Mon devoir de citoyenne

Lors de l’année écoulée, plus que jamais et comme beaucoup d’autres, je me suis demandé quel sens avait tout ça. La violence dans le monde, la violence au sein de notre société et non plus seulement la violence dans des contrées lointaines, les mesures économiques drastiques, l’encouragement à la délation, les résultats électoraux désespérants, sans parler des désastres écologiques et économiques que nous voyons à la télévisions ou que nous ne pouvons qu’anticiper. Il est alors facile pour une pessimiste telle que moi de basculer dans le nihilisme et de se questionner sur le sens même de l’existence. L’impression se renforce que, quoi qu’on fasse, de là où on est, on n’y pourra rien changer. Le risque est alors concret de ne plus vivre que dans la peur, la tristesse ou la colère. Que faire de ces émotions bien humaines, mais qui nous font mal et nous paralysent ? Il y a deux ans, lorsque la rédaction de Charlie Hebdo a été décimée, j’étais en plein cycle d’entrainement à la pleine conscience. Un programme de 8 semaines sur lequel je reviendrai peut-être. Notre instructrice a alors eu cette réflexion qui m’a marquée au début de notre séance hebdomadaire. Elle nous a dit que pour commencer, tout ce que nous pouvions faire, c’était vivre en conscience de nous-mêmes, en paix avec nous-mêmes pour ensuite pouvoir être en lien et en conscience avec les autres. Je ne me souviens plus de ses mots exacts, mais j’ai eu souvent l’occasion d’y repenser et je crois qu’elle a raison. Quand j’entendais parler mes grands parents, surtout mon grand-père issu de la vague d’immigration italienne dans les années 40, la vie me paraissait bien dure. La guerre bien sûr déjà en ce temps là. Mais aussi la pauvreté, les conditions de travail, les choix limités que chacun pouvait poser pour sa propre vie. Et finalement, malgré les avancées technologiques, la gratuité supposée de nos écoles et la qualité de notre système de sécurité sociale, les choses n’ont peut-être pas autant changé qu’on pourrait le croire. Mais je digresse, car en vérité, lorsque je l’écoutais parler, je ressentais aussi la chaleur qui se dégageait de la communauté d’alors : les collègues de travail, la famille, les gens du quartier, la cantine des ouvriers, les fêtes passées à danser et chanter. Je ne sais pas si c’était plus fort parce qu’entre immigrés il y avait le souci de se serrer les coudes et de se rappeler ensemble qui on était et d’écrire une histoire nouvelle, mais cela me semblait magique et je me suis souvent surprise à avoir la nostalgie (à cause de cet aspect chaleureux) d’une époque que je n’avais pas vécue. Une époque où le tissu social était plus dense, où les enfants jouaient dans les rues, où on ne laissait pas les personnes âgées seules et où chacun aidait son prochain comme il le pouvait. A la lumière de ce récit et des mots de ma prof de pleine conscience, je pense effectivement que le mieux que nous ayons à faire est de prendre soin de nous, de ne pas oublier, au-delà de l’individualisme, que nous sommes des animaux sociaux comme le disait Aristote et que nul ne s’en sort totalement seul. Il est de notre devoir premier de penser à notre bonheur, au sens que nous voulons donner à notre passage sur terre, à élargir nos horizons au-delà du métro-boulot-dodo. Je ne parle pas ici de prendre conscience que nous avons de la chance, même si mettre les choses en perspective peut toujours s’avérer utile. Je parle de pouvoir regarder plus largement sur notre chemin, d’essayer à notre mesure de laisser moins de personnes sur le côté. Nous sommes tous marqués par ces jeunes hommes (pour la plupart) qui, après un chemin plus ou moins long et plus ou moins invisible, semblent choisir de quitter l’humanité et la société qui les a vus grandir (plus ou moins, et souvent moins il faut le dire, de façon privilégiée) pour commettre des actes de barbarie. Comment ces gens ont-ils pu s’extirper du tissu social et choisir l’anéantissement des liens et l’anéantissement d’eux-mêmes, de leur famille, de leur futur et des valeurs de la religion ? Car si je ne m’abuse, toutes les religions prônent la solidarité et la valeur suprême de la vie. Comment n’avons-nous pas pu voir cela arriver et comment n’avons-nous rien fait. Lutter contre ces drames, c’est d’abord lutter contre la négativité qui est en nous, contre l’envie de ne plus parler à personne et le refus de comprendre ce qui nous arrive. C’est oser un sourire aux inconnus, accepter de rendre un service même si l’on n’a pas le temps, souligner les initiatives positives, refuser les discours haineux et leur opposer un optimisme minimal, ne pas croire qu’on connait tout de l’autre et oser aller voir comment est son monde. Se sentir à nouveau en lien avec les autres, connus et inconnus, espérer que la méfiance cesse un jour d’être un sentiment spontané face à ce qui ou celui qui ne nous est pas familier. Etre davantage en paix avec nous-mêmes et commencer à l’être avec les autres. C’est en tout cas la tâche que je m’assigne pour l’avenir et ce n’est pas facile, mais je suis convaincue que c’est vital.

Pour clôturer, je laisse la parole à Sénèque, qui parle du bonheur bien mieux que moi et qui définit si bien en quelques phrases ce que je commence à penser confusément :

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