La saison des polars: Colin Dexter et Peter May

It’s spooky season again. Qui dit automne dit grande envie pour moi de me plonger dans des romans gothiques, des polars, des cosy mysteries et de suivre ma tendance naturelle à me vautrer dans les littératures anglo-saxonnes et scandinaves. En ce moment, je suis bridée niveau lectures car je lis beaucoup en fonction de mon projet de créer des ateliers de bibliothérapie créative. Non que ces lectures de soient pas intéressantes, mais comme j’ai identifié des thèmes précis à creuser dans ces ateliers et que je lis aussi des ouvrages de référence sur le sujet (Régine Detambel, Marc-Alain Ouaknin et Nayla Chidiac sont mes partenaires privilégiés sur ce chemin), je ne me permets pas actuellement de me poser devant ma PAL et d’y aller à l’envie. Mais le projet prenant forme, j’espère y revenir dans quelques semaines avec le sentiment du devoir accompli et l’autorisation de laisser à chaque livre le soin de me faire signe au moment choisi.

Mais pour revenir aux polars, j’en ai tout de même lu deux durant les mois écoulés. L’un est le deuxième tome des aventures de l’inspecteur Morse, « Portée disparue », de Colin Dexter. Je dois dire que je suis moins emballée par les romans que par les séries dérivées, dont je suis fan depuis des années (« Morse », « Lewis » et « Endeavour », leurs titres anglais). Les romans sont très bons, fouillés et il faut suivre et être attentifs aux détails. Il est toujours plaisant pour moi de me retrouver dans l’Oxford d’il y a 50 ou 60 ans. Simplement, le Morse de la littérature est pour moi trop différent des personnages portés à l’écran et incarnés par les brillants John Thaw et Shaun Evans. Mais je lis beaucoup d’avis de téléspectateurs et lecteurs britanniques et fans des deux. Et, aurais-je lu les livres en premier lieu, mon avis serait peut-être bien différent aujourd’hui… Je pense en lire à nouveau pour donner une troisième chance à cet autre version de Morse de m’emballer, mais ce n’est pas dans mes priorités.

J’ai également lu une réception de ma box Kube, « l’île des chasseurs d’oiseaux » de Peter May. Ce roman, premier d’une trilogie, m’a pas mal déstabilisée. Sans doute car, étant une grande amie des animaux et végétarienne depuis très longtemps, la descriptions des mœurs insulaires des hommes de l’île de Lewis, en Ecosse, dont une vingtaine est sélectionnée chaque année pour aller tuer des oiseaux sur un rocher voisin avant qu’on vienne les rechercher 10 jours plus tard, chargés du précieux butin transformé en produit de bouche très apprécié. Pendant cette période, ils vivent complètement coupés du monde, confinés et en proie à une tâche ingrate (mais être sélectionné est aussi vécu comme un honneur) et à des éléments parfois déchainés.  Cette expérience, vécue par plusieurs protagonistes du roman (à commencer par l’inspecteur Fin Mac Leod, un temps exilé à Glasgow) est au centre de ce roman qui navigue entre passé et présent. Les thèmes des amours de jeunesse, de la filiation, de la fuite et du retour de l’enfant prodigue sont la colonne vertébrale de ce roman, qui est bien plus qu’une enquête. C’est aussi le retour d’un homme sur son passé enfoui et la radiographie d’une communauté isolée. Pour les amateurs, sachez cependant que le suspense est bien présent, mais que l’histoire prend le temps de se déployer pour nous emmener jusqu’à une vraie claque à la fin. Il y manquait selon moi un peu de légèreté, pas une once d’humour, même noir. Mais ici aussi, j’aimerais tout de même voir à quoi peut ressembler le deuxième tome.

Et vous, aimez-vous les polars ? Quels sont vos inspecteurs, auteur, séries favori(te)s ? Pour ma part, je reste sur la classique Agatha Christie, l’inoubliable trilogie Millennium de Stieg Larsson et les briques de Lars Kepler.

Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

J’en avais posté une image sur mon compte instagram le 3 août en disant qu’une chronique plus détaillée allait suivre sur le blog. La voici ! J’ai découvert ce roman grâce à une copine et partenaire de planches. Suite à mon processus de formation en bibliothérapie, j’ai organisé cet été des « apéros littéraires » auxquels j’ai convié des femmes de mon entourage plus ou moins proche à venir me parler des livres importants de leur parcours bibliothérapeutique : des livres qui les avaient reconnectées à elles, des livres qui étaient venues les « chercher », les transformer, qui leur avaient fait du bien, mais aussi qui les avaient secouées ou qui leur avaient délivré un message.

Trois belles soirées s’en sont suivies avec un petit noyau d’intéressées. Et c’est lors d’un échange de mails à propos de l’organisation de ces soirées, l’une d’entre elles m’a parlé d’ « Eleanor Oliphant va très bien », un roman acheté en langue originale dans un aéroport, premier prix des Cafés Costa ou quelque chose comme cela. Un roman qu’elle a cru léger et qu’on pourrait snober si on souhaite ne lire que de la « grande littérature » (mais qu’est-ce que la grande littérature et y en a-t-il de petites?). Ce roman lui avait fait quelque chose, suffisamment pour qu’elle me le cite. Et vous savez quoi, l’histoire se passe en Angleterre, on me parle d’un personnage atypique, le titre est ironique, j’ai foncé et je l’ai acheté sur Vinted.

Et je l’ai dévoré, il est tout simplement savoureux. Ce roman, il est un peu inqualifiable. Il est à la fois léger, plein d’humour et aussi très grave. Eleanor Oliphant est bizarre, un peu asociale et elle boit trop. Elle a peu d’empathie et de fantaisie, jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’un chanteur de rock à la renommée très locale. Elle va alors sortir peu a peu de ce qui n’est pas une zone de confort, comme on pourrait le penser, mais une zone très traumatique. Car Eleanor n’est ni sociopathe ni autiste, non, elle est survivante de traumas multiples. Et sans basculer dans la psychotraumatologie, je trouve que le tout est amené avec une finesse, une intelligence, un humour et même un suspense qui font mouche. Peut-on renaitre après un trauma ? Le monde est-il plus dangereux à l’intérieur de nous ou à l’extérieur? Comment socialiser lorsqu’on ne nous a enseigné aucun code de conduite valable ? Voici les questions avec lesquelles Eleanor est, souvent bien inconsciemment, aux prises. Et je vous invite plus que chaleureusement à faire sa connaissance !