Anxiété

L’anxiété est une vieille compagne de route pour moi. Dès l’enfance, je l’ai sentie planer, comme une mauvaise fée qui se serait penchée sur mon berceau. Elle circule dans la famille et parmi les belles choses qui m’ont été léguées, elle figure avec sa moche dégaine et m’a souvent gâché de beaux moments, voire des relations. Elle me susurre à l’oreille des croyances vénéneuses déguisées en vérité. Des mensonges qui me conduisent à me sous estimer, à me faire endosser la casquette de metteuse en scène de scénarii catastrophe et à éviter toutes sortes de dangers imaginaires. Elle s’est déjà manifestée sans que je m’y attende, un matin d’été au réveil. Elle s’invite lorsque je tiens à quelqu’un ou quelque chose que j’ai peur de perdre. Comme je crains de la voir surgir, je la provoque parfois et elle ne manque pas d’apparaitre avec son cortège de pensées paralysantes et dévalorisantes. J’aimerais penser que je l’ai vaincue pour de bon, mais d’outre tombe elle me commande de ne pas être si présomptueuse. Et pourtant, je finis toujours par gagner. Bien sûr j’y perds des plumes, bien sûr certaines cicatrices sont douloureuses, mais je ne renie pas les apprentissages que je tire de ces croisades. Cette année, avec le confinement, j’ai eu l’occasion de beaucoup réfléchir et de me sentir « alignée », pleinement consciente de qui je suis, de ce que je veux et de comment y parvenir. Puis, le monde extérieur, un monde extérieur aux apparences trompeuses et chargé d’une menace nouvelle, a rouvert ses portes et tout cela a vacillé à nouveau. Une nuit, ma vieille ennemie m’a rendu visite. J’ai senti la chambre tourner à nouveau. J’ai eu la tentation de fuir, de me reconfiner en moi-même. Et puis je me suis levée. J’avais à faire, quelqu’un avait besoin de moi et je me devais d’honorer mon engagement envers cette personne et envers moi-même. Envers la femme que je suis devenue, envers la professionnelle fiable et solide que je suis. Depuis, le chemin se poursuit et plus de visite surprise. Pourtant, rien n’est plus facile qu’avant. Pourtant ma tanière est confortable et me fait de l’œil. Mais j’ai décidé de grandir encore, d’éclore un peu plus chaque jour, de prendre le risque de tomber en sachant que j’ai les épaules pour me relever (et surtout les jambes) et que, si je tends la main, il y a fort à parier que quelqu’un la saisira.

Belgique, 29 juillet 2020

Journal de Confinement 4: du 6 au 12 avril

Je n’ai pas écrit tous les jours cette semaine. Les jours se ressemblent étrangement et je n’ai pas envie de me forcer à imaginer des mots nouveaux pour décrire la même chose. J’ai écrit lorsque j’en avais envie, lorsqu’une pensée, une image ou une impression demandait à être retranscrite…

Mardi 7

Premiers coloriages envoyés à des amis. Je poursuis ma production avec passion.

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Je parviens à me motiver à aller courir même si je suis allée au travail. Ce n’est pas facile aujourd’hui. Je décide de faire plus court en essayant d’aller plus vite, mais comme je ne parviens pas à maintenir l’accélération, je me force à poursuivre 2km de plus. Pas exceptionnel mais l’essentiel est de se dépasser un peu à chaque sortie, on ne peut pas être performant tous les jours.

Je regarde un reportage sur l’étude BBC Pandemic, une étude sur la propagation des virus réalisée en Grande Bretagne il y a deux ans. Je vais tenter de la regarder en replay car j’ai raté le début et c’était très intéressant. Ils avaient anticipé à quelle vitesse cela pouvait aller…

La jeune trompettiste de ma rue nous offre un véritable mini concert de jazz à 20h. Elle a mis un background avec un ampli et le temps suspend son vol encore davantage. Elle nous régale…

La lune est magnifique, mais je n’ai plus d’appareil photo correct et celui de l’ipad est complètement inefficace pour les scènes nocturnes. Vers 21h, la lune est toujours pile visible de la fenêtre qui fait face à mon divan, la plus grande.

Mercredi 8

J’ai pris le soleil dans la cour du boulot aujourd’hui, mes bras et mon cou en portent les premières marques.

Longue marche avec le soleil en déclin. J’en profite pour appeler une amie. Ma moyenne de pas quotidiens a mis du temps à remonter, mais elle franchira bientôt la barre des 10000 pas. Cela n’arrive que lorsque je suis en vacances et encore, souvent les vacances sont trop courtes pour compenser la sédentarité que je vis dans la vie dite « active ».

Ca y est je craque complètement et j’ai téléchargé une application qui me permet d’évoluer dans le monde d’Harry Potter, je pense que ça s’appelle Hogwarts Mistery. Je m’appelle Julia Granger (Team Hermione, always) et je suis en première année dans la maison Serdaigle.

House of Ravenclaw by DreamerWhit.deviantart.com on @DeviantArt
Comme Luna…un autre de mes personnages favoris

 

Samedi 11

Certains retapent une maison. Certains creusent une piscine dans leur jardin. Certains mettent en place un potager qui leur permettra d’être auto suffisants pour les mois à venir. Moi, je….nettoie tous les tiroirs et étagères de mon frigo-congélateur. Eh oui, dans un petit appartement, on a les chantiers qu’on a. Je voulais repeindre mon salon, mais je me suis dit que j’allais vite me retrouver au milieu d’un bordel monstre avec juste ma chambre pour me retrancher et qu’il valait mieux ne pas se lancer là dedans.

Encore un article, une contribution externe publiée sur le site de La Libre Belgique. Je m’y reconnais pas mal… https://www.lalibre.be/debats/opinions/apres-le-confinement-refusons-en-bloc-le-retour-a-nos-comportements-deshumanises-5e8f24e4d8ad581631d7269b

Promenade à vélo aujourd’hui. J’ai repéré un endroit où je voulais arriver. C’est si agréable de se balader parmi les pommiers et poiriers en fleurs, de découvrir de nouvelles perspectives sur le paysage, de sentir le vent sans en être incommodée comme lorsqu’on court. Je fais travailler un peu mes cuisses et je sens mes bras aussi qui travaillent pour maintenir le guidon dans sur des terrains irréguliers.

Récompense, une pizza 4 fromages que je vais retirer à la pizzeria en bas de chez moi, munie d’un masque cousu par ma maman. Premiers repas depuis le début du confinement qui n’est pas concocté par mes soins avec ce que j’ai à la maison. Elle est savoureuse, mais je n’ai plus l’habitude de manger si copieusement et si lourd.

Dimanche 12

Nuit de 12h. La digestion de la pizza ? J’ai besoin de dormir beaucoup, ça a toujours été comme ça, sans vraiment savoir pourquoi. Bien sûr, si je mets mon réveil, je peux me lever avant cela et être opérationnelle. Cependant, naturellement, je n’aurai jamais envie de me lever après moins de 9 ou 10h de sommeil, ce qui est difficile au quotidien. A ce jour, je n’ai jamais eu de mauvaise prise de sang. Mystère. Je pense que c’est constitutif. Et sans surprise, je suis plutôt du soir, donc j’accumule rapidement beaucoup de fatigue avec les semaines de travail qui s’enchainent. Lorsque je respecte davantage mon rythme et que je m’octroie davantage de sommeil le weekend, je me sens comme nouvelle.

J’ai tout de même du mal à émerger et je décide de sortir pour aller déposer un livre dans la boîte à livres la plus proche. Je cherche des livres anciens pour un projet créatif que j’ai envie de réaliser. Il ne faut pas qu’ils soient trop beaux ou que ce soient des classiques car je vais devoir leur « faire du mal ». Je prélève trois livres de la boite, mais je sens que cela va être compliqué. Suite bientôt, si j’y arrive.

Je me lasse un peu de courir seule, même si je suis régulière. Après un run plus court que d’habitude (5,7km), je décide d’aller faire des escaliers. Il y a une côte dans ma ville que l’on peut faire par la route ou par une série d’escaliers. Les marches ne sont pas trop hautes mais il faut faire attention car elles sont pavées et irrégulières. Je ne les ai pas comptées, je pense qu’il doit y en avoir environ 150…194, je viens de vérifier sur internet ! Je les ai gravies deux fois en trottant et j’étais en feu, mais contente de moi.

Je suis cependant triste car alors que majoritairement la journée a été extrêmement calme avec encore moins de voitures et de passage que d’habitude lorsque je suis sortie vers 13h30 (mais les gens étaient sans doute encore à table), j’ai observé lors de mon run des personnes ne respectant pas du tout les règles de confinement. Un groupe d’adolescents, mais aussi des enfants accompagnés par des adultes à vélo. Ils m’ont littéralement bloqué le passage car ils étaient à l’arrêt sur la rampe très étroite d’un pont. Je pense que c’était deux groupes de trois ou quatre personnes qui se rencontraient par hasard, mais ils étaient à l’arrêt, et ne m’ont pas permis de passer en respectant les distances de sécurité. Et il est certain qu’il ne s’agissait pas de personnes qui vivent sous le même toit.

Je comprends que les ados transgressent, mais je suis en colère contre les adultes. J’imagine que c’est dur quand on est confiné avec des enfants, j’imagine que certains se sentent à l’abri, mais pourquoi laisser vos enfants jouer tous ensemble dans les rues des villages quand je vois que vous avez tous des jardins. Je m’estime chanceuse, je n’ai aucun problème de santé et j’ai toujours mon salaire. Mes proches vont bien. Je ne subis pas de violence domestique. Mais ce n’est pas évident non plus d’être confinée seule, d’être confinée sans extérieur alors qu’il fait beau… Mais je le fais de bon cœur car je vois l’épuisement des soignants et je les respecte trop, car j’ai une grand-mère en maison de repos, car tout simplement cela n’a jamais été aussi facile d’aider son prochain. Alors de grâce restons chez nous et quand nous allons au supermarché ou faire du sport comme c’est encore autorisé, n’abusons pas. Je vivrais très mal que l’on me prive de ma balade quotidienne à cause d’une poignée d’inconscients, surtout si ces inconscients vivent dans des 4 façades et ne peuvent juste pas s’empêcher de faire un barbecue avec leurs voisins. C’était le coup de gueule du dimanche soir, je suis désolée, ça me fait du bien de l’écrire. Je reviendrai mieux disposée…

J’espère que tout va au mieux pour vous. Courage.

Si je n’avais plus peur…

J’y pense souvent, j’y pense encore plus maintenant en ces temps de solitude, alors je reprends l’idée de « Nous aussi, on voyage », un blog derrière lequel vibre une belle âme doublée d’une belle plume.

Si je n’avais plus peur…

Je travaillerais moins, sans me soucier de mes vieux jours, en ayant confiance dans le fait que ce sera assez, que je n’ai pas besoin de beaucoup…

J’entreprendrais seule ce voyage en Angleterre pour lequel je n’ai pas de partenaire. Je roulerais à gauche, je louerais une voiture automatique. J’irais en Cornouailles, je sympathiserais avec des locaux au pub du coin, je prendrais des photos et j’admirerais le coucher du soleil sur la lande…

J’irais au Canada, seule aussi s’il le faut, sans crainte de voir mon anxiété resurgir ou avec l’idée que si elle vient, je m’en sortirais toujours…

J’irais donner mon sang…

Je ne ferais pas peser ma supposée anxiété dans la balance de mes décisions…

J’écrirais une nouvelle, un roman, je ferais en sorte d’être lue davantage, j’oserais m’auto-promouvoir…

Je m’inscrirais à une course de 10 kilomètres, ou plus…

Je couperais ma frange moi-même, là maintenant…

Je me dirais peut-être que ça vaut la peine de laisser une autre chance à l’amour…

Je monterais dans le London Eye…

J’essaierais le deltaplane…

Je chercherais activement à acheter cette petite maison avec jardin ou à défaut ce petit terrain où je me débrouillerais pour déposer un habitat léger…

J’essaierais à nouveau de regarder « The Haunting of hill House » seule…

Je changerais de divan…

Je m’installerais à mon compte pour une partie de mon temps de travail…

Pour certaines choses, je ne sais pas si la peur est trop forte ou l’envie pas suffisante, mais si je n’avais pas peur, je verrais au moins si j’en ai l’énergie…

Et vous, que feriez-vous ? De mon côté, je pense que si on veut quelque chose du plus profond de ses tripes, il va falloir un jour se résoudre à le faire en ayant peur… Quelles peurs avez-vous vaincues ? Qu’avez-vous tenté ou réalisé en ayant la peur au ventre ?

Is fear holding you back from starting your business, big idea or life change? Learn a simple habit to get started faster than ever. #startingabusiness #motivation #getgoing #successtip #overcomefear

Pitié pour la nation…

Il y a quelques années, une amie qui voyageait aux USA m’a envoyé une carte postale sur laquelle figurait un poème inspiré de Khalil Gibran. Je l’ai affiché sur mon frigo et il n’a pas bougé depuis. Comme beaucoup, j’ai voté ce weekend. Mon pays s’avère aujourd’hui pratiquement ingouvernable et un raz de marée inquiétant va venir grossir les rangs du parlement européen. Je ne me livrerai pas à une analyse, je n’ai pas les compétences nécessaires, ni l’énergie. L’art et les mots sont une de mes plus grandes sources de réconfort. Je vous partage juste ce poème, suivi de ma traduction personnelle car je n’ai pas pu en trouver une sur le web… Bonne lecture !

« PITY THE NATION »
(After Khalil Gibran)

Pity the nation whose people are sheep

And whose shepherds mislead them

Pity the nation whose leaders are liars

Whose sages are silenced

And whose bigots haunt the airwaves

Pity the nation that raises not its voice

Except to praise conquerors

And acclaim the bully as hero

And aims to rule the world

By force and by torture

Pity the nation that knows

No other language but its own

And no other culture but its own

Pity the nation whose breath is money

And sleeps the sleep of the too well fed

Pity the nation Oh pity the people

Who allow their rights to erode

And their freedoms to be washed away

My country, tears of thee

Sweet land of liberty!

 

“PITIE POUR LA NATION”

(d’après Khalil Gibran)

Pitié pour la nation dont les habitants sont des moutons

Et dont les bergers font fausse route

Pitié pour la nation dont les dirigeants sont des menteurs

Dont les sages sont réduits au silence

Et où les bigots hantent les ondes

Pitié pour la nation qui n’élève pas la voix

Sauf pour louer les conquérants

Et acclamer les brutes comme des héros

Et qui souhaite diriger le monde

Par la force et la torture

Pitié pour la nation qui ne connait

Aucune autre langue que la sienne

Et aucune autre culture que la sienne

Pitié pour la nation

Dont le souffle est l’argent

Et qui dort du sommeil de ceux qui ont trop bien mangé

Pitié pour la nation Oh pitié pour le peuple

Qui laisse ses droits s’éroder

Et ses libertés s’effacer

 

Lawrence Ferlinghetti

ready to frame!

Avril…

J’ai eu du mal à me poser pour écrire ces dernières semaines, du mal à trouver un sommeil réparateur, la procrastination m’a rendu visite. Aujourd’hui, je savoure cette pause du premier mai et j’en profite pour me refaire un peu le film du mois écoulé. Avril…

Avril, le mois du renouveau, le mois des magnolias, le mois des agneaux dans les prairies, le mois des premières salades en terrasse, un de mes mois préférés…

En avril, j’ai travaillé pas mal même si j’ai eu des jours off. J’ai senti que le dernier break était loin, j’ai eu envie de m’arrêter, mais sans vraiment pouvoir freiner. J’ai rêvé de travailler moins, de vivre encore plus simplement. De quitter le bruit de la ville, d’une tiny house avec un carré de verdure, d’assister aux éclosions printanières depuis ma fenêtre, de thés en pyjama, assise le matin au soleil sur un seuil qui serait à moi. De quitter un peu plus la frénésie du monde, de m’extraire des drames qui résonnent dans mes oreilles. Patience, un jour, bientôt peut-être…

design styles that are popular in modern homes. In reality, practitioners blend different elements from several decorating styles . #roomdesigntiles

En avril, j’ai fêté mon anniversaire, comme chaque année, avec mes amis et avec ma famille. J’ai pris congé ce jour là, il faisait beau, je portais ma nouvelle robe achetée à Lille, je me suis trouvée belle. J’étais bien, j’ai accueilli sereinement ce nouveau chiffre. L’âge est une telle question d’état d’esprit. Et de santé bien sûr, mais la santé j’ai la chance de l’avoir. Se sentir en équilibre, ici et maintenant, ne pas se mettre d’échéances et de pression chiffrée. Avant tel âge avoir fait ceci, à tel âge ne plus pouvoir se permettre cela. Bullshit les amis. On n’a qu’une vie ! Un midi en terrasse à siroter la première Amstel Radler citron de l’année, une soirée pizza entre amis à l’appartement, un restaurant avec mes parents, en bonne santé eux aussi, que demander de mieux ?

En avril, je suis montée sur scène. J’ai joué, j’ai crié, je me suis révoltée et j’ai mangé. J’ai porté avec des femmes magnifiques un texte féministe qui prône l’acceptation de soi et l’amour de son corps, notre seul et unique vaisseau sur cette terre. J’ai débattu, j’ai souri, je me suis passionnée. J’ai ressenti une immense fatigue, mais de celles qu’on apprécie car elles sont le reliquat de moments où l’on est pleinement mobilisés en faveur de ce en quoi nous croyons.

Image about quotes in My uploads by Yoni on We Heart It

Bonne fête du travail à tous. Je vous souhaite d’en faire un qui vous plait. D’y donner le meilleur de vous même  et de ne pas compter vos heures si c’est par passion. De ne pas travailler du tout si c’est votre choix. Ou d’avoir la force et la possibilité de vous ménager une vie qui vous ressemble à côté si vous êtes obligés d’en subir un qui ne vous plait pas. On a toujours un peu le choix…

 

Sept ans…

Sept ans aujourd’hui. Sept ans que j’ai fait pour la première fois l’expérience de perdre quelqu’un que j’aimais de tout mon cœur. Sept ans que je ne sais pas si tu as senti cet amour, si tu as su combien le tien m’était précieux, si je te l’ai suffisamment transmis la dernière fois que je t’ai vu, cette fois que je n’imaginais pas être la dernière même si j’aurais pu/dû m’en douter. Sept ans que tu me manques, même si cela fait longtemps que je vais mieux. Sept ans que je pense à toi en me disant que j’aimerais te raconter ou te montrer telle ou telle chose. Sept ans sans doute que tu serais toujours fier de moi puisque ton amour était inconditionnel et donc profondément partisan. Sept ans que je continue à rêver de toi de temps en temps sans jamais pouvoir me rassurer complètement. Sept ans, le temps d’amener un enfant à l’âge de raison, de faire plusieurs fois le tour du monde et même de devenir médecin. Sept ans et lorsqu’on a fait du tri dans la maison, j’ai pu voir des photos que je n’avais jamais vues, retrouver des bulletins scolaires qui m’ont mis les larmes aux yeux, te rencontrer sous les traits d’un enfant et de ce jeune homme que je n’ai pas reconnu tout de suite. Me dire que j’aurais aimé te poser davantage de questions. Que j’ai été naïve de croire que ces histoires que tu aimais raconter, souvent les mêmes d’ailleurs, étaient les seules que j’aurais dû connaitre. Qu’écrivais-tu dans le sable ce jour là ? Et puis sur quelle plage étais-tu alors que je n’existais pas encore ?

Sept ans de manque mais pas que. Sept ans et des regards dubitatifs sur ma tristesse qui durait, parce que c’est le cycle de la vie, que j’aurais dû m’y attendre, que je n’étais pas prête, que c’était, somme toute, « un bel âge ». J’ai toujours eu un problème avec la mort vois-tu et pourtant je sais que la vie est loin d’être toujours un cadeau, mais toi tu l’as aimée envers et contre tout. Sept ans que j’ai compris que tout le monde n’avait pas eu le bonheur d’avoir un grand-père comme toi. Sept ans que je réalise la chance que j’ai eu de t’avoir auprès de moi, solide, bienveillant, généreux. Sept ans que je pense à toi tous les jours car tu es la seule personne encadrée dans mon salon. Sept ans que je tente davantage d’être attentive et présente aux gens que j’aime dans ce tourbillon qu’est la vie. Sept ans que je m’intéresse encore plus à mes racines, aux témoignages des anciens et des gens d’ailleurs, à ces histoires d’un temps si différent du nôtre et dont j’ai la nostalgie sans l’avoir connu. Sept ans et c’est comme si c’était hier…

« Le tombeau des morts c’est le cœur des vivants »

Jean Cocteau

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