Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

J’en avais posté une image sur mon compte instagram le 3 août en disant qu’une chronique plus détaillée allait suivre sur le blog. La voici ! J’ai découvert ce roman grâce à une copine et partenaire de planches. Suite à mon processus de formation en bibliothérapie, j’ai organisé cet été des « apéros littéraires » auxquels j’ai convié des femmes de mon entourage plus ou moins proche à venir me parler des livres importants de leur parcours bibliothérapeutique : des livres qui les avaient reconnectées à elles, des livres qui étaient venues les « chercher », les transformer, qui leur avaient fait du bien, mais aussi qui les avaient secouées ou qui leur avaient délivré un message.

Trois belles soirées s’en sont suivies avec un petit noyau d’intéressées. Et c’est lors d’un échange de mails à propos de l’organisation de ces soirées, l’une d’entre elles m’a parlé d’ « Eleanor Oliphant va très bien », un roman acheté en langue originale dans un aéroport, premier prix des Cafés Costa ou quelque chose comme cela. Un roman qu’elle a cru léger et qu’on pourrait snober si on souhaite ne lire que de la « grande littérature » (mais qu’est-ce que la grande littérature et y en a-t-il de petites?). Ce roman lui avait fait quelque chose, suffisamment pour qu’elle me le cite. Et vous savez quoi, l’histoire se passe en Angleterre, on me parle d’un personnage atypique, le titre est ironique, j’ai foncé et je l’ai acheté sur Vinted.

Et je l’ai dévoré, il est tout simplement savoureux. Ce roman, il est un peu inqualifiable. Il est à la fois léger, plein d’humour et aussi très grave. Eleanor Oliphant est bizarre, un peu asociale et elle boit trop. Elle a peu d’empathie et de fantaisie, jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’un chanteur de rock à la renommée très locale. Elle va alors sortir peu a peu de ce qui n’est pas une zone de confort, comme on pourrait le penser, mais une zone très traumatique. Car Eleanor n’est ni sociopathe ni autiste, non, elle est survivante de traumas multiples. Et sans basculer dans la psychotraumatologie, je trouve que le tout est amené avec une finesse, une intelligence, un humour et même un suspense qui font mouche. Peut-on renaitre après un trauma ? Le monde est-il plus dangereux à l’intérieur de nous ou à l’extérieur? Comment socialiser lorsqu’on ne nous a enseigné aucun code de conduite valable ? Voici les questions avec lesquelles Eleanor est, souvent bien inconsciemment, aux prises. Et je vous invite plus que chaleureusement à faire sa connaissance !

« Ressac » et « Atteindre l’aube » de Diglee

Cet été j’ai eu un coup de cœur massif pour deux récits de l’illustratrice et désormais romancière lyonnaise Diglee, pseudonyme de Maureen Wingrove. Cela fait longtemps que ce pseudo je le vois un peu partout sur internet, mais j’avoue que je n’avais pas creusé la question puisque, pour moi, associée davantage au monde de l’illustration que des mots.

Le premier livre de Diglee que j’ai acheté, c’est son recueil de poèmes et de biographies de poétesses « Je serai le feu », d’abord pour l’offrir (deux fois) puis, enfin, pour moi. Et il trône dans ma bibliothèque sans que je m’y sois encore vraiment attaquée. Mais déjà, admirez l’objet !

Puis, lors d’un atelier de bibliothérapie auquel je participais, notre animatrice, Eloïse a lu un extrait de « Atteindre l’aube » et là, je me suis lancée et j’ai enfin découvert puis dévoré les deux récits dont je parle aujourd’hui.

La plume de Diglee est délicate, intime, poétique et généreuse. Ces récits sont courts, mais gorgés d’intensité. Dans Ressac, elle nous livre le récit de sa retraite de 5 jours dans une abbaye bretonne, suite à un drame familial. Elle nous y présente les lieux, son intériorité et les femmes qu’elle y rencontre avec un mélange subtil de pudeur et de générosité. Les mots clefs qui me viennent à l’esprit en pensant à « Ressac » (anagramme et même palindrome de casser) sont mer, synchronicités, féminité, synchronicité, créativité et déconnexion.

Dans « Atteindre l’aube », Diglee rend hommage et retrace la vie de sa grand-tante Georgie, dont elle a été très proche, mais dont elle va pourtant découvrir pas mal de secrets et de faces cachées. En passant, elle retrace également le parcours des femmes de sa famille et examine son propre rapport à l’amour et aux hommes. Un roman puissant et gorgé d’amour. Les mots clefs seraient ici généalogie, féminité à nouveau, (non)maternité, relations amoureuses et croissance.

Comme vous l’aurez compris, je suis conquise par les livres de Maureen Wingrove et par l’autrice elle-même puisque ces écrits donnent l’impression de la connaître personnellement.

Si cela vous intéresse, je vous suggère de visiter son blog http://diglee.com/ , sa page instagram @diglee_glittering_bitch et d’écouter l’interview qu’elle a accordée à Cécile Coulon pour son podcast « la source »

« Le chateau d’Eppstein » d’Alexandre Dumas

Une fois n’est pas coutume, je change drastiquement de registre pour parler d’un livre méconnu d’un grand auteur classique. Il s’agit à nouveau ici d’un roman que l’ont pourrait classer dans la catégorie du conte gothique. J’ai déjà parlé de ce genre que j’affectionne ici. Je dois avouer que j’ai eu un peu de mal avec certains passages du livre qui se trainent en longueur. Il n’y a vraiment pas beaucoup de rebondissements et l’on passe beaucoup de temps dans les pensées du jeune baron d’Eppstein. Les passages fantastiques sont néanmoins sobres et captivants. Alexandre Dumas réussit à nous faire frissonner dans la fameuse chambre rouge qui communique avec la crypte. Et bien sûr, je ne vais même pas me permettre de commenter la qualité de l’écriture.

J’ai été surprise et contente de découvrir Alexandre Dumas d’une autre façon. Adolescente, j’avais dévoré ses romans de cape et d’épée « Les trois mousquetaires » et « Vingt ans après », ainsi que « La Reine Margot ». Ce sont selon moi des classiques intemporels et je pense que des générations d’adolescents pourraient encore se passionner pour ces romans historiques, épiques, mêlants intrigues amoureuses et récits de capes et d’épées. Celui ci était plus confidentiel, à part dans la bibliographie de Dumas, mais néanmoins très intéressant, poétique même. Si j’ai le temps, j’aimerais un jour découvrir également « Le Comte de Monte Cristo », qui compte lui aussi beaucoup de fans. Et vous, avez vous lu Dumas?

« Kérozène » d’Adeline Dieudonné

Cela faisait des mois, voire des années que je me disais qu’il fallait que je lise Adeline Dieudonné, jeune autrice belge dont le premier roman « la vraie vie » a fait un carton. Je n’ai pas attaqué son premier roman, mais le deuxième « Kérozène » (pour info, elle vient d’en publier un troisième « reste »). Eh bien j’ai été agréablement surprise ! Dans le sens où cela m’a fait sortir de ce que je lis habituellement. Son roman, dont je vous insère la quatrième de couverture est constitué de courts chapitres consacrés chacun à un personnage (il y a même un cheval) qui vont se retrouver sur la même aire autoroute que les autres par une étouffante soirée d’été.

On est ici dans un roman choral sans l’être. Il n’y a pas de grande histoire qui les lie tous, mais plutôt une série de concours de circonstances absurdes, cocasses, cruels et parfois glauques… Ames sensibles s’abstenir, ou pas… Je ne suis pas fan du langage cru, mais ce mix à mi-chemin entre « striptease » (les belges comprendont) et Tarantino m’a au départ un peu choquée et finalement beaucoup fait rire, au point d’en lire des extraits à voix haute à mon amoureux (qui s’est demandé ce que je lisais, moi, fan de séries en costume). La plume d’Adeline Dieudonné m’a convaincue, j’ai dévoré ce roman et les deux autres vont certainement rejoindre ma pile à lire prochainement !

« Trio » de William Boyd

Bonjour à toustes, je vous reviens avec un roman anglais intitulé « Trio » de William Boyd. J’avais commencé ce livre en été. Je n’avais pas pu le finir et ce pour des raisons indépendantes de sa qualité. J’ai pris un risque avec lui, je l’ai repris là où je l’avais laissé, sans relire les 100 premières pages déjà lues. Défi relevé : je lui ai fait honneur en quelques jours et je n’ai globalement pas eu trop de mal à raccrocher à l’histoire.

Le trio dont il est question ici, n’est pas un trio amoureux, mais un trio de solitudes. Des personnages qui gravitent autour ou sont au centre d’une production cinématographique dans les années 60 : la femme du réalisateur qui se rêve écrivaine et se noie dans l’alcool, le producteur qui a toutes les peines du monde à ne pas se faire entuber par ses associés tout en se débattant avec son homosexualité longtemps refoulée et la jeune star américaine qui tente de tourner la page d’un mariage toxique et cherche l’amour et un second souffle en Angleterre. Ces personnages se croisent finalement assez peu, mais gravitent dans les mêmes cercles.

J’ai beaucoup aimé ce roman qui conjugue des qualités de narrations à des aspects qui me plaisent en tant que lectrice :

  • Les années 60 et le monde du cinéma et des artistes est dépaysant et donne envie de revoir ses classiques
  • Des personnages un peu pathétiques, énervants parfois, mais attachants la plupart du temps et qui vont tous trois devoir faire des choix et entrer en transformation au cours du roman, avec des issues diverses. Le monde intérieur de chacun est si bien développé qu’il est facile de se mettre dans leur peau
  • Une écriture dynamique pour former un tout cohérent
  • De jolies références et réflexions sur ce qu’est être acteur, écrivain, ou travailleur de l’ombre.
  • Du suspense car vraiment on ne sait pas comment chacun va se dépatouiller avec son sac de nœud
  • Une bonne dose d’humour et de situations cocasses sans être grotesques.

Si vous êtes sensibles à ce que j’énumère ici et que vous avez envie de quelque chose de bien écrit et typiquement british – du fond et un vrai questionnement existentiel avec ce qu’il faut de lumière et d’humour – je vous conseille vivement ce roman. Avez-vous déjà lu William Boyd ?

« Succès mortel » de Miranda James

Cette semaine, je reviens avec la lecture d’un nouveau cosy mystery sélectionné pour moi par cube. Il s’agit du premier tome de la série « le chat du bibliothécaire », intitulé « succès mortel ».

Cette série n’est pas anglaise, mais américaine. Je l’ai préférée à « petits meurtres à Endgame » car elle respecte les critères du genre : une petite communauté, des lieux réconfortants (la maison du narrateur, les librairies, la bibliothèque), la présence d’un animal (un Maine Coon, coqueluche de la ville) et, bien entendu, du mystère et un enquêteur non professionnel. J’avais un peu senti venir le dénouement, mais l’intrigue était tout de même bien ficelée.

Je ne sais pas si je lirai d’autres tomes de cette série car ce roman n’arrive pas à la hauteur de ce que j’ai lu de mieux dans le genre, à savoir la série « Les détectives du Yorkshire » de Julia Chapman. Ce fut néanmoins une lecture agréable et rapide, parfaite avec un mug de thé le weekend.

« Seule en sa demeure » de Cécile Coulon et le roman gothique en général

Dernièrement, j’avais envie de lire un auteur français, alors j’ai demandé à La Kube de m’aider. Je ne voulais pas un roman parisien, pas un roman nihiliste, mais une belle langue non traduite et j’ai reçu « Seule en sa demeure » de Cécile Coulon. Cécile Coulon a une biographie impressionnante pour ses 32 ans (8 romans publiés, un recueil de nouvelles, 4 recueils de poésie, un ouvrage jeunesse, une pièce de théâtre notamment) des cheveux blond polaire et elle est marathonienne !

A la réception, la couverture et la quatrième de couverture m’ont immédiatement fait penser à l’un de mes romans favoris, « Rebecca » de Daphné du Maurier (ma chronique de 2018 ici), un classique de la littérature dite gothique, paru en 1931. Je me suis dit que les similitudes étaient frappantes, mais qu’un ouvrage aussi encensé ne pouvait pas être une simple resucée. Et je n’ai pas été déçue. J’ai d’abord été désarçonnée. L’histoire se déroule au XIX siècle et est écrit à la manière des romans de l’époque. La langue est soutenue sans être lourde et on est immédiatement plongés dans l’ambiance de la famille d’Aimée puis au domaine de son époux, situé au cœur de la Forêt d’Or. L’atmosphère est lourde et enivrante, les descriptions finement ciselées. J’ai lu ce livre en trois jours, je pense que j’ai passé la moitié du temps sur les 100 premières pages mais les 200 suivantes (et dernières) ont couru sous mes yeux. Car une fois le décor planté, la qualité de l’écriture ne faiblit pas mais l’intensité du suspense ne cesse de croître. J’ai adoré ce livre, j’ai échafaudé des hypothèses (fausses) et, c’est certain, je lirai d’autres livres de cette autrice.

Pour ceux et celles qui se demanderaient ce qu’est un roman gothique (et pour moi celui-ci en est un très réussi), voici l’article de wikipedia. Mais en gros les caractéristiques du gothique (qui n’est pas forcément paranormal, même si des éléments d’horreur et de paranormal peuvent s’y retrouver, comme chez Edgar Allan Poe) sont :

  • Un lieu chargé d’une atmosphère inquiétante, voire une nature hostile, qui deviennent des personnages à part entière (la forêt d’Or et le domaine Marchère chez Cécile Coulon, le domaine de Manderley et les falaises de Cornouailles chez du Maurier par exemple)
  • Des personnages de jeune femme persécutée/malade ou prise au piège, de personnages empreints de religiosités, qui ont souffert, des bandits, des domestiques qui exercent une emprise, etc…
  • Des thèmes tels que le secret honteux qui hante les vivants, le surnaturel, les unions interdites, le pacte, la fuite impossible…

Voilà, j’espère vous avoir envie de découvrir ces auteurs d’autrefois (du Maurier et Poe) ou Cécile Coulon si vous voulez frissonner en sortant des sentiers battus du polar que nous connaissons tous et que je ne dédaignerai jamais. J’ai dans ma pile de livres à lire un autre roman qualifié de « gothique » et signé Alexandre Dumas. Je m’y lancerai bientôt. J’ai été très étonnée de découvrir qu’il s’était essayé au genre…

« Le bruit du dégel » de John Burnside

« N’importe qui aurait pu s’aventurer jusque-là, jusqu’à une maison qui ne figure même pas sur le plan et, dans ce cas, je me demande combien de temps la personne en question aurait mis à se rendre compte, d’une façon ou d’une autre, que l’histoire n’est pas le summum de ce qui compte en l’occurrence. Que ce n’est pas un récit unique, ni même multiple, qui fait la réalité. Que ce qui compte c’est l’étoffe du temps et du lieu, tous les évènements survenus un jour menant tous autant qu’ils sont à une rencontre qui ne dut rien au hasard, la chaleur du matin, les chants d’oiseaux et une conversation entre deux femmes qui avaient besoin, chacune à sa manière, de dire tout haut les histoires qu’elles conservaient in petto depuis bien longtemps – des histoires ordinaires, certes, d’amour perdu et de chagrin, et par-dessus tout de choses ni dites ni faites, mais des histoires qui ne font pas moins partie de l’étoffe pour autant. »

Kate, étudiante à la dérive, fait des « enquêtes » cinématographiques dans les rues désertées des banlieues pavillonnaires. Son père vient de mourir brutalement et elle noie son chagrin dans la défonce. Au cours d’une de ses déambulations, elle rencontre Jean, une vieille dame en pleine forme qui coupe son bois et prépare des thés délicats. Jean propose un étrange marché : elle veut bien raconter ses histoires, mais à condition que Kate cesse de boire.

Tandis que Jean déroule le mirage du rêve américain et règle ses comptes avec quelques fantômes, Viêtnam, guerre froide, mouvements contestataires, Kate affronte enfin son deuil impossible et retrouve une place dans le monde.

Avec sa prose magnétique et tendre, John Burnside rend le monde aux vivants et rappelle que seules les histoires nous sauvent.

J’ai beaucoup aimé ce roman, cette rencontre presque fortuite entre deux personnes. Au fil du roman, on se demande qui de Jean ou de Kate sauve l’autre. Kate troque sa sobriété contre des histoires et offre à Jean un réceptacle à l’histoire de sa vie et de ceux qui ont compté pour elle. C’est une histoire de deuil, de transmission, de guérison. L’auteur est écossais mais son roman se déroule aux U.S.A. et évoque souvent l’histoire, certains personnages des récits de Jean s’engageant dans l’armée ou dans la lutte pour les droits civiques. J’ai aussi adoré l’atmosphère feutrée et intimiste du roman. Kate évoque les évènements de sa vie qui se déroulent en parallèle de leurs rencontres, mais le cœur du roman ce sont les échanges entre les deux femmes, dans un café en ville où Jean tente de débusquer les aliments secrets contenus dans les pâtisseries de la patronne ou dans la cuisine de sa maison, nichée au cœur de la forêt et dont la description fait presque monter aux narines l’odeur des beignets aux pommes cuisinés par les deux femmes. Cette maison est un cocon où l’on vit en harmonie avec la nature. Le roman débute en plein été et se referme quasiment sur ton titre. Si je devais lui donner une note, ce serait sans doute un 8/10.