Le bon et le moins bon de mes chroniques en retard de 2023

Il y a eu du laisser aller par ici. Des livres lus et non lus s’accumulent en petites piles dans mon salon, ma chambre, sur la table où je mange. Aux piles à lires se sont ajoutées (avec le blog, le compte instagram et la préparation d’ateliers en bibliothérapie) les piles : à photographier pour instagram, à chroniquer, à relire, à répertorier pour de futurs ateliers… Je ne m’en sors plus et surtout, si je persiste à vouloir les chroniquer un par un, je procrastine… Or, il est grand temps que je puisse ranger (ou donner dans une boite à livre pour les moins appréciés) toute une série de livres. Je vous reviens donc avec des avis plus brefs sur des lectures de ces 6 derniers mois. Je leur ai attribué une note étoilée, à la façon des magazines de critiques littéraires et cinématographiques. Ca part un peu dans tous les sens niveau style et thématiques…

William Boyd – Orages ordinaires ****

J’ai été tenue en haleine par l’histoire de ce jeune universitaire contraint de tout abandonner pour se fondre dans la marginalité londonienne parce qu’il est le témoin gênant d’un meurtre orchestré par des forces qui le dépassent complètement. Une cavale au sein d’une grande ville, une plongée dans les bas-fonds et la pauvreté londonienne, des rebondissements, du suspense et des personnages tour à tour attachants, pathériques et flippants. Sur la couverture de mon livre, la critique de Lire déclare « William Boyd au sommet de son art » et je suis prête à le croire. Amateur.ices de romans noirs n’hésitez pas.

Sally Rooney – Où es-tu monde admirable ? ****

La jeunesse réaliste, fougueuse et désenchantée croquée par Sally Rooney est irrésistible. Je n’ai toujours pas lu « normal people », mais je suis d’ores et déjà fan de sa plume. J’avais été séduite par « conversations entre amis » et je suis conquise par la recherche de ce monde admirable. Petit bémol seulement car les atermoiements d’un personnage m’ont quelque peu agacée, mais c’est parfois l’effet d’une très bonne littérature aussi…

New York Odyssée Kristopher Jansma ****

Je ne connaissais pas du tout cet auteur. La couverture des éditions de la rue fromentin m’a subjuguée et je l’ai ajouté à un lot vinted. Ce roman raconte un drame vécu par un groupe d’amis lorsque l’une d’eux tombe gravement malade. Il sonde profondément l’âme de ses personnages qui affrontent les étapes de la maladie et du deuil chacun avec ses mécanismes de défense, ses ressources et ses démons. C’est un roman dur, mais l’écriture de Jansma est fantastique et ses personnages sont incroyables. Je recommande mille fois…

« L’art te fait ressentir des choses que personne ne t’a jamais appris à ressentir, parce que tu ressens ce qu’un inconnu à ressenti quand il, ou mieux elle, l’a créé. Tu le vis par procuration. Il te fait aimer de l’intérieur du corps d’un autre et haïr avec le fiel des tripes d’un autre. Il est la seule chose sur cette planète qui puisse nous faire quitter la petitesse pathétique de notre état de poussière et non seulement nous projeter, mais nous faire devenir quelqu’un d’autre. Il faut qu’il soit métaphorique, sinon il n’est qu’un putain d’écran de télé. »

Mon automne cosy – Caroline Millet – carofromwoodland ****

Cela fait longtemps que je rêvais de m’offrir un produit de la créatrice et aquarelliste auto didacte et auto éditée Caroline Millet et je n’ai pas été déçue. J’ai adoré me plonger dans son livre et l’intégrer à ma déco automnale. Je vous invite chaleureusement à découvrir son univers sur youtube et instagram si vous aimez la déco saisonnière, le slow living et les ambiances cosy !

La femme seule – Eloïse Steyaert ***

Qu’il est spécial de lire le livre d’une personne que l’on connait et quel plaisir de le trouver très bon. Un roman écrit d’une plume sensuelle, audacieuse et sans tabous, d’une poésie qui fait qu’on doit parfois prendre une pause dans la lecture. J’ai beaucoup aimé le roman d’Eloïse, je pense que je l’aurais encore plus apprécié si j’avais été maman, car le thème principal ne m’a pas touchée personnellement, mais rassurez-vous si vous êtes dans mon cas, car c’est bien plus qu’un livre sur la maternité.

Maggie O’Farrell – Hamnet ***

J’en ai fait la chronique sur le compte instagram déjà. J’ai été très touchée par cette fiction basée sur des faits réels et des personnages historiques, à savoir William Shakespeare, cet enfant Hamnet parti trop tôt et surtout sa femme, Agnès. Le portrait d’une femme incomprise car revendiquant sa liberté de penser, sa connexion avec la nature et sa singularité. Une mère aimante, une fille blessée et une généreuse guérisseuse. A découvrir…

Balzac et la petite tailleuse chinoise – Dai Sijie ***

Un roman court écrit par un auteur chinois exilé en France. Il m’a fait découvrir un pan de l’histoire de la Chine, celui qui envoyait les garçons éduqués des villes en « rééducation » dans les montagnes peuplées de paysans. Arrachés à leur vie et leur famille, on suit le quotidien de deux adolescents contrains de vivre à la dure et de se voir inculquer les bonnes valeurs communistes, une tête bien docile était avant tout une tête pas trop pleine de pensées autonomes. Mais que se passe-t-il le jour où ils rencontrent une petite tailleuse et où ils parviennent à se procurer des livres, dont une édition d’ « Ursule Mirouet » de Balzac. Le reste est à découvrir…

« Imaginez un jeune puceau de 19 ans, qui somnolait encore dans les limbes de l’adolescence, et n’avait jamais connu que les bla-bla révolutionnaires sur le patriotisme, le communisme, l’idéologie et la propagande. Brusquement, comme un intrus, ce petit livre me parlait de l’éveil du désir, des élans, des pulsions, de l’amour, de toutes ces choses sur lesquelles le monde était, pour moi, jusqu’alors demeuré muet. »

Jean Ray Malpertuis **

Quand j’ai trouvé dans la bibliothèque de mon amoureux ce classique de la littérature belge et fantastique, je me suis dit qu’il était temps de le découvrir. J’ai été tenue un peu à distance par l’étrangeté de l’œuvre et certains mécanismes narratifs qui demandent vraiment de s’accrocher, mais je dois reconnaitre que je n’avais jamais rien lu de si surprenant. Plus qu’effrayant, ce livre est absolument décontenançant pour quelqu’un qui n’a jamais été spoilé. Quelle imagination et quelle atmosphère étouffante installée par l’auteur.

La ballade de Cass Wheeler – Lisa Barnett **

La ballade de Cass Wheeler, c’est l’histoire de sa vie. Habitée par la musique, hantée par l’abandon de sa mère et jalonnée de relations toxiques dont elle peine à se défaire. Ce sont aussi des moments planants et intense lorsqu’il est question de création. Malheureusement, pour moi, ce livre, quoique bien écrit et intelligent, se traine un peu en longueur.

Le peigne de Cléopâtre – Maria Ernestam + patte de velours, œil de lynx **

Maria Ernestam a le don de transformer des situations en apparence tranquilles en des thrillers psychologiques assez malaisants. C’est encore le cas ici, on chemine avec une sensation « what the fuck ? » à partir d’un tiers du bouquin. Cependant, la meilleure œuvre de cette autrice est, à mon sens, la première que j’ai eu l’occasion de lire « Les oreilles de Buster », mais peut-être parce que je ne la connaissant pas encore. On est forcément moins surpris lorsqu’on connait son style. Qui vaut vraiment la peine d’être découvert…

Le magasin des suicides – Jean Teulé *

Une étoile pour ce conte certes original et poétique, mais qui manque de cohérence et dont je n’ai pas aimé la fin. Mais je salue l’exercice et je sais que d’autres publics ont aimé.

Une joie féroce – Sorj Chalandon *

Ici aussi, j’ai été déçue. L’histoire de femmes cancéreuses qui se serrent les coudes et qui reprennent le contrôle de leur vie à défaut de contrôler la maladie était séduisante. Et j’ai aimé certains passages bien écrits et poussant à la réflexion. Cependant, j’ai été trop dérangée par la caricature de mari qu’on attribue à l’héroïne et par le virage trop rocambolesque pour moi pris par l’auteur.

Cottage, fantômes et guet apens. Ann Granger

Un cosy mystery très dispensable pour moi. Alors que je suis fan des séries anglaises du genre et que tout est a priori là pour me séduire, je constate que j’ai du mal avec la pauvreté de l’écriture et du scénario dont font preuves plusieurs auteur.ice.s que j’ai lu.e.s  Je pense que si je dois en relire, je me tournerai vers la série de Julia Chapman, la seule qui m’ait vraiment accrochée et où tout ne ressemblait pas à un film de Noël avec un meurtre au milieu.

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ? Je me rends compte que j’ai beaucoup lu en 2023 et cela m’enchante car une de mes résolutions était d’accorder plus de temps aux livres et moins aux écrans. C’est une réussite. Et j’en ai encore sous le coude ! du 4* même, voire du 5 !!!

La liste des choses accomplies en 2023

Je profite du calme avant le réveillon pour rédiger mon traditionnel article de fin d’année. Celui qui me permet de me remémorer les accomplissements de l’année écoulée, ainsi que de poser les jalons et visualiser ce que j’aimerais poursuivre ou faire de nouveau en 2024 ! Vous pouvez retrouver les articles des autres années ici, ici, ici:Le top de 2019: séries, films, littérature…, ici, ici et ici

On commence par la liste des choses accomplies en 2023 . En 2023, j’ai donc :

  • Continué mes cours de guitare et de solfège en académie
  • Fait du sport en moyenne deux fois par semaine, moins souvent et moins intensément qu’auparavant (multiplication des activités oblige) mais néanmoins régulièrement
  • Subi deux interventions sous anesthésie générale : une ostéotomie bi-maxillaire en février et un retrait des plaques de titane que j’avais en bouche en novembre. Et quand on sait ce que cela m’a coûté, je pense que je peux le classer dans les accomplissements. Je suis très contente de l’avoir fait mais cela m’a demandé de la patience et du courage, ce n’est pas allé sans heurts !
  • Bénéficié d’une vingtaine de séances de kinésithérapie pour m’aider à récupérer d’une luxation non réversible de l’articulation temporo mandibulaire gauche. Effet secondaire rare de l’opération !
  • Passé un agréable weekend hivernal à Stavelot, entre autres pour l’anniversaire d’une amie. J’ai eu l’occasion d’y visiter l’abbaye et le musée Apollinaire !
  • Continué à m’investir dans la production annuelle de ma troupe de théâtre, mais sans pouvoir jouer à cause de mes chirurgies et convalescence. Cela m’a néanmoins permis de me rendre utile autrement et de participer à la vie de la troupe depuis les coulisses.
  • Organisé un blind test avec d’autres membres de la troupe pour récolter des sous à investir dans nos spectacles
  • Eté à Bruxelles pour assister au premier spectacle de stand up de ma vie, en italien qui plus est.
  • Suivi un weekend de formation + une journée de suivi en bibliothérapie ! Suite à cela, j’ai organisé des apéros littéraires avec des amies intéressées par le projet, j’ai donné mon premier atelier à ce public témoin et j’ai conclu un accord pour en animer à la bibliothèque de ma commune ! Je suis très fière et très heureuse d’avoir travaillé sur ce projet !
  • Participé moi-même à des ateliers de bibliothérapie et des ateliers d’écriture avec Le Mot qui Délivre
  • Fait un escape room dans une maison hantée en réalité virtuelle avec une amie. Un peu coûteux mais terriblement amusant !
  • Passé 4 mini séjours à la mer (un en amoureux, deux avec ma maman et un entre amies, on varie les plaisirs) : deux à Domburg (en Zélande, aux Pays-bas), un à Middelkerke et un à Ostende. J’ai à chaque fois profité de superbes hôtels en réservant en semaine.
  • Suivi une formation pour produire un podcast dans le cadre de mon travail
  • Eté en Italie et découvert avec émerveillement les rives du Lac de Côme et Bellagio, ainsi que la minuscule ville médiévale Monteriggioni en Toscane.
  • Eté au théâtre et au cinéma. J’ai vu « Les trois Mousquetaires », « Oppenheimer » et plus récemment « Winter Break » et « Wonka ». Je les ai tous beaucoup aimés. Au rayon séries, j’ai terminé « The Crown », « Toujours là pour toi », « Guide astrologique pour coeurs brisés » entre autres…
  • Lu beaucoup de livres, davantage que les autres années. D’une part à cause de et grâce à ma formation et mon projet d’ateliers en bibliothérapie et ensuite parce que les convalescence et le fait que je ne joue pas sur scène m’ont concédé du temps au calme. Comme quoi, finalement, à toute chose malheur est bon ! Mes coups de cœur, j’en parle dans les articles de ce blog, mais aussi plus régulièrement sur instagram ! Je peux citer, au rayon découvertes Cécile Coulon, Victoire Tuaillon, Diglee, Susan Fletcher, William Boyd, Sally Rooney, Lucinda Riley, Kristopher Jansma… et au rayon des confirmations Jonathan Coe, Baptiste Beaulieu, Liv Strömquist, Simonetta Greggio
  • Me suis offert des petits plaisirs réguliers, tels qu’une belle manucure en vernis permanent ou des séances de massage relaxant. Cette année a été physiquement et quelque fois moralement éprouvante et j’ai décidé de consacrer un budget mensuel pour prendre soin de mon corps en plus de mon esprit.
  • bien profité de la période de Noël je trouve. J’ai fait une jolie déco, celle que j’aime, chaleureuse et traditionnelle.
  • Profité de ma famille. Là aussi avoir des semaines de convalescence m’a permis de me faire chouchouter et, quand ça allait mieux, de passer plus de temps auprès de ma grand-mère. Que je vois tout de même une fois par semaine quoi qu’il arrive
  • Continué à économiser dans l’optique d’acheter un jour une petite maison avec une deuxième chambre et un coin de verdure… Je ne l’ai pas encore trouvée, mais l’épargne se constitue.
  • Commencé à écouter quelques podcasts : ceux d’Eloïse, InPower de Lucie Aubery, Le cœur sur la table de Victoire Tuaillon, la source de Cécile Coulon… Je pioche par-ci par là dans ces contenus littéraires et féministes qui me parlent.
  • Eté révoltée par toute une série d’affaires médiatisées, qu’elles concernent les violences faites aux femmes, aux enfants, aux peuples ou à la planète. Je ne peux pas ne pas le mentionner, même si ce n’est pas un accomplissement. Quoi que, garder sa santé mentale et continuer à agir avec intégrité et engagement dans ce monde est, à bien y regarder un défi quotidien !

Je suis à peu près certaine d’oublier des choses, mais je ne peux pas lister tout ce qui est repris dans mon agenda 2023. Je pourrais simplement ajouter les nombreux moments d’amour, de partage et d’amitié autour de verres, de discussions, de cafés, de thés, de balades ou de moments culturels. Ils sont le sel (mais aussi le sucre et les épices) du quotidien et je suis très heureuse d’avoir un entourage d’une telle qualité. Si vous passez par ici, vous vous reconnaitrez. Et laissez-moi un cœur ou une étoile en commentaire, ça me fera plaisir !

Je voulais poursuivre en écrivant mes désirs et engagements pour 2024, mais j’ai envie finalement de m’arrêter ici et d’écrire la suite demain. Comme un rituel. Laisser à 2023 ce qui lui appartient. Cette année a vu naître un nouveau projet, elle m’a aussi frustrée et contrainte au repos. Sans doute l’un n’aurait il pas pu advenir sans l’autre. Et puis, j’entre en 2024 avec un nouveau sourire et des dents bien alignées, alors c’est sans regret !

La saison des polars: Colin Dexter et Peter May

It’s spooky season again. Qui dit automne dit grande envie pour moi de me plonger dans des romans gothiques, des polars, des cosy mysteries et de suivre ma tendance naturelle à me vautrer dans les littératures anglo-saxonnes et scandinaves. En ce moment, je suis bridée niveau lectures car je lis beaucoup en fonction de mon projet de créer des ateliers de bibliothérapie créative. Non que ces lectures de soient pas intéressantes, mais comme j’ai identifié des thèmes précis à creuser dans ces ateliers et que je lis aussi des ouvrages de référence sur le sujet (Régine Detambel, Marc-Alain Ouaknin et Nayla Chidiac sont mes partenaires privilégiés sur ce chemin), je ne me permets pas actuellement de me poser devant ma PAL et d’y aller à l’envie. Mais le projet prenant forme, j’espère y revenir dans quelques semaines avec le sentiment du devoir accompli et l’autorisation de laisser à chaque livre le soin de me faire signe au moment choisi.

Mais pour revenir aux polars, j’en ai tout de même lu deux durant les mois écoulés. L’un est le deuxième tome des aventures de l’inspecteur Morse, « Portée disparue », de Colin Dexter. Je dois dire que je suis moins emballée par les romans que par les séries dérivées, dont je suis fan depuis des années (« Morse », « Lewis » et « Endeavour », leurs titres anglais). Les romans sont très bons, fouillés et il faut suivre et être attentifs aux détails. Il est toujours plaisant pour moi de me retrouver dans l’Oxford d’il y a 50 ou 60 ans. Simplement, le Morse de la littérature est pour moi trop différent des personnages portés à l’écran et incarnés par les brillants John Thaw et Shaun Evans. Mais je lis beaucoup d’avis de téléspectateurs et lecteurs britanniques et fans des deux. Et, aurais-je lu les livres en premier lieu, mon avis serait peut-être bien différent aujourd’hui… Je pense en lire à nouveau pour donner une troisième chance à cet autre version de Morse de m’emballer, mais ce n’est pas dans mes priorités.

J’ai également lu une réception de ma box Kube, « l’île des chasseurs d’oiseaux » de Peter May. Ce roman, premier d’une trilogie, m’a pas mal déstabilisée. Sans doute car, étant une grande amie des animaux et végétarienne depuis très longtemps, la descriptions des mœurs insulaires des hommes de l’île de Lewis, en Ecosse, dont une vingtaine est sélectionnée chaque année pour aller tuer des oiseaux sur un rocher voisin avant qu’on vienne les rechercher 10 jours plus tard, chargés du précieux butin transformé en produit de bouche très apprécié. Pendant cette période, ils vivent complètement coupés du monde, confinés et en proie à une tâche ingrate (mais être sélectionné est aussi vécu comme un honneur) et à des éléments parfois déchainés.  Cette expérience, vécue par plusieurs protagonistes du roman (à commencer par l’inspecteur Fin Mac Leod, un temps exilé à Glasgow) est au centre de ce roman qui navigue entre passé et présent. Les thèmes des amours de jeunesse, de la filiation, de la fuite et du retour de l’enfant prodigue sont la colonne vertébrale de ce roman, qui est bien plus qu’une enquête. C’est aussi le retour d’un homme sur son passé enfoui et la radiographie d’une communauté isolée. Pour les amateurs, sachez cependant que le suspense est bien présent, mais que l’histoire prend le temps de se déployer pour nous emmener jusqu’à une vraie claque à la fin. Il y manquait selon moi un peu de légèreté, pas une once d’humour, même noir. Mais ici aussi, j’aimerais tout de même voir à quoi peut ressembler le deuxième tome.

Et vous, aimez-vous les polars ? Quels sont vos inspecteurs, auteur, séries favori(te)s ? Pour ma part, je reste sur la classique Agatha Christie, l’inoubliable trilogie Millennium de Stieg Larsson et les briques de Lars Kepler.

Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

J’en avais posté une image sur mon compte instagram le 3 août en disant qu’une chronique plus détaillée allait suivre sur le blog. La voici ! J’ai découvert ce roman grâce à une copine et partenaire de planches. Suite à mon processus de formation en bibliothérapie, j’ai organisé cet été des « apéros littéraires » auxquels j’ai convié des femmes de mon entourage plus ou moins proche à venir me parler des livres importants de leur parcours bibliothérapeutique : des livres qui les avaient reconnectées à elles, des livres qui étaient venues les « chercher », les transformer, qui leur avaient fait du bien, mais aussi qui les avaient secouées ou qui leur avaient délivré un message.

Trois belles soirées s’en sont suivies avec un petit noyau d’intéressées. Et c’est lors d’un échange de mails à propos de l’organisation de ces soirées, l’une d’entre elles m’a parlé d’ « Eleanor Oliphant va très bien », un roman acheté en langue originale dans un aéroport, premier prix des Cafés Costa ou quelque chose comme cela. Un roman qu’elle a cru léger et qu’on pourrait snober si on souhaite ne lire que de la « grande littérature » (mais qu’est-ce que la grande littérature et y en a-t-il de petites?). Ce roman lui avait fait quelque chose, suffisamment pour qu’elle me le cite. Et vous savez quoi, l’histoire se passe en Angleterre, on me parle d’un personnage atypique, le titre est ironique, j’ai foncé et je l’ai acheté sur Vinted.

Et je l’ai dévoré, il est tout simplement savoureux. Ce roman, il est un peu inqualifiable. Il est à la fois léger, plein d’humour et aussi très grave. Eleanor Oliphant est bizarre, un peu asociale et elle boit trop. Elle a peu d’empathie et de fantaisie, jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’un chanteur de rock à la renommée très locale. Elle va alors sortir peu a peu de ce qui n’est pas une zone de confort, comme on pourrait le penser, mais une zone très traumatique. Car Eleanor n’est ni sociopathe ni autiste, non, elle est survivante de traumas multiples. Et sans basculer dans la psychotraumatologie, je trouve que le tout est amené avec une finesse, une intelligence, un humour et même un suspense qui font mouche. Peut-on renaitre après un trauma ? Le monde est-il plus dangereux à l’intérieur de nous ou à l’extérieur? Comment socialiser lorsqu’on ne nous a enseigné aucun code de conduite valable ? Voici les questions avec lesquelles Eleanor est, souvent bien inconsciemment, aux prises. Et je vous invite plus que chaleureusement à faire sa connaissance !

« Ressac » et « Atteindre l’aube » de Diglee

Cet été j’ai eu un coup de cœur massif pour deux récits de l’illustratrice et désormais romancière lyonnaise Diglee, pseudonyme de Maureen Wingrove. Cela fait longtemps que ce pseudo je le vois un peu partout sur internet, mais j’avoue que je n’avais pas creusé la question puisque, pour moi, associée davantage au monde de l’illustration que des mots.

Le premier livre de Diglee que j’ai acheté, c’est son recueil de poèmes et de biographies de poétesses « Je serai le feu », d’abord pour l’offrir (deux fois) puis, enfin, pour moi. Et il trône dans ma bibliothèque sans que je m’y sois encore vraiment attaquée. Mais déjà, admirez l’objet !

Puis, lors d’un atelier de bibliothérapie auquel je participais, notre animatrice, Eloïse a lu un extrait de « Atteindre l’aube » et là, je me suis lancée et j’ai enfin découvert puis dévoré les deux récits dont je parle aujourd’hui.

La plume de Diglee est délicate, intime, poétique et généreuse. Ces récits sont courts, mais gorgés d’intensité. Dans Ressac, elle nous livre le récit de sa retraite de 5 jours dans une abbaye bretonne, suite à un drame familial. Elle nous y présente les lieux, son intériorité et les femmes qu’elle y rencontre avec un mélange subtil de pudeur et de générosité. Les mots clefs qui me viennent à l’esprit en pensant à « Ressac » (anagramme et même palindrome de casser) sont mer, synchronicités, féminité, synchronicité, créativité et déconnexion.

Dans « Atteindre l’aube », Diglee rend hommage et retrace la vie de sa grand-tante Georgie, dont elle a été très proche, mais dont elle va pourtant découvrir pas mal de secrets et de faces cachées. En passant, elle retrace également le parcours des femmes de sa famille et examine son propre rapport à l’amour et aux hommes. Un roman puissant et gorgé d’amour. Les mots clefs seraient ici généalogie, féminité à nouveau, (non)maternité, relations amoureuses et croissance.

Comme vous l’aurez compris, je suis conquise par les livres de Maureen Wingrove et par l’autrice elle-même puisque ces écrits donnent l’impression de la connaître personnellement.

Si cela vous intéresse, je vous suggère de visiter son blog http://diglee.com/ , sa page instagram @diglee_glittering_bitch et d’écouter l’interview qu’elle a accordée à Cécile Coulon pour son podcast « la source »

« Le chateau d’Eppstein » d’Alexandre Dumas

Une fois n’est pas coutume, je change drastiquement de registre pour parler d’un livre méconnu d’un grand auteur classique. Il s’agit à nouveau ici d’un roman que l’ont pourrait classer dans la catégorie du conte gothique. J’ai déjà parlé de ce genre que j’affectionne ici. Je dois avouer que j’ai eu un peu de mal avec certains passages du livre qui se trainent en longueur. Il n’y a vraiment pas beaucoup de rebondissements et l’on passe beaucoup de temps dans les pensées du jeune baron d’Eppstein. Les passages fantastiques sont néanmoins sobres et captivants. Alexandre Dumas réussit à nous faire frissonner dans la fameuse chambre rouge qui communique avec la crypte. Et bien sûr, je ne vais même pas me permettre de commenter la qualité de l’écriture.

J’ai été surprise et contente de découvrir Alexandre Dumas d’une autre façon. Adolescente, j’avais dévoré ses romans de cape et d’épée « Les trois mousquetaires » et « Vingt ans après », ainsi que « La Reine Margot ». Ce sont selon moi des classiques intemporels et je pense que des générations d’adolescents pourraient encore se passionner pour ces romans historiques, épiques, mêlants intrigues amoureuses et récits de capes et d’épées. Celui ci était plus confidentiel, à part dans la bibliographie de Dumas, mais néanmoins très intéressant, poétique même. Si j’ai le temps, j’aimerais un jour découvrir également « Le Comte de Monte Cristo », qui compte lui aussi beaucoup de fans. Et vous, avez vous lu Dumas?

« Bournville »-« Le Royaume Désuni » de Jonathan Coe

En cette semaine post-couronnement, il est très opportunément question d’un de mes auteurs favoris, j’ai nommé Jonathan Coe, dont j’ai lu le dernier roman « Le Royaume désuni ». Je l’ai lu en anglais, langue dans laquelle il est intitulé « Bournville », du nom d’une ville, ou plutôt une cité-jardin,  entièrement construite par une communauté Quaker à la fin du 19° siècle pour abriter la fabrique de chocolat « Cadbury » et ses employés.

Le roman est structuré en un prologue et 7 chapitres qui suivent les personnages d’une même famille et leur entourage alors qu’ils vivent de près ou de loin les grands évènements de l’histoire anglaise de 1953 (couronnement d’Elizabeth) à mai 2020 (75° anniversaire de la libération) en passant par la victoire à la coupe du monde de 1966, disputée à domicile. Que dire ? Ce roman est à la fois une saga familiale, un récapitulatif historique, une réflexion sur l’identité anglaise et son rapport à l’Europe et à la Monarchie (des thèmes chers à Jonathan Coe et exploités dans presque chaque roman), une critique de la vie politique et diplomatique et une galerie de personnages savoureusement croqués, juste assez cocasses pour nous amuser et pouvoir rester totalement réalistes. On s’y retrouve baladé à toutes les époques, des rues de Londres, à la banlieue de Birmingham, sans oublier de faire un détour par le Pays de Galles. On y apprend également pourquoi le chocolat « Cadbury », emblématique de son pays, ne s’est jamais dégagé de marché outre-Manche (alors qu’il est très bon !). Et enfin, on y croise en caméo d’autres personnages de l’univers de Coe. Si ce roman ne fait pas partie de la saga de la famille Trotter (comme Le cercle fermé, Bienvenue au club et Le cœur de l’Angleterre), on y trouve des allusions à des membres de la famille et également un cross over avec « Expo 58 ». Cela m’a donné envie de relire tous ces romans dans l’ordre tant le souci du détail est poussé loin. Jonathan Coe adresse sans cesse des clins d’œil au lecteur et à ses personnages fétiches.

Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman qui a fait vibrer mon cœur d’amatrice de culture britannique. Il m’a amusée et il m’a instruire. Il m’a émue et m’a donné envie de voyager et de lire encore davantage. Et, soyons francs, c’est déjà pas mal ! Vivement le prochain roman de Jonathan !

« Trio » de William Boyd

Bonjour à toustes, je vous reviens avec un roman anglais intitulé « Trio » de William Boyd. J’avais commencé ce livre en été. Je n’avais pas pu le finir et ce pour des raisons indépendantes de sa qualité. J’ai pris un risque avec lui, je l’ai repris là où je l’avais laissé, sans relire les 100 premières pages déjà lues. Défi relevé : je lui ai fait honneur en quelques jours et je n’ai globalement pas eu trop de mal à raccrocher à l’histoire.

Le trio dont il est question ici, n’est pas un trio amoureux, mais un trio de solitudes. Des personnages qui gravitent autour ou sont au centre d’une production cinématographique dans les années 60 : la femme du réalisateur qui se rêve écrivaine et se noie dans l’alcool, le producteur qui a toutes les peines du monde à ne pas se faire entuber par ses associés tout en se débattant avec son homosexualité longtemps refoulée et la jeune star américaine qui tente de tourner la page d’un mariage toxique et cherche l’amour et un second souffle en Angleterre. Ces personnages se croisent finalement assez peu, mais gravitent dans les mêmes cercles.

J’ai beaucoup aimé ce roman qui conjugue des qualités de narrations à des aspects qui me plaisent en tant que lectrice :

  • Les années 60 et le monde du cinéma et des artistes est dépaysant et donne envie de revoir ses classiques
  • Des personnages un peu pathétiques, énervants parfois, mais attachants la plupart du temps et qui vont tous trois devoir faire des choix et entrer en transformation au cours du roman, avec des issues diverses. Le monde intérieur de chacun est si bien développé qu’il est facile de se mettre dans leur peau
  • Une écriture dynamique pour former un tout cohérent
  • De jolies références et réflexions sur ce qu’est être acteur, écrivain, ou travailleur de l’ombre.
  • Du suspense car vraiment on ne sait pas comment chacun va se dépatouiller avec son sac de nœud
  • Une bonne dose d’humour et de situations cocasses sans être grotesques.

Si vous êtes sensibles à ce que j’énumère ici et que vous avez envie de quelque chose de bien écrit et typiquement british – du fond et un vrai questionnement existentiel avec ce qu’il faut de lumière et d’humour – je vous conseille vivement ce roman. Avez-vous déjà lu William Boyd ?

« Succès mortel » de Miranda James

Cette semaine, je reviens avec la lecture d’un nouveau cosy mystery sélectionné pour moi par cube. Il s’agit du premier tome de la série « le chat du bibliothécaire », intitulé « succès mortel ».

Cette série n’est pas anglaise, mais américaine. Je l’ai préférée à « petits meurtres à Endgame » car elle respecte les critères du genre : une petite communauté, des lieux réconfortants (la maison du narrateur, les librairies, la bibliothèque), la présence d’un animal (un Maine Coon, coqueluche de la ville) et, bien entendu, du mystère et un enquêteur non professionnel. J’avais un peu senti venir le dénouement, mais l’intrigue était tout de même bien ficelée.

Je ne sais pas si je lirai d’autres tomes de cette série car ce roman n’arrive pas à la hauteur de ce que j’ai lu de mieux dans le genre, à savoir la série « Les détectives du Yorkshire » de Julia Chapman. Ce fut néanmoins une lecture agréable et rapide, parfaite avec un mug de thé le weekend.

« American Predator » de Maureen Callahan et quelques réflexion sur les contenus « True Crime »

La chronique d’aujourd’hui concerne un ouvrage « True crime », un genre très à la mode et controversé car accusé de glamouriser la violence et les auteurs de violence, surtout malheureusement à l’encontre des femmes. Moi-même je consomme ce contenu, mais je suis néanmoins interpellée par cet attrait et notamment la polémique autour de productions netflix, telles que « You » et « Dahmer ». L’une est une fiction, l’autre une série inspirée de faits réels et je ne les ai regardés ni l’un ni l’autre. Je pense que j’étais un peu à saturation et que le fait que j’ai pu abondamment lire combien le public trouvait les protagonistes beaux, attirants et suscitant l’empathie m’a un peu effrayée. Penn Badgley (qui campe le personnage principal de « You ») et Evan Peters (tour à tour érigé en sex symbol par certains et accusé d’être trop sexy pour incarner un tueur en série par d’autres) ont je pense eux-mêmes déclaré ressentir un certain malaise vis à vis de communautés de fans fantasmant sur les personnages qu’ils incarnent. Je ne sais pas quel est votre avis à ce sujet ni si vous en avez un, mais c’est une question qui me travaille. Le féminicide est enfin en passe de devenir un sujet politique et en même temps, j’ai le sentiment que tout une industrie en tire profit et que nous, public, femmes et hommes, sommes en quelque sorte fascinés par ces crimes.

Pour en revenir à l’ouvrage dont je voulais parler aujourd’hui, il relate la quête de divers agents des forces de l’ordre afin d’arrêter le ravisseur d’une jeune fille, dont on va rapidement s’apercevoir qu’il a déjà tué auparavant et pas qu’une seule personne. Il s’agit d’Israel Keyes et ce n’est pas un suspense car l’affaire a fait grand bruit et ses méthodes et sa préparation (il voyageait beaucoup et disséminait des « kits de meurtres » dans différents Etats pour n’y revenir commettre un méfait que des mois ou des années après) sont assez glaçants. Cet ouvrage est aussi haletant qu’écoeurant parfois. L’enquête est soignée et l’autrice a dû visionner les vidéos de la police et interroger les agents durant des heures et des heures pour nous livrer un résultat aussi complet. La jeunesse de Keyes est également documentée abondamment et donne des pistes pour comprendre l’horreur puisque, comme la plupart des tueurs en série, on découvre sans surprise qu’il n’a pas bénéficié d’une vie familiale « équilibrée » et favorisant le bon développement d’un enfant. Au final un ouvrage modèle du genre, assez malaisant, mais, pour en revenir à ce que je disais plus haut, c’est sans doute à considérer comme une réussite. Pour ma part, je pense que je vais m’écarter un peu de ce type de contenus et en revenir à des polars et enquêtes de pure fiction (un nouveau Lars Kepler est sorti et cet auteur fait partie de mes favoris) car je me rends compte que le suspense me plait et me détend, mais que j’ai de plus en plus tendance à être écoeurée face aux histoires de tueurs réels.