« American Predator » de Maureen Callahan et quelques réflexion sur les contenus « True Crime »

La chronique d’aujourd’hui concerne un ouvrage « True crime », un genre très à la mode et controversé car accusé de glamouriser la violence et les auteurs de violence, surtout malheureusement à l’encontre des femmes. Moi-même je consomme ce contenu, mais je suis néanmoins interpellée par cet attrait et notamment la polémique autour de productions netflix, telles que « You » et « Dahmer ». L’une est une fiction, l’autre une série inspirée de faits réels et je ne les ai regardés ni l’un ni l’autre. Je pense que j’étais un peu à saturation et que le fait que j’ai pu abondamment lire combien le public trouvait les protagonistes beaux, attirants et suscitant l’empathie m’a un peu effrayée. Penn Badgley (qui campe le personnage principal de « You ») et Evan Peters (tour à tour érigé en sex symbol par certains et accusé d’être trop sexy pour incarner un tueur en série par d’autres) ont je pense eux-mêmes déclaré ressentir un certain malaise vis à vis de communautés de fans fantasmant sur les personnages qu’ils incarnent. Je ne sais pas quel est votre avis à ce sujet ni si vous en avez un, mais c’est une question qui me travaille. Le féminicide est enfin en passe de devenir un sujet politique et en même temps, j’ai le sentiment que tout une industrie en tire profit et que nous, public, femmes et hommes, sommes en quelque sorte fascinés par ces crimes.

Pour en revenir à l’ouvrage dont je voulais parler aujourd’hui, il relate la quête de divers agents des forces de l’ordre afin d’arrêter le ravisseur d’une jeune fille, dont on va rapidement s’apercevoir qu’il a déjà tué auparavant et pas qu’une seule personne. Il s’agit d’Israel Keyes et ce n’est pas un suspense car l’affaire a fait grand bruit et ses méthodes et sa préparation (il voyageait beaucoup et disséminait des « kits de meurtres » dans différents Etats pour n’y revenir commettre un méfait que des mois ou des années après) sont assez glaçants. Cet ouvrage est aussi haletant qu’écoeurant parfois. L’enquête est soignée et l’autrice a dû visionner les vidéos de la police et interroger les agents durant des heures et des heures pour nous livrer un résultat aussi complet. La jeunesse de Keyes est également documentée abondamment et donne des pistes pour comprendre l’horreur puisque, comme la plupart des tueurs en série, on découvre sans surprise qu’il n’a pas bénéficié d’une vie familiale « équilibrée » et favorisant le bon développement d’un enfant. Au final un ouvrage modèle du genre, assez malaisant, mais, pour en revenir à ce que je disais plus haut, c’est sans doute à considérer comme une réussite. Pour ma part, je pense que je vais m’écarter un peu de ce type de contenus et en revenir à des polars et enquêtes de pure fiction (un nouveau Lars Kepler est sorti et cet auteur fait partie de mes favoris) car je me rends compte que le suspense me plait et me détend, mais que j’ai de plus en plus tendance à être écoeurée face aux histoires de tueurs réels.

Nouvelles Ardentes de Jean-Yves Buron

Aujourd’hui, je vous présente une lecture du terroir, celle du recueil de nouvelles de Jean-Yves Buron. Cela faisait un moment que j’étais tentée par cette lecture et j’ai finalement craqué lorsque j’ai trouvé l’ouvrage dans la librairie indépendante du coin de ma rue « L’Oiseau Lire ».

J’ai dévoré ce recueil en quelques heures. Je n’ai pas l’habitude de lire des nouvelles car je reste souvent sur ma faim, mais le fait d’avoir pour cadre commun la ville de Liège m’a donné une impression de microcosme même si les 5 premières nouvelles dépeignent des univers totalement différents et si le style d’écriture est éclectique. Dans chaque nouvelle, on retrouve néanmoins des éléments récurrents : la transmission des ambitions de justices sociale et écologique de l’auteur, une dose agréable d’histoire du patrimoine (on sent l’historien amoureux de sa ville) ainsi qu’une touche plus ou moins importante de surnaturel ou en tout cas de décalé. Un hommage poétique à Boris Vian dans « Lettre à ma fille » m’a également touchée. En lisant la dernière nouvelle, j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus développée, mais c’est sans doute parce que je ne suis pas habituée aux formats plus courts.

Je ne regrette pas ma lecture et cela m’a donné envie de soutenir davantage d’auteurs de ma région qui s’engagent dans une démarche d’auto-édition.

Petits meurtres à Endgame d’Alexandra Benedict

Petite lecture complètement hors saison. Je l’ai vu partout partout sur mon instagram durant la période de Noël, j’ai fini par le lire en février et voilà seulement que je livre mon avis. J’abandonne toute idée de cohérence.

Alors celui-ci il cochait aussi toutes les cases de ce qu’on attend d’un cosy mystery de Noël : la campagne anglaise, une demeure familiale mystérieuse, au moins un meurtre, des énigmes, des descriptions culinaires et un arbre généalogique au début du roman. Malheureusement, j’ai été déçue. J’ai trouvé cette histoire de famille à la fois trop tordue et trop prévisible. Je ne vais pas m’étendre sur ce qui était prévisible car beaucoup de gens ont aimé et n’ont peut-être pas vu venir la fin. Mon feeling et mon avis n’engagent que moi. J’ai trouvé qu’il y avait trop de meurtres, pas assez de cosy (et pas suffisamment bien écrit pour que cela devienne un vrai polar), trop d’invraisemblances alors que les idées de départ (les énigmes) étaient bonnes. Il y a beaucoup de bonne volonté à vouloir moderniser le genre en introduisant des personnages issus de la communauté LGBT. Tout va trop vite et au final l’ambiance est malsaine. Bref, j’ai été déçue, probablement parce que j’en attendais beaucoup, j’attendais sans doute un « Testament à l’Anglaise » (le meilleur de Jonathan Coe) version cosy mystery. Je serais vraiment curieuse d’avoir l’avis de personnes qui ont lu ce roman, qu’est-ce qui vous a plu ? Déplu ? Je me sens presque mal de ne pas l’avoir apprécié et je ne suis personne pour critiquer la plume d’un(e) autre, mais je ne peux par dire autre chose.

Dans le même style, j’ai nettement préféré les deux volumes des « détectives du Yorkshire » (de Julia Chapman) que j’ai eu l’occasion de lire, « Agatha Raisin » (l’une des deux séries de cosy mysteries de M.C. Beaton) , « le cercle des derniers libraires » (de Sylvie Baron qui importe le genre en France) ou encore « le murder club du jeudi » (Richard Osman). Pour les amateurs, Caroline, de la chaine et boutique Caro from Woodland, a fait une vidéo assez complète sur le sujet. Vous pouvez la retrouver ici. Pour ma part, je pense que je lirai volontiers d’autres tomes des détectives du Yorkshire, c’est la série qui m’a le plus convaincue.