilleur de vous même  et de ne pas compter vos heures si c’est par passion. De ne pas travailler du tout si c’est votre choix. Ou d’avoir la force et la possibilité de vous ménager une vie qui vous ressemble à côté si vous êtes obligés d’en subir un qui ne vous plait pas. On a toujours un peu le choix…

 

Sept ans…

Sept ans aujourd’hui. Sept ans que j’ai fait pour la première fois l’expérience de perdre quelqu’un que j’aimais de tout mon cœur. Sept ans que je ne sais pas si tu as senti cet amour, si tu as su combien le tien m’était précieux, si je te l’ai suffisamment transmis la dernière fois que je t’ai vu, cette fois que je n’imaginais pas être la dernière même si j’aurais pu/dû m’en douter. Sept ans que tu me manques, même si cela fait longtemps que je vais mieux. Sept ans que je pense à toi en me disant que j’aimerais te raconter ou te montrer telle ou telle chose. Sept ans sans doute que tu serais toujours fier de moi puisque ton amour était inconditionnel et donc profondément partisan. Sept ans que je continue à rêver de toi de temps en temps sans jamais pouvoir me rassurer complètement. Sept ans, le temps d’amener un enfant à l’âge de raison, de faire plusieurs fois le tour du monde et même de devenir médecin. Sept ans et lorsqu’on a fait du tri dans la maison, j’ai pu voir des photos que je n’avais jamais vues, retrouver des bulletins scolaires qui m’ont mis les larmes aux yeux, te rencontrer sous les traits d’un enfant et de ce jeune homme que je n’ai pas reconnu tout de suite. Me dire que j’aurais aimé te poser davantage de questions. Que j’ai été naïve de croire que ces histoires que tu aimais raconter, souvent les mêmes d’ailleurs, étaient les seules que j’aurais dû connaitre. Qu’écrivais-tu dans le sable ce jour là ? Et puis sur quelle plage étais-tu alors que je n’existais pas encore ?

Sept ans de manque mais pas que. Sept ans et des regards dubitatifs sur ma tristesse qui durait, parce que c’est le cycle de la vie, que j’aurais dû m’y attendre, que je n’étais pas prête, que c’était, somme toute, « un bel âge ». J’ai toujours eu un problème avec la mort vois-tu et pourtant je sais que la vie est loin d’être toujours un cadeau, mais toi tu l’as aimée envers et contre tout. Sept ans que j’ai compris que tout le monde n’avait pas eu le bonheur d’avoir un grand-père comme toi. Sept ans que je réalise la chance que j’ai eu de t’avoir auprès de moi, solide, bienveillant, généreux. Sept ans que je pense à toi tous les jours car tu es la seule personne encadrée dans mon salon. Sept ans que je tente davantage d’être attentive et présente aux gens que j’aime dans ce tourbillon qu’est la vie. Sept ans que je m’intéresse encore plus à mes racines, aux témoignages des anciens et des gens d’ailleurs, à ces histoires d’un temps si différent du nôtre et dont j’ai la nostalgie sans l’avoir connu. Sept ans et c’est comme si c’était hier…

« Le tombeau des morts c’est le cœur des vivants »

Jean Cocteau

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