Chroniques littéraires : mes coups de cœur et déceptions des derniers mois

Bonjour à vous qui passez ici. Après des mois à procrastiner, à être en retard dans mes chroniques, à continuer à lire sans publier, si bien que la liste de mes chroniques ressemblait au tonneau des danaïdes, voici enfin que, lors d’un weekend à la mer, j’ai décidé d’en finir avec cette liste. J’ai encore des chroniques à rédiger, mais j’ai décidé de publier cette liste et telle qu’elle était il y a un mois. Il faut absolument que j’arrive à alléger ma tâche. Je pense qu’à l’avenir je me contenterai de citer mes déceptions sans développer. N’hésitez pas à suivre mon compte instagram également. J’y publie plus fréquemment et pas forcément dans le même ordre qu’ici. Tous les livres chroniqués ici le sont déjà sur instagram, mais l’inverse n’est pas vrai cependant. Si vous lisez cet article, n’hésitez pas à marquer votre passage d’un petit like ou d’un commentaire, cela fait toujours plaisir. Bonne lecture à vous. Je commence par le meilleur, au cas où la longueur de l’article vous découragerait. Au moins, vous aurez une idée de ce que j’ai préféré ces derniers mois (juillet-octobre plus ou moins)

5 étoiles

“Medusa” d’Isabelle Sorente. Mon coup de Coeur de l’année (et elle est bien entamée)! Marianne est une jeune femme brillante, fascinée par les monstres et les mythes dont elle se plait à réécrire la fin. Elle vit une amitié fusionnelle avec Béatrix, son frère Liam l’admire et l’adore. Elle est proche de son père, qui vit à Paris, mais sent incomprise par sa mère, qui vit dans le Sud. Lorsqu’elle décède inopinément, chacun.e se retrouve à devoir faire son deuil, la paix avec soi-même, avec Marianne, avec les autres et à retrouver un sens à la vie. Un roman magnifique qui parle de la creation littéraire (à travers les personnages de Marianne et de Beatrix), mais aussi de l’autrice elle même qui nous parle de son rapport avec sa “Muse”. Un roman féministe qui célèbre l’amitié, la sororité, une autre masculinité possible. Un roman sensible qui interroge le lien d’amitié, le lien fraternal, amoureux et parental. Comment faire famille après une separation, un abandon, un deuil?

4 étoiles :

“La petite pharmacie littéraire” d’Elena Molini, un roman qui parle bibliothérapie, amitiés féminines et intrigues est forcément fait pour moi. Surtout s’il se passe à Florence. Et si le personnage de Blu est inspiré de la vie de l’autrice Elena Molini, qui gère une librairie que je rêve de visiter où elle propose de vraies prescriptions littéraires. Il y a une ou deux suites qui sont d’ors et déjà sur ma wish list.

« Debout, assise, couchée » d’Ovidie. Un essai de l’autrice et réalisatrice Ovidie sur le rapport entre les femmes et les chiens. Leur relation, l’histoire de leur domesticité et comment les chiens protègent les femmes et vice versa. Un ouvrage puissant, féministe et personnel où l’autrice adopte un point de vue d’historienne et de sociologue tout en nous parlant des chien.ne.s de sa vie. A lire également : “La chair est triste, hélas” un manifeste où Ovidie explique pourquoi elle a décidé de ne plus avoir de relations sexuelles avec des hommes”.

“Et c’est ainsi que nous vivrons” de Douglas Kennedy. Je fus il y a quelques années une fan absolue de Douglas Kennedy. Je ne sais pas pourquoi ne n’avais plus lu de roman de lui au cours des dernières années (j’avais sans doute simplement découvert d’autres auteur.ice.s et avais besoin d’être à nouveau surprise) mais c’est avec grand plaisir de que je renoue avec cette dystopie dont on m’a offert une copie dédicacée. La Fan girl que je suis n’y a pas résisté. Moi qui ne l’avais pas lu depuis quelques années, j’ai pu constater qu’il s’était bien renouvelé, même si ses thèmes de prédilection demeurent. Il s’interroge ici sur l’avenir de plus en plus morcelé des Etats-Unis, ou plutôt désunis puisqu’une sécession a eu lieu et que les côtes (traditionnellement démocrates) sont désormais un état alors que le centre en constitue un autre. La force de son roman est que, malgré le progressisme de son auteur et ce que je sais de ses position, il dresse une critique bilatérale. Un livre qui devrait nous faire encore plus réfléchir. Cela ressemble furieusement à ce qu’il se passe en Europe aussi… Tout cela double d’un véritable thriller qui nous tient véritablement en haleine.

« Tout ce que nous allons savoir » de Donal Ryan est l’histoire d’une jeune femme, fraichement divorcée qui se retrouve enceinte d’un adolescent issu de la communauté du voyage à qui elle enseigne la lecture. Elle se lie également avec une jeune fille de cette même communauté, rejetée par l’homme à qui sa famille l’avait mariée. Les personnages féminins sont magnifiques et j’ai été touché par cette histoire de grossesse en contexte hostile, par la rencontre entre ces deux femmes, ces deux mondes. Et puis l’Irlande évidemment…

“Le Bal des Ombres” de Joseph O’Connor est un livre pour les amoureux du monde du théâtre et de la littérature. Il suit les traces de Bram Stoker (l’auteur de “Dracula”) qui décroche le poste d’administrateur au mythique théâtre du Lyceum. Son destin s’y trouve mêlé durant des années à l’acteur phare du Lyceum, Henry Irving. Ce dernier est un tragédien shakespearien passionné et tempétueux. Pour compléter le trio, l’actrice Ellen Terry, amie, amante et muse, femme libre et courageuse. C’est sous la forme d’une conversation épistolaire entre Stoker et Terry, au crépuscule de leur vie, qu’est introduite ce qui est en réalité une fresque historique et une chronique de vies vouées à la création et à l’amour du théâtre. Je recommande chaudement ce livre si l’un de ces thèmes/genres vous parle.

“3 ciotole” de Michela Murgia. Michela Murgia est une autrice et militante féministe décédée prématurément d’un cancer il y a 2 ans. J’avais beaucoup aimé son roman Accabadora qui dépeignait des personnages féminins forts, qui effraient parfois les autres tout simplement parce qu’elles ne rentrent dans aucune case. Son ultime livre “Tre ciotole” (“trois bols: rituels pour une année de changement”) n’a je pense pas (encore?) été traduit en français. Inspiré de notre vécu durant la crise du coronavirus, il se compose de récits qui s’entremêlent et où ses personnages se retrouvent en crise profonde et/où contraints au changement. Un livre que je me réjouis de relire en français s’ils le traduisent et qui je pense pourrait trouver écho chez tout le monde, car qui n’a jamais dû s’adapter à une situation qui change drastiquement, que ce soit une pandémie, une rupture, un départ à la retraite, etc…

“Le parfum des poires anciennes” d’Ewald Arenz. J’ai adore ce roman allemand qui m’a fait penser au “bruit du dégel” de John Burnside qui avait été un vrai coup de coeur. Il y est question d’une jeune fille, Sally, qui souffre d’anorexie et qui s’évade du centre où elle est hospitalisée. Elle se réfugie par hasard (d’abord elle s’y cache) dans une ferme tenue par une femme seule et taciturne nommée Liss. La rencontre de ces solitudes blessées qui vont créer peu à peu du lien en travaillant la terre, les arbres et les animaux, m’a énormément parlé. Ce n’est pas du nature writing mais une forme de country writing plutôt. Au fil des chapitres, leurs histoires traumatiques se révèlent et se réveillent et si on a l’impression que Liss et sa ferme sauvent Sally, plus le roman avance, plus on se rend compte que c’était peut-être aussi la rencontre nécessaire pour Liss.

“8 crimes parfaits” de Peter Swanson est le roman policier parfait pour ceux qui aiment Agatha Christie et les classiques. Truffé de références et de plot twists glaçants, je n’ai pas vu venir la fin et j’ai aimé être ainsi surprise et effrayée. Ma petite voix intérieure a plusieurs fois glapi “oh mais non!”. Ne vous laissez pas tromper par le chat sur la couverture et le fait que le narrateur soit libraire car ceci n’est pas un cosy mystery, même si les ambiances sont douillettes par moment.

3,5 étoiles:

“le couteau” de Salman Rushdie. Un livre écrit par Rushdie suite à l’agression au couteau qu’il a subie en 2022. Il y revient sur sa vie sous la menace de la fatwa et parle de comment la beauté et l’amour l’ont finalement sauvé et guidé sur son chemin de guérison.

“Elle et son Chat” de Makoto Shinkai et Naruki Nagakawa est un roman japonais qui suit les habitants du quartier et nous les présente vus par leurs chats. Ce sont les chats qui nous livrent leurs observations et points de vue sur leurs humains. Les chats qui dialoguent entre eux, se promènent dans leur quartier et parfois provoquent même les rencontres humaines. Un livre doux et profond qui aborde des thèmes comme le deuil, la solitude et les amours compliquées. Adorable

“Cachemire Rouge” de Christiana Moreau. Christiana Moreau est une autrice sérésienne dont j’ai déjà apprécié le roman “la sonate oubliée”. Ici, elle nous conte les destins croisés d’une jeune entrepreneuse Florentine (Alessandra) qui possède avec sa meilleure amie un magasin de vêtements en cachemire et d’une adolescente (Bolormaa) qui grandit dans les plaines de Mongolie et dont la famille se retrouve contrainte de renoncer à la vie nomade. Elle se retrouve alors à travailler comme ouvrière dans une ville chinoise où elle croisera Alessandra. Cette dernière tombe amoureuse d’un pull en cachemire rouge créé par Bolormaa et lui laisse son contact en Italie. Quand Bolormaa se fait une amie et qu’elles décident toutes deux de quitter la Chine pour chercher une vie plus digne en Italie, elle se dit qu’elle doit retrouver Alessandra… C’est un livre fort qui m’en a appris sur l’artisanat, la vie nomade et comment le réchauffement climatique impacte directement les populations qui vivent cette vie. Ce livre parle aussi d’amitié fortes, de solidarité, de sororité, mais aussi des vies brisées en essayant de rejoindre l’Europe.

“Wayward Pines” de Blake Crouch est le premier tome d’une saga dystopique qui se déroule dans une mystérieuse ville idyllique où le personnage principal doit mener une enquête. Il y subit un accident et, à son réveil, tout le monde agit bizarrement et il peine à obtenir des réponses sur ce qui lui est arrivé. Et quand il s’aperçoit avec effroi qu’il n’arrive plus ni à joindre ses proches, ni à quitter Wayward Pines, il se lance dans une autre enquête et entre en rébellion… jusqu’à découvrir une vérité à laquelle ni lui ni le lecteur ne sont prêts. J’ai beaucoup aimé, j’ai encore plus aimé le tome 2 et je me réjouis du tome 3 tout en étant triste d’avance que ce soit le dernier. Brillant, captivant et bien écrit.

“Nos pères, nos frères, nos amis” de Mathieu Palain est le compte rendu d’une enquête journalistique et personnelle de l’auteur auprès de témoins, de victimes et d’auteurs de violence, notamment via sa participation à des groupes de parole pour hommes violents. Je pense que tout le monde devrait lire de tels livres et se questionner afin de déconstruire l’image du monstre et de comprendre les mécanismes sociaux et familiaux qui fabriquent la violence et les rapports de domination au sein des relations conjugales et familiales.

3 étoiles :

“Un manoir en Cornouailles” de Eve Chase. J’ai bien aimé ce roman aux accents gothiques où il est question de secrets de famille, de traumas enfouis et d’une demeure mystérieuse en Cornouailles. Cependant rien n’arrive à la cheville du “Rebecca” de Daphné du Maurier.

“Le club des veuves qui aimaient la littérature érotique” de Balli Kaur Jaswal est un roman sympathique où nous faisons connaissance avec une jeune londonienne d’origine Pendjabi qui se retrouve, après avoir répondu à une annonce qui recherchait une animatrice d’ateliers d’écriture dans un centre culturel pendjabi, à rencontrer un groupe de femmes qui, parfois ne sachant ni lire ni écrire, ont surtout besoin de se raconteur, de raconter leurs rêves, leurs fantasmes, leurs mariages heureux ou non. Le tout avec en toile de fond la mort mystérieuse d’une jeune femme de la communauté dont il se dit qu’elle s’est suicidée…mais la réalité pourrait bien être tout autre. Humour et gravité se côtoient dans ce roman à la croisée des cultures.

“Mauvaise pente” de Keith Ridgway est un roman Irlandais qui parle de violences conjugales, d’addiction à l’alcool et d’homosexualité mal acceptée. Pas léger léger donc. Le tout dans une Irlande encore fortement conservatrice. Mais que se passe-t-il lorsque la mère de famille qui a vu son fils chéri fuir la maison en raison de son orientation sexuelle et de la violence du père décide de ne plus accepter la vie que ce dernier lui fait subir? Un roman puissant et assez noir où les choses ne tournent pas vraiment comme on l’espérait mais qui est au fond très réaliste et profondément humain avec une anti-héroïne à laquelle on s’attache.

“La langue des choses cachées” de Cécile Coulon est un roman qui ressemble à un conte initiatique. Il nous plonge dans une communauté angoissante que visite un jeune guérisseur qui succède à sa mère et fait émerger des secrets enfouis tout en rétablissant la justice à sa manière. Un livre onirique, poétique et sauvage. Âmes sensibles, à manipuler avec précaution.

“Nature Morte” de Louise Penny est un roman policier canadien qui situe son intrigue dans un petit village québécois au sein de la nature et où tout le monde se connait. La victime était appréciée de tous, même si personne ne connaissait certains de ses secrets. Je me suis sentie comme si un meurtre avait été commis à Stars Hollow (la ville de Gilmore Girls si certain.e.s n’ont pas la référence) et j’ai apprécié l’enquête, sans toutefois bien comprendre le personnage de la jeune enquêtrice que je n’ai pas réussi à cerner et dont je n’ai pas compris le rôle au sein de l’intrigue.

“2060” de Lauren Bastide est lui aussi une forme de conte féministe et futuriste qui nous amène à être témoin de la fin du monde et où la protagoniste re-parcourt le fil de son existence, marquée par son histoire avec une ancienne amante et son engagement féministe et écologiste

2 étoiles:

“Le cinéma de rêve face à la mer” de Holly Hepburn. Et encore un “feel good” qui coche toutes les cases du mielleux: une héroïne parfaite, une petite communauté toute mignonne, un fiancé qui n’a peut-être pas les mêmes aspirations que l’héroïne, un beau gosse célibataire qui s’avère être l’ami-amoureux avec qui l’héroïne a passé tous ses étés adolescents (et malgré cela elle ne le reconnait pas lorsqu’ils se croisent à la gare). Un vrai film de Noël. Sauf que cela se passe en été en Cornouailles. Néanmoins celui ci tire un peu plus son épingle du jeu grâce à des thèmes annexes comme le cinéma Classique et l’histoire des chemins de fer (oui oui original). On sait également qu’il y a un conflit familial sous-jacent entre les parents et les grands parents de la protagoniste. Il semblerait que cela doive se poursuivre dans un second tome, mais Holly Hepburn risque de me perdre en chemin…sauf si ça se passe à Noël, alors peut-être. 😊

1 étoile:

“Sarà perché ti amo” de Serena Giuliano. Après avoir découvert la plume de Serena Giuliano lors d’un atelier de bibliothérapie et étant exposée à son succès via les réseaux, j’ai décidé de tenter la lecture d’un roman de l’autrice. Malheureusement, pour le “feel good” comme pour le “cosy mystery”, je peine à trouver des ouvrages qui me plaisent vraiment. Qui ne sont pas caricaturaux ou cousus de fil blanc. Il y a ici une belle solidarité entre femmes qui sauve un peu l’affaire. J’ai également aimé que l’intrigue se déroule durant la coupe d’Europe de foot gagnée par l’Italie car je me suis retrouvée dans l’euphorie de ces moments. Malheureusement, les hommes sont soit parfaits, soit abjects. Alors qu’ils sont supposés être amis depuis 20 ans, le couple “normal” ne semble s’apercevoir que maintenant que leur pote a un sérieux problème avec les femmes… C’est un peu trop incohérent pour moi malheureusement…

Pas du tout aimé:

“Bienvenue à l’hôtel Savoy : Qui a tué Miss Kane ?” de Prudence Emery et Ron Bass. J’ai été déçue par ce cosy mystery (encore que je ne sois pas certaine qu’il coche les critères pour se trouver dans cette catégorie) à la couverture attirante. Non seulement l’héroïne m’a agacée à se mettre dans des situations de danger parfaitement évitables, mais le pire pour moi c’est qu’il y a une banalisation totale de la violence de genre, des gifles se perdent sans que les auteurs aient le moindre point de vue dessus, les hommes traitent les femmes comme leurs propriétés, les femmes minaudent et au final, on peut tuer par amour. Indigeste…

la couverture était pourtant prometteuse…

Abandonnés en cours de lecture : “la gifle” de Christos Tsiolkas (trop violent et j’ai trouvé tous les personnages insupportables et malsains, chacun à sa manière) et “toutes les familles sont psychotiques” de Douglas Copeland (trop barré, mais avec un titre pareil, j’aurais pu m’en douter me direz-vous).

Voilà, au-delà de la satisfaction personnelle que je retire à garder une trace de mes lectures, j’espère que ces avis et chroniques vous donneront des idées et de l’inspiration ou au contraire vous éviteront des déceptions si toutefois vous avez des goûts proches des miens. Je ne suis pas friande de certains genres et mon avis reste personnel. A chacun.e de se faire le sien.

A ce propos n’hésitez pas à me dire si vous avez lu certains de ses livres et si vous partagez ou non mon avis.

Le bon et le moins bon de mes chroniques en retard de 2023

Il y a eu du laisser aller par ici. Des livres lus et non lus s’accumulent en petites piles dans mon salon, ma chambre, sur la table où je mange. Aux piles à lires se sont ajoutées (avec le blog, le compte instagram et la préparation d’ateliers en bibliothérapie) les piles : à photographier pour instagram, à chroniquer, à relire, à répertorier pour de futurs ateliers… Je ne m’en sors plus et surtout, si je persiste à vouloir les chroniquer un par un, je procrastine… Or, il est grand temps que je puisse ranger (ou donner dans une boite à livre pour les moins appréciés) toute une série de livres. Je vous reviens donc avec des avis plus brefs sur des lectures de ces 6 derniers mois. Je leur ai attribué une note étoilée, à la façon des magazines de critiques littéraires et cinématographiques. Ca part un peu dans tous les sens niveau style et thématiques…

William Boyd – Orages ordinaires ****

J’ai été tenue en haleine par l’histoire de ce jeune universitaire contraint de tout abandonner pour se fondre dans la marginalité londonienne parce qu’il est le témoin gênant d’un meurtre orchestré par des forces qui le dépassent complètement. Une cavale au sein d’une grande ville, une plongée dans les bas-fonds et la pauvreté londonienne, des rebondissements, du suspense et des personnages tour à tour attachants, pathériques et flippants. Sur la couverture de mon livre, la critique de Lire déclare « William Boyd au sommet de son art » et je suis prête à le croire. Amateur.ices de romans noirs n’hésitez pas.

Sally Rooney – Où es-tu monde admirable ? ****

La jeunesse réaliste, fougueuse et désenchantée croquée par Sally Rooney est irrésistible. Je n’ai toujours pas lu « normal people », mais je suis d’ores et déjà fan de sa plume. J’avais été séduite par « conversations entre amis » et je suis conquise par la recherche de ce monde admirable. Petit bémol seulement car les atermoiements d’un personnage m’ont quelque peu agacée, mais c’est parfois l’effet d’une très bonne littérature aussi…

New York Odyssée Kristopher Jansma ****

Je ne connaissais pas du tout cet auteur. La couverture des éditions de la rue fromentin m’a subjuguée et je l’ai ajouté à un lot vinted. Ce roman raconte un drame vécu par un groupe d’amis lorsque l’une d’eux tombe gravement malade. Il sonde profondément l’âme de ses personnages qui affrontent les étapes de la maladie et du deuil chacun avec ses mécanismes de défense, ses ressources et ses démons. C’est un roman dur, mais l’écriture de Jansma est fantastique et ses personnages sont incroyables. Je recommande mille fois…

« L’art te fait ressentir des choses que personne ne t’a jamais appris à ressentir, parce que tu ressens ce qu’un inconnu à ressenti quand il, ou mieux elle, l’a créé. Tu le vis par procuration. Il te fait aimer de l’intérieur du corps d’un autre et haïr avec le fiel des tripes d’un autre. Il est la seule chose sur cette planète qui puisse nous faire quitter la petitesse pathétique de notre état de poussière et non seulement nous projeter, mais nous faire devenir quelqu’un d’autre. Il faut qu’il soit métaphorique, sinon il n’est qu’un putain d’écran de télé. »

Mon automne cosy – Caroline Millet – carofromwoodland ****

Cela fait longtemps que je rêvais de m’offrir un produit de la créatrice et aquarelliste auto didacte et auto éditée Caroline Millet et je n’ai pas été déçue. J’ai adoré me plonger dans son livre et l’intégrer à ma déco automnale. Je vous invite chaleureusement à découvrir son univers sur youtube et instagram si vous aimez la déco saisonnière, le slow living et les ambiances cosy !

La femme seule – Eloïse Steyaert ***

Qu’il est spécial de lire le livre d’une personne que l’on connait et quel plaisir de le trouver très bon. Un roman écrit d’une plume sensuelle, audacieuse et sans tabous, d’une poésie qui fait qu’on doit parfois prendre une pause dans la lecture. J’ai beaucoup aimé le roman d’Eloïse, je pense que je l’aurais encore plus apprécié si j’avais été maman, car le thème principal ne m’a pas touchée personnellement, mais rassurez-vous si vous êtes dans mon cas, car c’est bien plus qu’un livre sur la maternité.

Maggie O’Farrell – Hamnet ***

J’en ai fait la chronique sur le compte instagram déjà. J’ai été très touchée par cette fiction basée sur des faits réels et des personnages historiques, à savoir William Shakespeare, cet enfant Hamnet parti trop tôt et surtout sa femme, Agnès. Le portrait d’une femme incomprise car revendiquant sa liberté de penser, sa connexion avec la nature et sa singularité. Une mère aimante, une fille blessée et une généreuse guérisseuse. A découvrir…

Balzac et la petite tailleuse chinoise – Dai Sijie ***

Un roman court écrit par un auteur chinois exilé en France. Il m’a fait découvrir un pan de l’histoire de la Chine, celui qui envoyait les garçons éduqués des villes en « rééducation » dans les montagnes peuplées de paysans. Arrachés à leur vie et leur famille, on suit le quotidien de deux adolescents contrains de vivre à la dure et de se voir inculquer les bonnes valeurs communistes, une tête bien docile était avant tout une tête pas trop pleine de pensées autonomes. Mais que se passe-t-il le jour où ils rencontrent une petite tailleuse et où ils parviennent à se procurer des livres, dont une édition d’ « Ursule Mirouet » de Balzac. Le reste est à découvrir…

« Imaginez un jeune puceau de 19 ans, qui somnolait encore dans les limbes de l’adolescence, et n’avait jamais connu que les bla-bla révolutionnaires sur le patriotisme, le communisme, l’idéologie et la propagande. Brusquement, comme un intrus, ce petit livre me parlait de l’éveil du désir, des élans, des pulsions, de l’amour, de toutes ces choses sur lesquelles le monde était, pour moi, jusqu’alors demeuré muet. »

Jean Ray Malpertuis **

Quand j’ai trouvé dans la bibliothèque de mon amoureux ce classique de la littérature belge et fantastique, je me suis dit qu’il était temps de le découvrir. J’ai été tenue un peu à distance par l’étrangeté de l’œuvre et certains mécanismes narratifs qui demandent vraiment de s’accrocher, mais je dois reconnaitre que je n’avais jamais rien lu de si surprenant. Plus qu’effrayant, ce livre est absolument décontenançant pour quelqu’un qui n’a jamais été spoilé. Quelle imagination et quelle atmosphère étouffante installée par l’auteur.

La ballade de Cass Wheeler – Lisa Barnett **

La ballade de Cass Wheeler, c’est l’histoire de sa vie. Habitée par la musique, hantée par l’abandon de sa mère et jalonnée de relations toxiques dont elle peine à se défaire. Ce sont aussi des moments planants et intense lorsqu’il est question de création. Malheureusement, pour moi, ce livre, quoique bien écrit et intelligent, se traine un peu en longueur.

Le peigne de Cléopâtre – Maria Ernestam + patte de velours, œil de lynx **

Maria Ernestam a le don de transformer des situations en apparence tranquilles en des thrillers psychologiques assez malaisants. C’est encore le cas ici, on chemine avec une sensation « what the fuck ? » à partir d’un tiers du bouquin. Cependant, la meilleure œuvre de cette autrice est, à mon sens, la première que j’ai eu l’occasion de lire « Les oreilles de Buster », mais peut-être parce que je ne la connaissant pas encore. On est forcément moins surpris lorsqu’on connait son style. Qui vaut vraiment la peine d’être découvert…

Le magasin des suicides – Jean Teulé *

Une étoile pour ce conte certes original et poétique, mais qui manque de cohérence et dont je n’ai pas aimé la fin. Mais je salue l’exercice et je sais que d’autres publics ont aimé.

Une joie féroce – Sorj Chalandon *

Ici aussi, j’ai été déçue. L’histoire de femmes cancéreuses qui se serrent les coudes et qui reprennent le contrôle de leur vie à défaut de contrôler la maladie était séduisante. Et j’ai aimé certains passages bien écrits et poussant à la réflexion. Cependant, j’ai été trop dérangée par la caricature de mari qu’on attribue à l’héroïne et par le virage trop rocambolesque pour moi pris par l’auteur.

Cottage, fantômes et guet apens. Ann Granger

Un cosy mystery très dispensable pour moi. Alors que je suis fan des séries anglaises du genre et que tout est a priori là pour me séduire, je constate que j’ai du mal avec la pauvreté de l’écriture et du scénario dont font preuves plusieurs auteur.ice.s que j’ai lu.e.s  Je pense que si je dois en relire, je me tournerai vers la série de Julia Chapman, la seule qui m’ait vraiment accrochée et où tout ne ressemblait pas à un film de Noël avec un meurtre au milieu.

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ? Je me rends compte que j’ai beaucoup lu en 2023 et cela m’enchante car une de mes résolutions était d’accorder plus de temps aux livres et moins aux écrans. C’est une réussite. Et j’en ai encore sous le coude ! du 4* même, voire du 5 !!!

La liste des choses accomplies en 2023

Je profite du calme avant le réveillon pour rédiger mon traditionnel article de fin d’année. Celui qui me permet de me remémorer les accomplissements de l’année écoulée, ainsi que de poser les jalons et visualiser ce que j’aimerais poursuivre ou faire de nouveau en 2024 ! Vous pouvez retrouver les articles des autres années ici, ici, ici:Le top de 2019: séries, films, littérature…, ici, ici et ici

On commence par la liste des choses accomplies en 2023 . En 2023, j’ai donc :

  • Continué mes cours de guitare et de solfège en académie
  • Fait du sport en moyenne deux fois par semaine, moins souvent et moins intensément qu’auparavant (multiplication des activités oblige) mais néanmoins régulièrement
  • Subi deux interventions sous anesthésie générale : une ostéotomie bi-maxillaire en février et un retrait des plaques de titane que j’avais en bouche en novembre. Et quand on sait ce que cela m’a coûté, je pense que je peux le classer dans les accomplissements. Je suis très contente de l’avoir fait mais cela m’a demandé de la patience et du courage, ce n’est pas allé sans heurts !
  • Bénéficié d’une vingtaine de séances de kinésithérapie pour m’aider à récupérer d’une luxation non réversible de l’articulation temporo mandibulaire gauche. Effet secondaire rare de l’opération !
  • Passé un agréable weekend hivernal à Stavelot, entre autres pour l’anniversaire d’une amie. J’ai eu l’occasion d’y visiter l’abbaye et le musée Apollinaire !
  • Continué à m’investir dans la production annuelle de ma troupe de théâtre, mais sans pouvoir jouer à cause de mes chirurgies et convalescence. Cela m’a néanmoins permis de me rendre utile autrement et de participer à la vie de la troupe depuis les coulisses.
  • Organisé un blind test avec d’autres membres de la troupe pour récolter des sous à investir dans nos spectacles
  • Eté à Bruxelles pour assister au premier spectacle de stand up de ma vie, en italien qui plus est.
  • Suivi un weekend de formation + une journée de suivi en bibliothérapie ! Suite à cela, j’ai organisé des apéros littéraires avec des amies intéressées par le projet, j’ai donné mon premier atelier à ce public témoin et j’ai conclu un accord pour en animer à la bibliothèque de ma commune ! Je suis très fière et très heureuse d’avoir travaillé sur ce projet !
  • Participé moi-même à des ateliers de bibliothérapie et des ateliers d’écriture avec Le Mot qui Délivre
  • Fait un escape room dans une maison hantée en réalité virtuelle avec une amie. Un peu coûteux mais terriblement amusant !
  • Passé 4 mini séjours à la mer (un en amoureux, deux avec ma maman et un entre amies, on varie les plaisirs) : deux à Domburg (en Zélande, aux Pays-bas), un à Middelkerke et un à Ostende. J’ai à chaque fois profité de superbes hôtels en réservant en semaine.
  • Suivi une formation pour produire un podcast dans le cadre de mon travail
  • Eté en Italie et découvert avec émerveillement les rives du Lac de Côme et Bellagio, ainsi que la minuscule ville médiévale Monteriggioni en Toscane.
  • Eté au théâtre et au cinéma. J’ai vu « Les trois Mousquetaires », « Oppenheimer » et plus récemment « Winter Break » et « Wonka ». Je les ai tous beaucoup aimés. Au rayon séries, j’ai terminé « The Crown », « Toujours là pour toi », « Guide astrologique pour coeurs brisés » entre autres…
  • Lu beaucoup de livres, davantage que les autres années. D’une part à cause de et grâce à ma formation et mon projet d’ateliers en bibliothérapie et ensuite parce que les convalescence et le fait que je ne joue pas sur scène m’ont concédé du temps au calme. Comme quoi, finalement, à toute chose malheur est bon ! Mes coups de cœur, j’en parle dans les articles de ce blog, mais aussi plus régulièrement sur instagram ! Je peux citer, au rayon découvertes Cécile Coulon, Victoire Tuaillon, Diglee, Susan Fletcher, William Boyd, Sally Rooney, Lucinda Riley, Kristopher Jansma… et au rayon des confirmations Jonathan Coe, Baptiste Beaulieu, Liv Strömquist, Simonetta Greggio
  • Me suis offert des petits plaisirs réguliers, tels qu’une belle manucure en vernis permanent ou des séances de massage relaxant. Cette année a été physiquement et quelque fois moralement éprouvante et j’ai décidé de consacrer un budget mensuel pour prendre soin de mon corps en plus de mon esprit.
  • bien profité de la période de Noël je trouve. J’ai fait une jolie déco, celle que j’aime, chaleureuse et traditionnelle.
  • Profité de ma famille. Là aussi avoir des semaines de convalescence m’a permis de me faire chouchouter et, quand ça allait mieux, de passer plus de temps auprès de ma grand-mère. Que je vois tout de même une fois par semaine quoi qu’il arrive
  • Continué à économiser dans l’optique d’acheter un jour une petite maison avec une deuxième chambre et un coin de verdure… Je ne l’ai pas encore trouvée, mais l’épargne se constitue.
  • Commencé à écouter quelques podcasts : ceux d’Eloïse, InPower de Lucie Aubery, Le cœur sur la table de Victoire Tuaillon, la source de Cécile Coulon… Je pioche par-ci par là dans ces contenus littéraires et féministes qui me parlent.
  • Eté révoltée par toute une série d’affaires médiatisées, qu’elles concernent les violences faites aux femmes, aux enfants, aux peuples ou à la planète. Je ne peux pas ne pas le mentionner, même si ce n’est pas un accomplissement. Quoi que, garder sa santé mentale et continuer à agir avec intégrité et engagement dans ce monde est, à bien y regarder un défi quotidien !

Je suis à peu près certaine d’oublier des choses, mais je ne peux pas lister tout ce qui est repris dans mon agenda 2023. Je pourrais simplement ajouter les nombreux moments d’amour, de partage et d’amitié autour de verres, de discussions, de cafés, de thés, de balades ou de moments culturels. Ils sont le sel (mais aussi le sucre et les épices) du quotidien et je suis très heureuse d’avoir un entourage d’une telle qualité. Si vous passez par ici, vous vous reconnaitrez. Et laissez-moi un cœur ou une étoile en commentaire, ça me fera plaisir !

Je voulais poursuivre en écrivant mes désirs et engagements pour 2024, mais j’ai envie finalement de m’arrêter ici et d’écrire la suite demain. Comme un rituel. Laisser à 2023 ce qui lui appartient. Cette année a vu naître un nouveau projet, elle m’a aussi frustrée et contrainte au repos. Sans doute l’un n’aurait il pas pu advenir sans l’autre. Et puis, j’entre en 2024 avec un nouveau sourire et des dents bien alignées, alors c’est sans regret !

Pérégrinations et lectures italiennes

Cet été je suis à nouveau partie me ressourcer en Italie. Des rives du Lac de Côme jalonnées de petits villages à la colorimétrie chatoyante au grand silence des alpages du Val d’Aoste, en passant par les arènes de Vérone et ma chère Toscane avec une découverte, le village de Monteriggioni. 14 jours de reconnexion à moi, à observer le temps passer plus lentement, à reprendre des habitudes bien ancrées, à me gaver de belles images et aussi de bonne nourriture.

Varenna, lac de Côme
La place de la minuscule cité médiévale de Monteriggioni, depuis le mur d’enceinte

Dans ma valise, j’en avais posté une photo sur instagram, j’avais bien entendu glissé quelques lectures dont je viens aujourd’hui vous parler. Je les avais choisies car en rapport avec ce voyage d’une façon où d’une autre…

« Accabadora » de Michela Murgia où l’histoire d’une petite fille née par surprise dans une famille qui n’avait pas besoin d’une bouche en plus à nourrir. L’histoire aussi d’une dame plus âgée qui n’a jamais fondé de famille de sang puisque son fiancé est mort à la guerre. Ces deux destins se croisent lorsque la première devient « fille de l’âme » ou est, autrement dit, adoptée par la seconde dans la Sardaigne des années 50. J’ai beaucoup aimé ce récit qui met à l’avant plan deux femmes fortes et indépendantes, qui se construisent contre la pauvreté des schémas disponibles à l’époque. Une réflexion sur ce que nous choisissons d’appeler les liens familiaux, un roman d’apprentissage, une plongée dans un passé pas si lointain, voici les ingrédients du roman simple et puissant de Michela Murgia. Sans parler du terme Accabadora, qui n’est pas traduit en français et que je vous laisse le soin de découvrir. Un sujet de roman à lui tout seul que le rôle de Zia Bonaria auprès de ceux qui sont au crépuscule de leur vie. Comme vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman et je l’ai découvert à peu près en même temps que son autrice, récemment décédée, une intellectuelle féministe, antifasciste qui s’est faite la porte-parole des minorités et de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société hétéronormée, la famille traditionnelle et une société qui ostracise tant de personnes. Une grande dame, une grande sœur et une « mère d’âme » pour beaucoup d’Italiens qui s’est éteinte à 51 ans, vaincue par une tumeur rénale. A ceux qui comprennent l’italien, je ne peux que vous conseiller de l’écouter (son courage, son optimisme et sa vision de la vie comme de la mort sont assez révolutionnaires et inspirants, jusqu’au bout) et à tous les autres de la lire. Je me suis moi-même procurée sur place son ouvrage testamentaire « tre ciotole », paru cet été.

« Dictionnaire insolite de Florence » de Lucien d’Azay. J’ai grignoté ce petit ouvrage au bord de la piscine dont j’avais la chance de pouvoir profiter à Fiesole, sur les hauteurs de Florence justement. En tant qu’ancienne habitante et visiteuse régulière de cette ville merveilleuse, j’ai pris beaucoup de plaisir à me souvenir, me rafraichir la mémoire mais aussi apprendre des choses intéressantes, insolites ou simplement inconnues des étrangers. Ca change des guides verts et lonely planet que, pour ma part, je ne prends plus la peine de consulter lorsque je suis sur place.

« Une chambre à soi » de Virginia Woolf. Pour le coup, rien à voire avec l’Italie, mais bien avec le thème d’un atelier de bibliothérapie que je suis en train de préparer. A voire aussi avec mon féminisme et le fait que ce livre (2 conférences augmentées de Virginia Woolf à l’attention de jeunes femmes universitaires ) est considéré, à juste titre, comme un ouvrage fondateur du mouvement. Une chambre à soi et 500 livres de rente, c’est ce qu’il manque aux femmes pour être libres, c’est ce qui ne leur a pas permis d’accéder au métier d’écrivain et à tant d’autres depuis que le monde est monde. C’est ce que Virginia leur enjoint de tout faire pour se procurer et pouvoir créer, bien consciente que ce « luxe » ne lui a été consenti à elle que grâce à un héritage. Toujours d’actualité et hautement recommandé !

Extrait : « Néanmoins, lorsque je lis que telle sorcière a été soumise au supplice de l’eau, que telle femme était possédée du démon, que telle guérisseuse vendait des herbes, ou même que tel homme particulièrement remarquable avait une mère, eh bien, je pense qu’on n’est pas loin d’avoir perdu une romancière, d’être en présence d’une poétesse qui a été étouffée, d’une Jane Austen muette et sans gloire, d’une Emily Brontë se faisant sauter la tête sur la lande ou errant, grimaçante, sur les routes, ravagée par la torture que son don lui infligeait. En effet, j’irais même jusqu’à penser qu’Anonyme, qui a écrit tant de poèmes sans les signer, était la plupart du temps une femme. »

« Bellissima » de Simonetta Greggio. C’est le troisième roman que le lis de Simonetta Greggio, née en Italie en 1961, mais vivant à Paris depuis 1981. Les deux premiers « La Dolce Vita » et « Les nouveaux monstres » parlaient de l’Italie, de son charme, de ses gangrènes aussi. Je ne peux que conseiller ces livres à ceux qui aiment l’Italie, veulent la comprendre et veulent comprendre aussi pourquoi Simonetta l’a quittée. On le comprend encore mieux dans cette œuvre qui est cette fois-ci autobiographique. A la fois généreuse et pudique. Il y est question de politique mais aussi de violences domestiques et aussi d’une jeune fille qui tente de se construire au milieu de ce brasier. Bellissima, c’est la mère de l’héroïne. Bellissima, c’est aussi l’Italie. Un pays qu’on porte dans ses tripes où qu’on aille. A la page 32 de mon édition, elle y cite Cesare Pavese, que je n’ai encore jamais eu l’occasion de lire, mais dont les mots me touchent au plus profond de l’être : « Il faut avoir un pays, ne serait-ce que pour partir. Un pays signifie ne pas être seul, sachant que dans les gens, dans les plantes, dans la terre, il y a quelque chose qui vous appartient, que même lorsque vous n’êtes pas là, elle vous attend » (Cesare Pavese « La lune et les feux »)

Le garçon sauvage” de  Paolo Cognetti. Je clôture mes lectures italiennes au Val d’Aoste, par un livre que j’ai déjà lu en italien, mais que j’ai décidé de relire en français. Entre mes deux lectures, Paolo Cognetti a accédé à une certaine notoriété en francophonie car son roman « Les Huit Montagnes » a été adapté au cinéma, s’attirant des critiques positives et jouissant d’un beau succès en salle (je ne l’ai pas vu, seulement lu et je vais également le relire traduit). « Le garçon sauvage » est davantage un récit autobiographique (il est d’ailleurs sous-titré « Carnet de montagne) qu’un roman. L’histoire d’un homme qui fuit la ville pour se retrancher un an dans la montagne qu’il a connue enfant, écrire et vivre au rythme des saisons. Une lecture sensible et contemplative qui ravira les amoureux de nature, donnera envie d’aller à la montagne, mais fera aussi la part belle à la fraternité humaine. Je me suis également procurée, en Italien, « La félicité du loup ». J’aime lire en langue originale, mais la perspective d’animer des ateliers (en français bien entendu) me pousse à lire certains ouvrages deux fois, des coups de cœurs tels que ceux de Paolo Cognetti.

Voilà, c’est ici que se termine mon périple littéraire italien. Disposant d’une chambre à moi et n’étant pas soumise à des impératifs de tourisme frénétiques, j’ai eu le temps de tout lire. Avec grand plaisir, avec le sentiment de me faire un cadeau en retournant chaque année dans ces endroits qui s’inscrivent chaque année un peu plus en moi… Je vous souhaite d’être bien chez vous, mais également de savoir où aller lorsque vous avez besoin de changer d’air ou au contraire de retrouver un air familier et bienfaisant…

Rentrée et Tempérance

Bonjour à toustes, à toi qui passes par hasard ici, à ma maman certainement !

Il y a quelques mois j’avais décidé de reprendre mon blog en main avec une publication hebdomadaire, de recentrer ma ligne éditoriale autour de la littérature et de me créer un joli feed instagram. Un peu parce que je fonctionne comme cela (toujours se mettre des objectifs, planifier et essayer d’être disciplinée), un peu aussi car j’ambitionne de développer une activité en lien avec mon métier (psychologue) et la littérature. C’est en ce sens que j’ai entrepris une démarche de formation à la bibliothérapie avec Eloïse Steyaert du Mot qui délivre. Bref, force est de constater que je n’y parviens pas. J’ai essayé plusieurs fois et je pense qu’il faut que je lâche un peu de lest à ce niveau-là.

En plus du travail, je suis toujours impliquée dans ma troupe de théâtre, j’essaie de faire du sport deux fois par semaine et je fais du solfège et de la guitare. La belle vie. Et déjà beaucoup de choses. Mais je dois pourtant sans cesse me réfréner. J’ai failli m’inscrire à un workshop de crochet. Je me suis raisonnée en me disant que je devrais plutôt me débarrasser de la machine à coudre et du matériel qui l’accompagne et encombrent mon armoire. Je voudrais aussi rafraichir mon néerlandais et mon espagnol. Et aller courir. Et, et, et… J’ai toujours été comme cela, j’ai besoin d’apprendre, besoin de me fixer des objectifs. Et je ne suis pas satisfaite non plus quand les choses sont faites à moitié. Il faut donc que je me bride, mais ce mot ne me plait pas. Il faut que je me recentre, que je me concentre. Que j’accepte que j’aimerais toucher à tout, mais que l’important pour moi est aussi et  avant tout d’être constante et régulière dans des activités et des projets qui avancent et me procurent un sentiment d’accomplissement et de compétence.

Je ne me suis pas inscrite au crochet.

Je me suis remise assidument à la lecture. Parce que cela me fait du bien et parce que j’ai pour projet de créer des ateliers bibliothérapeutiques. Des ateliers qui viseraient à prodiguer du ressourcement, de l’apaisement, mais aussi à renouer avec sa créativité autour du média livre/littérature.

Je ne vais pas exiger de moi-même une publication hebdomadaire sur mon blog, car cela finit par devenir une exigence paralysante qui fait que je ne publie rien pendant des mois.

Je vais à la salle de sport deux fois par semaine. Je n’attends pas d’avoir beaucoup de temps pour y aller. J’y vais même pour une demi-heure intense plutôt que de sauter la séance par manque de temps ou d’énergie.

Je ne joue pas dans la pièce de ma troupe cette année. Je suis sereine, pourtant j’aime le projet. Mais je suis en convalescence d’une grosse opération et je dois l’accepter. Je me ressource et travaille dans l’ombre pour mieux repartir.

Je ne vais pas programmer de weekend à la Toussaint. Je vais prendre ce temps pour être à la maison. Et pour économiser pour ma liste de « voyages de rêve ».

Je ne sais pas si je vais acheter une maison où juste garder mon appartement et conserver le luxe de ne pas devoir travailler pour payer quitte à ne pas m’épanouir. Je vais peut-être me payer plus souvent des « vacances avec jardin ». A voir.

Voici mon mood de la rentrée, créer et persévérer. Nidifier pour mieux s’envoler. Et ne pas se disperser, mais approfondir. Car même si cela part d’une jolie pulsion de vie, cela risque de m’épuiser.

J’ai commencé la rédaction de cet article en me disant que j’allais y dresser la liste de mes dernières lectures, celles, nombreuses, que je n’ai pas eu le loisir de chroniquer individuellement. Mais la plume a dérapé et m’a emmenée là où j’en avais besoin. Déplier, observer, trier mes pensées. Penser pour mettre en actes. Ne pas s’y perdre. C’est aussi cela l’écriture pour moi. Alors je vais m’arrêter là.

J’espère que la fin de l’été se passe bien pour toi ou vous qui me lis(ez). Je ne sais pas si le mois de septembre à cet effet là sur vous. Pour moi c’est toujours une page blanche assez excitante qui ouvre également sur la saison où je me sens le mieux, l’automne. Je vous/me reviens quand je peux avec de nouveaux partages.

Au creux de l’effort, s’émerveiller des surprises de la nature…